BATAILLE DU DNIEPR (24.08–23.12.1943)

L'offensive contre la rive droite du Dniepr, automne de 1943.
La bataille du Dniepr durant la Seconde Guerre Mondiale (24.08 - 23.12.1943)

LA SECONDE GUERRE MONDIALE - LA BATAILLE DU DNIEPR (24.08 – 23.12.1943)

 

Les enjeux

     La bataille du Dniepr (24 août 1943 — 23 décembre 1943) est une bataille de la Seconde Guerre mondiale, qui peut être considérée comme l'une des plus gigantesques batailles de l'histoire, s'étendant sur un front de 1.400 kilomètres et mobilisant jusqu'à quatre millions de soldats des deux côtés. Durant cette campagne de quatre mois, la rive gauche du Dniepr fut libérée de la présence militaire allemande par les forces soviétiques, qui franchirent en force le fleuve et créèrent plusieurs têtes de ponts sur sa rive droite, en libérant par la suite la capitale de l’Ukraine Kiev alors aux mains des Allemands depuis l'été 1941.

     Après la bataille de Koursk et la contre-offensive de l'Armée rouge à la mi-août 1943, Adolf Hitler réalisa que son armée est maintenant non seulement inférieure du point de vue numérique, mais aussi considérablement moins expérimentée qu'un an plus tôt, en raison des pertes colossales subies à Stalingrad, puis à Koursk. Dès lors, une défense énergique est devenue la seule option sur le front de l'Est. L'enjeu stratégique est maintenant focalisé sur la défense de la rive droite du Dniepr, car ce fleuve parfois large de plusieurs kms, est un obstacle naturel considérable. Les ponts détruits, un courant assez fort, des collines escarpées et prédominantes sur la rive droite, la stratégie de la terre brûlée par les Allemands sur les deux rives, une aviation allemande omniprésente sont les atouts stratégiques. Les Allemands savaient qu'une fois le Dniepr traversé, il n'y aurait plus d'obstacle de la sorte jusqu'en Allemagne excepté les Carpates. Le 11.08.1943 l'ordre est donné de bâtir un réseau de fortifications sur la rive droite du Dniepr, la future ligne «Panther-Wotan», et il est demandé au groupe d'armées «Sud» de tenir coûte que coûte ces positions. Du côté soviétique, Staline est déterminé à poursuivre la libération des régions occupées par les allemands entamée depuis le début de l'année. La région industrielle de l'Ukraine et ses ressources minières dont le charbon du Donbass, est un objectif de choix. L'offensive soviétique doit donc avoir lieu au sud.

     La bataille du Dniepr est une combinaison de plusieurs opérations au sein de l'avance de l'armée soviétique sur l’Ostfront. Au début de la bataille du Dniepr dans le secteur stratégique du Sud-Ouest, les troupes soviétiques s'opposent à une force ennemie puissante comprenant la 2e Armée de l'armée groupe «Centre», la 4e armée Panzer, la 8e, la 1ère armée Panzer et la 6e armée du groupe d'armées «Sud» (sous le commandement du maréchal de champ Erich von Manstein) [1], totalisant environ 1.250.000 hommes, 12.600 canons et mortiers, 2.100 chars et canons d'assaut et jusqu'à 2.000 avions.

     Le 24 août 1943, sur une longueur de 1.400 kilomètres, entre Smolensk et la mer d'Azov, cinq Fronts de l'Armée rouge s'ébranlent en direction de l'ouest. Du nord au sud, participent à l'offensive le Front du Centre, celui de Voronej, celui de la Steppe, celui du Sud-ouest, et enfin celui du Sud. Ils regroupent 243 divisions appartenant à quarante-cinq armées, dont quatre de chars et cinq aériennes, soit au total 2.650.000 hommes, équipés de 51.000 pièces d'artillerie, de 2.400 blindés et de 2.800 avions. Les Fronts du Centre et de Voronej avaient pour objectif Kiev, le Front des Steppes devait atteindre Krementchoug, le Front du Sud-Ouest devait libérer Dniepropetrovsk et Zaporojie et le Front du Sud devait s'emparer de Mélitopol. Ils ne peuvent espérer résister longtemps à ce déferlement de forces soviétiques sur le terrain ouvert des steppes. Hitler se range finalement à l'avis d'Erich von Mansteinet ordonne, le 15 septembre 1943, le repli derrière le fleuve.

 

Les phases de la bataille

     La première phase de la bataille du Dniepr a commencé le 26 août 1943, quand les forces du Front Central ont déclenché l'offensive. Plus de succès obtiennent les troupes de la 60e armée du général I. D. Chernyakhovsky [2], qui réussit à percer les défenses allemandes sur le secteur secondaire, au sud de Sevsk. Le commandant du Front général K. K. Rokossovsky [3]  jette dans la brèche les troupes de choc, ce qui constitue un avantage stratégique majeur. Le 31 août, la percée de la défense de l'ennemi, s’étend à 100 km de largeur et jusqu'à 70 km en profondeur, forçant les allemands à commencer le retrait des troupes aux rives de la Desna et du Dniepr. Pendant ce temps, les forces des Fronts de Voronej et de la Steppe se joignent à l'offensive. Du 13 au 16 août, le front du Sud-Ouest passe aussi à l'offensive, suivi le 18 août par le Front Sud, qui sous le commandement du Général Tolboukhine [4] brise la ligne défensive de la 6e Armée allemande sur le fleuve Mious et libère Taganrog le 30 août 1943. La perte de la position sur le Mious était catastrophique pour l'OKH, en effet toute la position allemande du Donbass était menacée d'encerclement. Le 1er septembre 1943, les allemands évacuèrent la grosse partie de leurs forces vers l'Ouest, le 8 septembre les Soviétiques entraient à Stalino (actuellement Donetsk).

