PARTIE I - LES ANNÉES DE GUERRE - 1916

 LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE

"REPÈRES CHRONOLOGIQUES

DÉTAILLÉS"

DOC AA-20 FR-07-2015

PARTIE I : LES ANNÉES DE GUERRE

 

1916

Janvier - mai 1916 : repli de l’armée serbe à Corfou où elle est recomposée et acheminée sur le Front de Salonique.

Janvier 1916 : un comité musulman pour l'indépendance de l'Algérie et de la Tunisie est constitué à Berlin.

1er janvier 1916 : suite au revers subi par les Alliés aux Dardanelles, Churchill démissionne de son poste de Premier Lord de l’Amirauté et il est affecté avec le grade de lieutenant-colonel, au «Royal Scots Fusiliers» dont il prend le commandement du 6e bataillon, dans les Flandres, secondé par le capitaine Sinclair.

1er janvier 1916 : attaque allemande dans les Vosges. L'armée allemande reprend le terrain conquis par les Français en décembre 1915 dans le secteur de Rehfelsen.

4 janvier 1916 : le gouvernement britannique rend public le rapport de Lord Derby confirmant que le nombre d'engagés  volontaires ne suffit pas a combler les déficits en hommes de l'armée britannique.

5 - 24 janvier 1916 : au Royaume-Uni, dépôt à la Chambre des Communes de Londres et vote en première (06.01.1916), deuxième (12.01.1916) et troisième lecture (24.01.1916) de la loi établissant le service militaire obligatoire («Military Service Act») pour les hommes célibataires entre 18 et 41 ans.

7 janvier 1916 : ayant été informé du plan des Alliés d’évacuer le Cap d’Hellé, Liman von Sanders (Liman-Pacha) regroupa ses forces et lança une attaque contre les Britanniques le 7 janvier ; l'assaut fut néanmoins facilement repoussé.

8 - 9 janvier 1916 : les troupes alliées évacuent le cap d’Hellé. Malgré les difficultés, l'évacuation fut la partie la mieux exécutée de toute la campagne alliée de Gallipoli : 35.268 hommes, 3.689 chevaux, 127 canons, 328 véhicules et 1.600 tonnes de matériel furent évacués. Les troupes alliées quittent définitivement les Dardanelles et se replient vers Salonique pour former l’Armée d’Orient.

8 janvier 1916 : la IIIème Armée allemande entreprend une première attaque de diversion dans le secteur de Massiges (Champagne). L'objectif est de détourner l'attention du Grand Quartier Général français du secteur de Verdun.

9 – 11 janvier 1916 : l'Autriche-Hongrie s'installe au Monténégro. Le 9 janvier l'armée austro-hongroise prend le mont Lovcen, position qui lui donne un accès direct à la capitale du Monténégro, Cettigne. Le prince monténégrin Mirko déclare que la poursuite de la guerre est désormais inutile et donne congé à ses forces armées. Le 11 janvier 1916, les Austro-hongrois occupent le Monténégro.

16 janvier 1916 : le général Sarrail, commandant des troupes françaises, est nommé commandant en chef des forces de l'Entente à Salonique.

16 janvier 1916 : occupation française de Corfou malgré les vives protestations du gouvernement royaliste d’Athènes. Les troupes serbes évacuées de l’Albanie débarquent dans l’île.

20 janvier 1916 : volte-face au Monténégro. Nicolas 1er, roi du Monténégro, rompt les négociations ayant cours avec les Austro-hongrois et dénonce l'accord précédemment consenti à ces derniers.

20 janvier 1916 : des déserteurs allemands dévoilent la promesse du Kronprinz, commandant de la Vème Armée allemande, d'offrir au Kaiser «Verdun pour son anniversaire». L’anniversaire du Kaiser est le 27 février…

23 janvier 1916 : l'armée austro-hongroise qui était au Monténégro entre en Albanie et prend Antivari et Scutari. Le 25 janvier, le Royaume de Monténégro capitule face à l'armée austro-hongroise. Le roi Nicolas 1er du Monténégro se réfugie à Rome, qu'il quitte à la faveur de Paris le 26 janvier.

24 janvier 1916 : nouvelle attaque de diversion de l'armée allemande à Nieuport, sur l'Yser.

27 janvier 1916 : l’armée allemande lance des offensives simultanées dans les secteurs de Loos et de Neuville-Saint-Vaast. tout en procédant à la reprise de la guerre des mines en Argonne.

28 janvier 1916 : les troupes belges et françaises entrent à Yaoundé (Cameroun).

29 janvier 1916 : le XXème arrondissement de Paris est bombardé par un Zeppelin.

31 janvier 1916 : un raid de Zeppelins allemands à l'est de l'Angleterre fait 70 morts et 113 blessés. Salonique est aussi agressée par un Zeppelin qui tue 13 personnes.

9 février 1916 : un puissant bateau-vapeur armé allemand, le «Hedwig von Wissmann», est coulé par les Britanniques et les Belges sur le lac Tanganyika.

9 février 1916 : le «Military Service Act» entre en vigueur au Royaume-Uni.