     Début septembre, l'offensive de l'armée rouge se déroule dans les régions d'Ukraine situées sur la rive gauche du Dniepr et dans le Donbass. Dans ces circonstances, le commandement allemand a commencé à retirer ses troupes vers l'autre rive du Dniepr. Dans la poursuite de l'ennemi en retraite, les unités d'avance de l'Armée rouge atteignent le Dniepr sur une longueur de 750 kilomètres, qui s’s'étend de Loev à Zaporojie. Le Front du Centre atteint et franchit la Desna le 16 septembre, ensuite fonce droit sur le Dniepr qu'il atteint les 21 et 22 septembre à l'embouchure du Pripiat, le 30 septembre il atteint la rivière Soj et le Dniepr sur un large zone courant de Gomel à Iasnogorodka. Le Front de Voronej, qui avançait rapidement sur Kiev et le Dniepr, reçoit en renfort de la Stavka [5] la 3e Armée Blindée de la Garde du Général Rybalko [6] et le 1er Corps de Cavalerie de la Garde du Général Baranov et il atteint le 21 septembre le Dniepr dans un secteur partant de Péréïaslavl à Khmelnitski. Le Front des Steppes, après avoir livré des combats acharnés du 21 au 23 septembre sans interruption, libère Poltava, le même jour les unités mobiles rapides de son aile gauche atteignent le Dniepr au Sud-Est de Krementchoug. Le 22 septembre, le Front du Sud-Ouest atteint le Dniepr sur la largeur allant de Dniepropetrovsk à Zaporojie et rejette les Allemands sur la rive droite. Le 30 septembre, le Front du Sud avait libéré tout le Donbass et atteignit le 1er Octobre la rivière Molotchnaïa. Au 30 septembre 1943, les Soviétiques avaient progressé de 700 km et l'intégralité de la rive gauche du Dniepr est désormais à leurs mains, mais le plus difficile reste à faire: ils doivent maintenant franchir un obstacle fluvial majeur, face à une défense allemande préparée.

     Le Dniepr est le troisième plus important fleuve d'Europe, derrière la Volga et le Danube, atteignant plus de trois kilomètres de largeur dans sa partie basse. Plusieurs barrages le rendent encore plus large à de nombreux endroits. Pour compliquer encore la tâche des assaillants, la rive droite à conquérir est plus élevée, escarpée et couverte de fortifications allemandes. Face à cette situation, le commandement soviétique a deux options: regrouper ses forces pour tenter de percer sur un ou deux secteurs plus faciles d'accès, pour ensuite contourner les défenseurs et les contraindre à abandonner la ligne devenue inutile – cette option présentant cependant le risque de laisser le temps aux Allemands de ramener des réserves; ou tenter directement, à partir des positions occupées, de passer en force sur un large front, prenant les Allemands de vitesse, mais avec le risque de subir des pertes importantes. Pour des raisons avant tout politiques – Staline voulant occuper Kiev avant le 7 novembre – c'est la seconde option qui est choisie. Les soldats soviétiques vont alors utiliser tout ce qui peut flotter pour traverser le fleuve sous un feu dense ennemi, puis s'enterrer dans les ravines qui constituent la rive droite du Dniepr. Ces attaques courageuses vont payer, mais leur coût humain sera lourd. Le 22 septembre 1943, une première tête de pont est obtenue à la confluence des marais du Pripet et du Dniepr, le 24 septembre deux autres à Dniprodzerjynsk et à Dniepropetrovsk et le 28 septembre une à Krementchoug. À la fin du mois de septembre 1943, on compte vingt-trois têtes de pont, certaines larges de dix kilomètres et profondes d'un ou deux kilomètres. Les plans du haut commandement allemand pour une défense prolongée de la rive gauche du Dniepr sont ainsi mis en échec.

     La réaction allemande consiste en de vigoureuses contre-attaques combinées de chars et d'aviation pour écraser les têtes de pont avant qu'elles puissent bénéficier d'appuis lourds. Cependant le maréchal Koniev [7] poussa un maximum d'artillerie sur la rive opposée pour appuyer les troupes isolées. L'organisation de ces appuis permit finalement à toutes les têtes de pont de tenir, mais seulement au prix de pertes terrifiantes, la plupart des divisions n'alignant plus que la moitié ou le quart de leur effectif.

     Le 24 septembre la Stavka décide de tenter une opération aéroportée pour obtenir des têtes de sur la rive droite. Le parachutage va être un échec, en particulier du fait de l'inexpérience des pilotes, qui connaissent très peu la région. La première vague atterrira principalement dans les lignes soviétiques sur la rive gauche, voire dans le Dniepr lui-même. La seconde, forte elle de cinq mille hommes, atterrira bien sur la rive gauche, mais dispersée et peu pourvue en armes antichar, elle sera alors submergée par les forces mécanisées allemandes, quelques survivants se joindront aux partisans et attaqueront la logistique allemande. Le seul succès obtenu du largage sera la distraction de nombreuses forces mécanisées, ce qui facilitera quelque peu les passages en force des forces conventionnelles.

     La deuxième phase de la bataille du Dniepr s’est déroulée en octobre - décembre 1943, pendant laquelle des combats obstinés pour l’occupation des lieux d’une importance stratégique ont eu lieu. Du 26 septembre au 20 décembre 1943, les armées des Fronts de la Steppe (2e Ukrainien), du Sud-ouest (3e Ukrainien) et du Sud (4e Ukrainien) ont mené à bien l'opération de Nizhnedneprovsk. Comme résultat de l'opération, la Tauride du Nord a été libérée, la péninsule de Crimée a été bloquée et le plus grand pont sur la rive droite du Dniepr, de Cherkassy à Zaporozhye, a été capturé. L'opération de Nizhnedneprovsk a été marquée par des batailles féroces et les lourdes pertes des deux côtés.

     Le 1er octobre 1943, les Soviétiques engagent les combats pour le village de Lioutej, ceux-ci vont durer jusqu'au 3 octobre, jour où Lioutej tombe à leurs mains après un combat d'une violence extrême. Forte du succès réalisé à Lioutej, la Stavka ordonna au 7e Corps Blindé du Général Kravtchenko de partir de ses positions dans la région de Brovary, de traverser la Desna et ensuite le Dniepr afin de venir renforcer la 240e Division d'Infanterie engagée dans des violents combats autour de la tête de pont de Lioutej. Le 1er passage se fit le 5 octobre sans encombre, les blindés qui arrivaient sur la rive droite étaient directement envoyés au combat. Le 7 octobre, les 90 T-34/85 du Corps Blindé de Kravtchenko étaient engagés dans les combats d'élargissement de la tête de pont, qui  faisait déjà 10 km de profondeur sur 10 km de largeur.

     Staline saisit l'occasion en or qui se présentait par le débarquement réussi de Lioutej pour tenter d’écraser von Manstein. En concentrant de puissantes forces dans le secteur de Lioutej afin de réduire la tête de pont russe, les Allemands ne sauraient pas prélever de réserves sur ce secteur, donc le moment était propice pour une puissante attaque lancée de la tête de pont de Boukrine où était massée la 3e Armée Blindé de la Garde du Général Rybalko, la 40e Armée et la 27e Armée soviétiques. Celles-ci devaient enfoncer les positions allemandes autour de Boukrine, et, par un mouvement en tenaille, prendre au piège toute l'aile gauche du Groupe d’Armées Sud.

     Cependant, les tentatives Soviétiques pour sortir de la tête de pont de Boukrine les 9 et le 15 octobre n'eurent pas de succès, du fait des excellentes défenses du 24e PanzerKorps du général Walther Nehring. De plus, le 10 octobre, la 7e  Panzer Division et la 112e Division d'Infanterie réussirent à reprendre lors d'une puissante contre-attaque les hauteurs dominant le Dniepr au Sud de Grigorovka. La tête de pont de Boukrine fut totalement verrouillée, de la sorte que, le général Vatoutine [8] se trouvait définitivement emmuré incapable de faire le moindre mouvement vers l'avant.

     Mais la clé de la victoire ne sera pas Boukrine, elle se situera à 125 km au nord de là à Lioutej. Suite au succès des unités de la 38e Armée dans le secteur de Lioutej, Vatoutine décida de changer de plan et d'exploiter la tête de pont de Lioutej, mais Staline reste muet et ne prend pas cela en considération. Vatoutine ne baisse pas les bras pour autant et rencontre une nouvelle fois Staline pour lui fait entendre que le succès de Lioutej pouvait être décisif à condition de lui adjoindre une armée blindée et une forte artillerie, mais Staline ne se laissat une nouvelle fois pas convaincre.

     Finalement, sous la pression permanente de Vatoutine, Khrouchtchev et Gretchko, Staline donna son approbation  à l'envoie immédiat de la 3e Armée Blindée de la Garde, ainsi que la majeur partie de l'artillerie du 7e Corps d'Artillerie contenue dans le Saillant de Boukrine et enfin le 13e Corps d'Armée, vers le Saillant de Lioutej, mais il y avait 200 km, deux fois le Dniepr à franchir, ainsi que la Desna, et cela sans que l'ennemi ne remarque quoique ce soit.

     Vatoutine et Gretchko prirent des soins minutieux pour camoufler leurs mouvements et utilisèrent des chemins détournés par des forêts. Dès les nuits du 25 et 26 octobre 1943, les unités soviétiques se sont mises en route de nuit, silence radio absolu et après 7 nuits elles arrivèrent sur le Saillant de Lioutej.

     Pendant ce temps les Soviétiques entretenaient une activité de diversion («maskirovka») dans la tête de pont de Boukrine quasi désertée. Ils ont entreposé une quantité impressionnante de postes émetteurs et de postes d'écoutes, ils ont fabriqué de faux ponts et de faux blindés et avions, et enfin une série d'attaques moyennes furent lancées tout autour de la ligne defFront de Boukrine. Les Allemands tombèrent dans le piège et y concentrèrent de très fortes unités blindées et aériennes dans le secteur, von Manstein venait d'être pour la 1er fois de la guerre sur l'Ostfront trompé par l'ennemi, et il le fut bien car il renforça le secteur sans interruption tout en laissant le secteur de Lioutej dégarni et à la merci d’une attaque puissante qui allait ébranler l’armée allemande.

     Ironie du sort, le Général Hoth [9], qui lui était un vieux renard des combats sur l'Ostfront, avait remarqué un mouvement anormal des Russes, dont de puissantes forces blindées franchissant la Desna sans interruptions en direction du nord-ouest. Deux jours plus tard, il lui fut certifié que des unités blindées et motorisées soviétiques étaient en concentration dans le secteur de Lioutej, Hoth déçida alors de mettre Hitler au courant et de lui demander l’autorisation de lancer une attaque de la 4e Panzer Division sur Lioutej, mais Hitler refusa catégoriquement en disant à Hoth que c'était une manœuvre de diversion des Soviétiques destinée à détourner de Boukrine des forces afin d'affaiblir le secteur et lancer ainsi une puissante attaque, grossière erreur qui sera très lourde de conséquences pour les Allemands.

     Finalement, les Soviétiques réussirent à masser une énorme quantité de troupes et de matériel dans la tête de pont de Lioutej sur un secteur de 6 km, là où leur effort principal aurait lieux et cela sans la moindre intervention de l'ennemi. Les Soviétiques avaient concentré 2.000 canons et 500 mortiers Katioucha, ce qui représente 300 pièces d'artillerie au kilomètre, du jamais vu dans l’Ostfront, pour appuyer la ruée de la 38e Armée, de la 3e Armée Blindée de la Garde, du 1er Corps de Cavalerie de la Garde et du 13e Corps Blindé. Face à une telle concentration de forces les Allemands n'opposeront aucune résistance.

     C'est à Zaporojie que va se jouer tout le sort de la bataille du Dniepr. Les Allemands conservaient sur cette partie du Front d'une tête de pont renforcée. Zaporojie représentait un point hautement stratégique car il comprenait le plus grand barrage d'Europe, ainsi que l'usine d'électricité «Lénine» produisant 500.000 KW/jour. Perdre un tel ouvrage serait catastrophique pour toute la production de guerre du 3ème Reich. Aussi sur le plan militaire, Zaporojie jouait un rôle majeur les forces allemandes maintenues dans cette tête de pont interdisaient littéralement aux Soviétiques l'accès directe à la Crimée ou la 17e Armée allemande était cantonnée. De plus la tête de pont de Zaporojie menaçait le flanc gauche des Soviétiques qui attaquaient sur Dniepropetrovsk, la défense renforcée et l'obstination d’Hitler étaient donc amplement justifiées.

     Les Allemands maintenaient dans la tête de pont de Zaporojie le 40e Corps Blindés (Général Henrici) [10], le 17e Corps d'Armée (Général Kreysing), les 125e D.I, la 16e D.I.Motorisée, la 123e D.I, la 333e D.I, la 294e D.I, et la 335e D.I, forces considérables face aux quelles la Stavka y maintenait 3 armées : la 12e Armée, la 8e Armée de la Garde (Général Tchouikov) et la 3e Armée Soviétiques.

     Deux Corps Allemands dans une tête de pont de 40 km de front et de 20 km de profondeur, soit 6 divisions face à 3 armées soviétiques, le rapport de force étaient de 10 contre 1, mais une première tentative soviétique en septembre se soldat par une hécatombe qui coûta aux Russes 358 chars et 35.680 morts et 75.800 blessés. Mais du côté allemand le bilan aussi était lourd : 154 chars, 12.500 morts, 26.400 blessés, Début octobre les munitions et les pièces de rechanges arrivèrent au compte-gouttes, si bien que tout manquait au groupe d'armée Heinrici.

     Le 10 octobre 1943, à 8h du matin, l'artillerie soviétique ouvrit le feu sur tout le secteur du front. Le Général Malinovski [11] jeta dans la bataille tout son Corps d'Armée: la 3e Armée, la 8e Armée de la Garde et la 12e Armée. Pour la première fois sur l'Ostfront, Malinovski a mis sur pied des Divisions Autonomes d'Artilleries, hautement efficaces, qui intervenaient aux points faibles ou critiques du front forçant ainsi l’issue de la bataille. L'assaut fut terrible, les Soviétiques percèrent d'un seul coup les lignes allemandes et fonçaient droit sur Novo-Alexandrovk, là où ils furent attaqués par le 509e bataillon de chars lourds composé de Panzer VI Tigre I et des redoutables Ferdinand excellents dans la version de chasse. Les Soviétiques furent stoppés net et laissèrent 78 chars en flammes sur le champ de bataille.

     Le 13 octobre, la 8e Armée de la Garde, suivie de la 3e et la 12e Armées, pulvérisèrent les défenses allemandes et creusèrent une énorme brèche dans le dispositif allemand, les unités blindées de reconnaissance s'y engouffrèrent et s'enfoncèrent 5 km sur les arrières du 40e C.B allemand. C’est le 509e BTL de chars lourds qui stoppa encore une fois la ruée soviétique et les repoussa jusqu'à leurs points de départ leur détruisant 25 nouveaux T-34/85.

     Le lendemain à partir de 7h00 du matin, l'artillerie soviétique à longue portée concentrait ses tirs sur le barrage et le pont du chemin de fer. Devant l’imminence d’une prochaine attaque soviétique encore plus puissante et violente, la question de faire sauter le barrage et le pont de chemin de fer est devenue urgente, mais le Général Heinrici ne pouvait prendre seul la décision de valeur hautement stratégique dont seul l'OKH donc Hitler se réservait le droit. Pendant toute la matinée, Heinrici tenta de joindre Hitler, mais celui-ci dormais profondément au «Repaire du Loup» et personne de l'état-major n'eut le courage de le réveiller.

     Finalement et après avoir averti le Général von Mackensen, Heinrici pris la décision de faire sauter l'ouvrage. Le 14 octobre les unités soviétiques, renforcées de 2 Corps Blindés et de 5 Divisions d'infanterie, passent à l'attaque et pulvérisent la ligne de défense allemande, pénètrent de 25 km dans le dispositif allemand et se dirigent à pleine vitesse droit sur Zaporojie. La retraite du groupe Heinrici et fortement menacée, c'est la 16e Panzergrenadier Division du Conte Schwerin qui intervenant rapidement bloque l'avance des Soviétiques et repousse tous leurs assauts jusque 23h10, puis se replie vers l'arrière en traversant le pont du chemin de fer pour rejoindre le gros du groupement allemand replié sur la rive occidentale du Dniepr. Le 14 octobre à minuit, l'ordre de faire sauter l'ouvrage est donné, les sapeurs du génie contemplent la formidable explosion qui secoue le colosse de 760 m de long sur 215 m de hauteur, mais ne le détruit pas, seules quelques fissures parcourent la structure du barrage, mais assez larges pour que des millions de mètres cube d'eau bouillonnante déferlent sur la vallée bloquant ainsi l'avance des unités soviétiques pendant un temps bref mais suffisant pour organiser la défense de la rive droite du Dniepr.

     Malgré une victoire défensive allemande et le retrait réussi du groupe Heinrici, il n'en reste pas moins qu'il s’agit pour la Stavka d'une victoire stratégique majeure car, en réduisant la tête de pont de Zaporojie, les Soviétiques ont coupé l'accès de la Crimée ou sont massés 350.000 hommes 25.680 canons et mortiers et 1.560 blindés de la 17e Armée allemande, force considérable qui depuis la retraite du Caucase et stationnée en Crimée et contrainte à l'inaction totale, alors que la situation militaire devient de plus en plus critique pour les Allemands. Mais Hitler, qui croie toujours en une reprise de l'offensive sur les installations pétrolières du  Caucase, refuse catégoriquement l'évacuation de la 17e Armée qui mourra finalement en Crimée, comme la 6e Armée mourut à Stalingrad pour le même entêtement de son Chef.

     En novembre 1943, le centre d'intérêt de tous les événements sur le Dniepr rejoint le secteur de Kiev, qui a été crucial dans la bataille pour l'Ukraine de la rive droite. Le 6 novembre la capitale de l'Ukraine, Kiev, fut libérée des troupes ennemies par le 1er Front Ukrainien. Le 3 novembre 1943, les défenses de la 4e PanzerArmee sont percées et le 5 novembre les blindés de Rybalko sont dans les rues de Kiev. Les Soviétiques foncent alors vers l'ouest, en direction de Jytomyr, Korosten, Berdytchiv et Fastiv, menaçant la liaison ferroviaire avec le groupe d'armées «Centre». Von Manstein demande alors à Hitler de lui donner les 40e et 48e PanzerKorps, pour contre-attaquer et tenter de reprendre la ville. Hitler refuse d'employer le 40e PanzerKorps et relève Hermann Hoth, pour le remplacer par Erhard Raus à la tête de la 4e PanzerArmee.

     Après l'opération pour libérer Kiev, les lignes de front et de communication du 1er Front ukrainien, commandé par le général N. F. Vatutine, étaient étendues sur plusieurs kilomètres. Les forces allemandes ont profité de ce fait, apportant un certain nombre de contre-attaques visant à rétablir la ligne de défense le long du Dniepr. La première tentative qui émane du 48e PanzerKorps, avec la 25e PanzerDivision, est arrêtée par le 7e Corps blindé de la Garde, à Fastiv. Mais les unités allemandes, bientôt renforcées, peuvent durcir leur résistance et continuer à contre-attaquer. Les 1re et 7e PanzerDivision, ainsi que la 1.SS Panzer-Division Leibstandarte Adolf Hitler (LSSAH) [12], reprennent Brousilov. Le 20 novembre, les Allemands reprennent aussi Zhitomir, pourtant libéré à peine une semaine avant. Rybalko envoie alors ses blindés contrer l'offensive allemande, donnant lieu à une grande bataille de chars, qui dure jusqu'à l'arrivée de la saison des boues.

     Les contre-attaques allemandes continueront jusqu'à la fin novembre 1943. Le 30 novembre le commandement soviétique réussit à stabiliser la ligne de front. Les opérations reprennent le 5 décembre, par une nouvelle attaque allemande, qui force la 60e armée soviétique à évacuer Korosten, et menace même Fastiv. En décembre, la 4ème Armée de Panzer a essayé deux fois de percer à Kiev. Du 7 au 14 décembre, trois divisions blindées de l'ennemi, y compris la 1ère Panzerdivision SS «Leibstandarte Adolf Hitler», attaqueront la ville de Radomychl et du 16 au 20 décembre feront un autre coup près du village de Meleni. Finalement, Vatoutine demande des renforts et reçoit la 1re armée blindée et la 18e armée soviétique, avec lesquelles il s'empare à nouveau de Brousilov, mettant fin aux attentes des Allemands. Les 21 et 22 décembre 1943, après des combats lourds et épuisants, les forces soviétiques passent à la contre-offensive et repoussent en arrière les forces de l'ennemi. Le plan allemand pour percer au fleuve Dniepr et capturer Kiev fut ainsi définitivement frustré.

     Le 23 décembre 1943 avec la fin de l’opération de la défense de Kiev, prend aussi fin la bataille du Dniepr.  Bien que moins connus que la bataille de Stalingrad ou la bataille de Koursk, les affrontements sur le Dniepr furent très coûteux en vies humaines, et ce dans chaque camp. Ainsi, l’on estime que l’Armée rouge eut 30.000 tués et 900.000 blessés, pour 800.000 tués, blessés et disparus côté allemand.

     A noter qu’en raison de la volonté de Staline de s’emparer et de ne pas relâcher Kiev, capitale historique de l’Ukraine, les opérations se déroulant loin de la cité furent moins soutenues. C’est ainsi que la moitié méridionale du Dniepr resta (provisoirement) entre les mains des Allemands, même si les Soviétiques parvinrent à isoler pendant l’hiver les Allemands installés en Crimée.

 

Dr. Angel ANGELIDIS

Bruxelles, le 27 mars 2014

 


[1] Fritz Erich Georg Eduard von Lewinski, connu sous son nom d'adoption d'Erich von Manstein, né le 24 novembre 1887 à Berlin, mort le 9 juin 1973 à Irschenhausen  en Bavière, est un militaire allemand ayant été élevé au grade de Generalfeldmarschall. Considéré comme l'un des plus brillants généraux allemands de la Seconde Guerre mondiale, von Manstein est célèbre pour avoir conçu un plan d'attaque de la France proche de celui qui sera appliqué en 1940 et pour ses combats en URSS (Russie, Ukraine, Crimée). Le 12 décembre 1942, il dirige l'Opération «Wintergewitter» (Tempête d'hiver), nom de code de l'effort de la 4e Armée Panzer pour rompre l'encerclement de la 6e armée allemande durant la bataille de Stalingrad.  Il parvint à mi-chemin de son objectif avant qu'un mouvement de flanc de Gueorgui Joukov plus au nord ne le force à rebrousser chemin, scellant la perte de la 6e Armée à Stalingrad. Le 29 octobre 1942, Gero, son fils aîné, leutnant au Grenadier-Régiment (mot.) 51, est tué lors d’un bombardement aérien près du lac Ilmen. Von Manstein s'est souvent opposé à Hitler, notamment lors de la retraite qui a suivi la bataille de Koursk, en suggérant qu'un militaire (lui-même) dirige désormais (à la place d’Hitler) la guerre sur le front de l'Est. Le 30 mars 1944, Manstein est relevé de ses fonctions par Hitler. Jugé pour crimes de guerre en 1949 à Hambourg, von Manstein est condamné à dix-huit ans de prison, peine réduite par la suite à douze ans. Finalement libéré en 1953, von Manstein devient conseiller militaire auprès du gouvernement de la République Fédérale d'Allemagne.

[2] Ivan Danilovitch Tcherniakhovski (en russe: Иван Данилович Черняховский), né le 29 juin 1906 à Oksaniko, (aujourd'hui en Ukraine) et décédé le 18 février 1945 à Pieniężno, en Prusse-Orientale (aujourd'hui en Pologne), est un militaire soviétique. Il assura d’août à septembre 1941 la défense de Novgorod, puis se replia successivement pour faire barrage aux Allemands sur la route de Leningrad. Il se fit remarquer par son habilité dans la conduite des blindés et fut appuyé par le général Vatoutine pour prendre le commandement de la 60e armée (front de Voronej) en août 1942. Il a été nommé commandant du troisième front biélorusse au printemps 1944. Il participa alors à l'opération Bagration, puis s'empara de Vitebsk et de Vilnius le 1er juillet 1944. Il prit ensuite Kovno le 1er août. Il pénétra en Prusse-Orientale et prit Tilsitt le 20 janvier 1945. Il fut tué avant la bataille de Königsberg, près de Mehlsack, le 18 février 1945, au moment de l'encerclement d'Heiligenbeil. Il n’avait que 39 ans.

[3] Konstantin Konstantinovitch Rokossovski (en russe: Константин Константинович Рокоссовский), né le 21 décembre 1896 à Velikié Louki (selon son autobiographie), mort à Moscou le 3 août 1968, est un brillant officier supérieur soviétique qui fut commandant dans l'Armée rouge pendant la Seconde Guerre mondiale et ministre de la Défense en Pologne. Il participe à la bataille de Smolensk et à la défense de Moscou en 1941/42. Fin septembre 1942, lors de la mise en place de l’opération Uranus, il est nommé à la tête du front du Don, qui a pour mission de contenir les forces allemandes encerclées dans Stalingrad, puis de reconquérir la ville (opération Koltso). Il reçoit la reddition du maréchal Paulus, chef de la VIe Armée, le 31 janvier 1943. Le 28 avril 1943, il est nommé général d'armée et participe avec son front, renommé front central, à la bataille de Koursk. En octobre 1943, il devient chef du front biélorusse, qui devient le premier front biélorusse en février 1944. Il est nommé maréchal de l'Union soviétique le 29 juin 1944 et reçoit l'étoile de héros de l'Union soviétique le 30 juin. De novembre 1944 à juin 1945, il commande le deuxième front biélorusse, avec lequel il joue un rôle majeur dans les opérations de Prusse-Orientale et de Poméranie. Il prend le nord de Berlin en coopération avec Joukov et Koniev et fait la jonction avec les troupes de Montgomery fin avril 1945. Il a l'honneur de commander la parade de la victoire sur la place Rouge le 24 juin 1945. Après la guerre, Staline le nomme commandant en chef des troupes soviétiques en Pologne, puis, en 1949, intervient pour le faire nommer ministre de la Défense et vice-président du Conseil des Ministres, à cause de ses origines polonaises. Rentré en Union soviétique en 1957, il est rétabli dans son grade soviétique, nommé vice-ministre de la Défense et commandant du district militaire de Transcaucasie, puis inspecteur du ministère de la Défense, jusqu'à sa retraite en 1962. Il est mort, en 1968, à l’âge de 71 ans; il est considéré comme un des meilleurs militaires de l’Union Soviétique ; son urne funéraire a été scellée dans le mur du Kremlin.

[4] Fedor Ivanovitch Tolboukhine (en russe: Фёдор Ива́нович Толбу́хин, né à Androniki, dans l'oblast de Iaroslavl, le 16 juin 1894 et décédé le 17 octobre 1949 à Moscou), est un militaire soviétique. Il participe à la bataille de Stalingrad, puis il est nommé commandant du 3ème Front Ukrainien (mai 1944) et, en collaboration avec Malinovsky, mène la campagne contre les alliés de l’Axe aux Balkans (juin-octobre 1944) en libérant Bucarest, Sofia et Belgrade. Il est fait maréchal de l'Union soviétique en septembre 1944. Tolbukhin est considéré comme l'un des meilleurs généraux soviétiques de la seconde guerre mondiale. Méticuleux et attentif, il était très respecté, notamment à cause de son dédicace à maintenir des taux de pertes bas. Tolbukhin a reçu de nombreux prix et médailles, dont l'ordre de la victoire (la médaille soviétique la plus élevée) et le rang du héros de l'Union soviétique.

[5] La Stavka (en russe: Ставка) est l'état-major des forces armées de la Russie impériale et de l'Union soviétique. Le 23 juin 1941, au lendemain de l'invasion allemande de l'URSS pendant la Seconde Guerre mondiale (la Grande Guerre patriotique), la Stavka est constituée par un décret top secret signé par Staline en sa qualité de chef du gouvernement et du Parti communiste de l'Union soviétique pour diriger l'Armée rouge. Selon ce décret, la Stavka est composée du ministre de la Défense, le maréchal Semion Timochenko (en tant que président), le chef de l'état-major, le général Joukov, Staline, Molotov, le maréchal Vorochilov, le maréchal Boudienny et le commissaire du peuple (Narkom), l'amiral de la Marine Kouznetsov. Le même décret instaure à la Stavka  des conseillers permanents composés de Koulik, Chapochnikov, Mertskov, Jigarev, Vatoutine, Voronov, Mikoyan, Kaganovitch, Beria, Voznessenski, Jdanov, Malenkov et Mekhlis.

[6] Pavel Semjonovich Rybalko (Павел Семенович Рыбалко). (23 Octobre 1892 – 28.08.1948). Spécialiste des unités mobiles blindées, il participe à la bataille de Koursk, sous les ordres du général Konstantin Rokossovki (Front du Centre), où il y se distingue. Il commanda successivement la 3e et la 5e Armée Blindée. Il prit part à reconquête du Don et du Dniepr, ainsi qu’à la bataille de Berlin, où il a failli être tué. A l’automne 1945, Rybalko a été nommé maréchal et héro de l’Union Soviétique.

[7] Ivan Stepanovitch Koniev (en russe: Иван Степанович Конев), né le 28 décembre 1897 et décédé le 21 mai 1973, fut un brillant militaire soviétique. Les commandements qu'il exerça pendant la Seconde Guerre mondiale lui valurent les plus hautes distinctions: le grade de maréchal de l'Union soviétique, le titre de Héros de l'Union soviétique et l'ordre de la Victoire. Quand l'Allemagne nazie envahit l'Union soviétique, en juin 1941, Koniev prit le commandement de la 19e armée dans la région de Vitebsk, et dirigea une série de batailles défensives pendant la retraite de l'Armée rouge, d'abord à Smolensk puis à proximité de Moscou. Il commanda le front de Kalinine d'octobre 1941 à août 1942, y jouant un rôle essentiel dans les combats pour la défense de Moscou et dans la contre-offensive soviétique de l'hiver 1941-1942. il participa à la bataille de Koursk, commandant la partie nord de la contre-offensive soviétique qui réussit à déborder l'armée d'Erich von Manstein. Après la victoire de Koursk, l'armée de Koniev libéra Belgorod, Odessa, Kharkov et Kiev des Allemands, et avança jusqu'à la frontière roumaine. Il fut promu au rang de maréchal de l'Union soviétique en février 1944, en reconnaissance de ses succès sur le front ukrainien. En 1944, les armées de Koniev avancèrent à partir de l'Ukraine et de la Biélorussie en Pologne puis en Tchécoslovaquie. En juillet, il était sur les bords de la Vistule au centre de la Pologne, et il reçut le titre de héros de l'Union soviétique. En septembre 1944, ses forces, formant maintenant le quatrième front ukrainien, avancèrent en Slovaquie. En janvier 1945, Koniev commanda les forces soviétiques qui se lancèrent dans l'offensive hivernale massive en Pologne occidentale, repoussant les Allemands de la Vistule vers l'Oder. En Pologne méridionale, ses forces libérèrent Cracovie et, en avril, elles forcèrent la ligne de l'Oder, en se joignant au Premier front biélorusse, puis avancèrent vers Berlin. L'honneur de prendre Berlin revint cependant au général Joukov, et les forces de Koniev furent détournées au sud-ouest, pour faire leur jonction avec les forces américaines à Torgau. Ses troupes libérèrent également Prague peu avant la reddition finale des forces allemandes. Après la guerre, Koniev fut nommé à la tête des armées soviétiques d'occupation en Allemagne orientale et également au haut-commissariat allié pour l'Autriche. En 1946, il fut nommé commandant des forces terrestres soviétiques et premier ministre adjoint de la défense d'Union soviétique, remplaçant Joukov. Il occupa ce poste jusqu'en 1950, quand il fut nommé commandant de la zone militaire carpathienne. Koniev revient sur le devant de la scène après la mort de Staline en 1953. Il fut de nouveau nommé premier ministre adjoint de la défense d'Union soviétique et commandant des forces terrestres soviétiques, poste qu'il conserva jusqu'en 1956, quand il fut nommé commandant en chef des forces armées du pacte de Varsovie. Il occupa ce poste jusqu'en 1960, quand il se retira du service actif. En 1961-62 il fut toutefois rappelé comme commandant des forces soviétiques en République démocratique allemande. Il a été alors nommé au poste, en grande partie honorifique, d'inspecteur-général du ministère de la Défense. Koniev est resté l'un des militaires les plus admirés d'Union Soviétique jusqu'à sa mort en 1973.

[8] Le général Nikolaï Fiodorovitch Vatoutine (en russe : Николай Федорович Ватутин),né le16 décembre 1901, à Tchepoukhino près de Koursk – mort le14 avril 1944 à Kiev, fut unbrillant général soviétique durant la 2ème guerre mondiale. En 1940, sous les ordres de Gueorgui Joukov, il s'empare de la Bessarabie appartenant à la Roumanie. La même année, pour le récompenser de cette campagne, Staline le fait général de corps d'armée et le nomme au poste important de président du conseil d'administration opérationnel de l'état-major. Le 30 juin 1941, il est nommé au poste de chef d'état-major du front du nord-ouest et y démontre ses meilleures qualités. En janvier 1942, pendant l'offensive d'hiver de l'Armée rouge consécutive à sa victoire dans la bataille de Moscou, Vatoutine prend au piège deux corps d'armée allemands à Demiansk, réalisant ainsi le premier encerclement d'importance de troupes allemandes. De mai à juillet 1942, Vatoutine occupe brièvement le poste d'adjoint du chef de l'état-major de l'Armée rouge, jusqu'à ce que les Allemands déclenchent leur offensive d'été de 1942 (opération «Fall Blau»). Le 1er juillet 1942, Staline envoie Vatoutine, comme représentant de la Stavka avec les pleins pouvoirs sur le front de Briansk, qui est rebaptisé, quelques jours plus tard, front de Voronej et placé sous les ordres de Vatoutine. Le 22 octobre 1942, Vatoutine se voit confier le commandement du tout nouveau front du sud-ouest, qui, un mois plus tard, sera le fer de lance de l'opération «Uranus», la contre-offensive soviétique qui aboutit à l'encerclement de la 6e armée allemande dans Stalingrad. En décembre 1942, développant l'offensive sur le Don, les troupes de Vatoutine encerclent et anéantissent la 8e armée italienne, forte de 130.000 hommes, lors de l'opération «petit Saturne», ce qui contribue à l'échec de l'opération «Wintergewitter» de von Manstein, destinée à secourir la 6e armée allemande. Le 28 mars 1943, Vatoutine prend le commandement du front de Voronej en préparation de la bataille de Koursk. Lors de cette bataille (05.07 au 23.08.1943), Vatoutine identifie la direction («Schwerpunkt») de l’offensive allemande et parvient à résister à l'avancée de von Manstein sur le flanc sud du saillant dont les forces avaient pourtant la supériorité technique. Il rejette la hiérarchie conventionnelle des armées, son déploiement innovateur lui permet, non seulement de se défendre adroitement contre les meilleures unités de la Wehrmacht, mais aussi de passer rapidement de la défense à l'offensive. Après la victoire soviétique à Koursk, Vatoutine prend par surprise von Manstein, qui croyait que l'Armée rouge était trop faible pour poursuivre son offensive, et s'empare de Belgorod. La cible suivante de Vatoutine est Kiev. Le 20 octobre 1943, le front de Voronej est rebaptisé premier front ukrainien. Vatoutine entreprend un regroupement secret avec un plan imaginatif et trompeur. Ses troupes surprennent von Manstein, attaquant les Allemands depuis des directions inattendues et, le 6 novembre 1943, la ville de Kiev est libérée. Vatoutine exploite sans relâche sa victoire à Kiev pour s'enfoncer en profondeur dans les défenses allemandes. Le 28 février 1941, Vatoutine, qui procède à un regroupement complexe pour une nouvelle opération, est pris en embuscade par des insurgés de l'armée insurrectionnelle ukrainienne loin derrière les lignes de front. Il meurt de ses blessures à l'hôpital six semaines plus tard. Il n’avait que 42 ans. Son influence sur la planification stratégique, opérationnelle et technique de l'Armée rouge se poursuit après sa mort. Vatoutine est reconnu comme l'un des généraux russes les plus créatifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

[9] Hermann Hoth (12 avril 1885 – 26 janvier 1971) était un général du Troisième Reich pendant la Seconde Guerre mondiale, aussi connu pour ses victoires (en France et sur le front de l'Est) que pour ses défaites (à Stalingrad, Koursk et Kiev). Il fut blâmé par Adolf Hitler, qui le considérait alors comme défaitiste, et placé en réserve en novembre 1943. En avril 1945, il fut rappelé au service actif et affecté au commandement de la défense du massif du Harz, une position tenue jusqu’à la fin de la guerre. Il fut condamné à quinze ans de prison pour crimes de guerre. Il fut libéré en 1954.

[10] Gotthard Heinrici, né le 25 décembre à Gumbinnen en1886 et mort le 13 décembre 1971 à Waiblingen, était un général de la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale. Heinrici sert durant toute la Seconde Guerre mondiale sur les deux fronts. Il y gagne la réputation d'un des meilleurs tacticiens défensifs de la Wehrmacht et est renommé pour sa ténacité. Fils d'un ministre protestant, Heinrici était un homme religieux qui allait au temple régulièrement. Son rapport à la religion l'a rendu impopulaire parmi la hiérarchie nazie et était mal vu par Göring et Hitler. Cependant, approché par Speer pour participer à une tentative d'assassinat contre Hitler, il décline la proposition. Il est limogé par Hitler dans la nuit du 28 au 29 avril 1945, pour s'être opposé aux ordres de Keitel.

[11] Rodion Iakovlevitch Malinovski (en russe: Родио́н Я́ковлевич Малино́вский ; né le 23 novembre 1898 à Odessa – mort le 31 mars 1967 à Moscou) est un militaire, maréchal de l'Union soviétique et ministre de la Défense soviétique. Il participa notamment à la bataille de Stalingrad et la bataille de Budapest. Poursuivant son offensive vers l'ouest, Malinovski met en déroute les Allemands en Slovaquie, capture Bratislava puis Vienne le 4 avril 1945. Malinovski termine sa campagne en Europe par la libération de Brno, en Tchécoslovaquie, où ses soldats font la liaison avec les troupes américaines. En août 1945, il mène la dernière offensive soviétique de la Seconde Guerre mondiale: il envahit la Mandchourie, qui était alors occupée par un million de soldats japonais de l'Armée du Guandong, renommée pour la qualité de ses troupes. Malinovski écrase les Japonais en dix jours, dans ce qui est considéré depuis comme un modèle de guerre-éclair mécanisée et un classique du mouvement de tenailles, et également comme étant la plus grande réussite de l'habileté de l'armée soviétique lors de la Seconde Guerre mondiale. Malinovski se voit alors attribuer la distinction de héros de l'Union soviétique.

[12] La 1.SS Panzer-Division Leibstandarte Adolf Hitler (littéralement: «division garde du corps d’Adolf Hitler»), abrégée LSSAH ou encore LAH, était une unité des Waffen-SS. Elle tint le double rôle d’unité de protection du Führer et de formation de combat. À ce titre, elle fut présente sur tous les théâtres d’opérations, à l’exception de l’Afrique du Nord. Comme son nom le suggère, la Leibstandarte est née aux débuts du Parti nazi, en tant que garde personnelle d’Hitler. Comme la Waffen SS évolua et devint de plus en plus grande et importante au fil des années 1930, la LSSAH se développa à fur et à mesure jusqu'à devenir une Panzerdivision, et reçut sa désignation finale le 22 octobre 1943. Un détachement de la LSSAH était en permanence avec Hitler et assurait sa sécurité. Connue pour s'être illustrée à de nombreuses reprises sur le plan militaire, la division l'est également pour sa brutalité, ses nombreuses exactions et crimes de guerre.

 


Sources :

Soviet war paintings. A. Blinkov. Fire of the Guard artillery.
Konstantin Konstantinovitch Rokossovski (Константин Константинович Рокоссовский), maréchal de l'Union Soviétique.
Ivan Stepanovitch Koniev (Иван Степанович Конев), maréchal de l'Union Soviétique.
Rodion Iakovlevitch Malinovski (Родио́н Я́ковлевич Малино́вский), maréchal de l'Union Soviétique.
Erich on Manstein avec Adolf Hitler.
Generalfeldmarschall Erich von Manstein, Ukraine, septembre-octobre 1943.
Les maréchaux Zhukov et Koniev en conférence lors de la bataille du Dniepr, septembre 1943.
Vatoutine et Rybalko, bataille du Dniepr, octobre 1943.
Soldats allemands défendant la rive droite du Dniepr. On distingue un pont détruit.
Troupes soviétiques se préparent pour franchir le Dniepr sous le feu ennemi en vue d'établir des têtes de pont sur la rive droite du fleuve.
Troupes soviétiques franchissent le Dniepr sous le feu ennemi en vue d'établir des têtes de pont sur la rive droite du fleuve.
Troupes et équipements soviétiques franchissent le Dniepr sous le feu ennemi en vue d'établir des têtes de pont sur la rive droite du fleuve.
La bataille du Dniepr, les pertes civiles...
Soviet war paintings.V. Shatalin: Fight for the Dnieper River. http://www.allworldwars.com/Soviet-War-Paintings-Part-II.html

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02.02 | 10:40

Texte très bien pensé et structuré. Félicitations.

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07.02 | 23:01
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01.02 | 17:53
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