12 février 1916 : en Champagne, la IIIème Armée allemande entame une offensive de diversion à Sainte-Marie-à-Py. D'autres attaques du même acabit sont lancées dans les Flandres et dans la région de Saint-Dié.

13 février 1916 : la 1ère brigade russe constituée (2 régiments), quitte Moscou par le transsibérien et le 28 février 1916 elle arrive à Dairen (Mandchourie), d'où elle embarque pour la France sur des navires français. Le 11 avril 1916, elle arrive à Marseille, où elle reçoit un accueil triomphal. La brigade russe sera destinée au front de l'Ouest.

14 février 1916 : lors d'une conférence militaire tenue au Grand Quartier General français, les représentants de l'Entente s'accordent pour mener une offensive d'été sur la Somme accompagnée de manœuvres de diversion.

14 février 1916 : engagement fort des gouvernements français, britannique et italien envers le gouvernement belge en exil. Ceux-ci garantissent la restauration de l'indépendance de la Belgique et sa participation aux futures négociations de paix.

16 février 1916 : l'armée russe obtient la capitulation de la ville d'Erzeroum à l'est de la Turquie. Les Russes y font 12.000 prisonniers ottomans.

19 février 1916 : après plusieurs mois de siège, la capitulation de la forteresse de Mora au nord du Cameroun marque l'occupation totale de la colonie allemande par les forces armées franco-britanniques.

21 février - 18 décembre 1916 : Bataille de Verdun - L’apocalypse sur la rive droite de la Meuse. C'est au cours de l'hiver 1915-1916 que les états-majors adverses préparent leurs plans de campagne pour l'année à venir. Après plus d'une année complète d'expériences, les commandements commencent à ajuster leurs stratégies en fonction des conditions de la guerre de positions qui a succédé la guerre de mouvements a la fin de la première année de la guerre.  En faisant le bilan des expériences et des perspectives des deux fronts, le  général von Falkenhayn conclut que c'est sur le front occidental que l'armée allemande devra prendre l'initiative. Il est toutefois conscient que les méthodes qui ont assuré le succès en Russie ne peuvent mener qu'à la faillite en France. Von Falkenhayn choisit d'adopter une stratégie tout à fait novatrice : au lieu de tenter une rupture sur un endroit particulier du front, il décide d'amener l'armée française au bout de ses ressources matérielles et morales. Par une suite ininterrompue d'attaques répétées, il souhaite user l'ennemi dans son ensemble. Du côté des forces de l'Entente, la priorité devient l'organisation concertée des forces sur les deux fronts afin de fixer les troupes des puissances centrales en position. La conférence interalliée à Chantilly (6-8 décembre 1915) adopte le principe d'une offensive simultanée, entreprise «avec le maximum de moyens» sur les fronts occidental, italien et russe. Contrairement au plan allemand, le but de l'offensive alliée est encore ici de créer une percée dans les lignes ennemies. Toutefois, les moyens, eux, seront les mêmes : l'avancée des soldats sera précédée à chaque fois par une gigantesque préparation d'artillerie répartie sur plusieurs jours». Mais la coopération entre les différents alliés demeure très déficiente; seuls les Français et les Britanniques réussissent à élaborer un plan commun. Les états-majors prévoient d'engager conjointement, autour du 1er juillet, une attaque massive sur un front de 70 km dans le secteur de la Somme. La date choisie avait le double avantage d'être située à la fois dans la période où l'industrie devait fonctionner à son plein rendement et où l'armée russe devait elle aussi engager une offensive. Sceptique à propos de la stratégie de l'Entente, où le haut-commandement franco-britannique ne semble jamais envisager la possibilité d'une offensive allemande à l'ouest, le général russe Mikhail Alekseïev prophétise que «l'adversaire n'attendra pas que Joffre ait achevé ou non sa préparation ; il attaquera dès que les conditions du climat et l'état des routes le lui permettront».[Von Falkenhayn cherche donc à engager une bataille au ratio de pertes favorable à l'armée allemande afin de forcer la France à demander l'arrêt des combats. Le site de Verdun est finalement choisi pour de multiples raisons :

  • Tout d'abord, c’est une position stratégique importante car elle se trouve à proximité immédiate des usines d’obus de Briey-Thionville et du complexe ferroviaire de Metz.

  • Le saillant de Verdun est entouré par les forces allemandes de trois côtés, qui bénéficient d'un réseau logistique de voies ferrées performantes, alors que, du côté français, Verdun ne peut être approvisionné que par une mauvaise route et une ligne de chemin de fer à voie étroite.

  • Les forts du complexe défensif de Verdun sont vétustes, et Joffre a dégarni le secteur, laissant moins de 300 pièces d'artillerie et des unités à faible valeur combattante, ce qui devrait permettre aux Allemands de prendre l'avantage en première partie de bataille.

Les Allemands rassemblent face à Verdun quelque 1.225 pièces d’artillerie de tous calibres dont 542 obusiers lourds. En moyenne, on peut compter un obusier rapide de 210 mm tous les 150 m. Ils déploient 13 obusiers Krupp de 420 mm, 17 obusiers Skoda de 305 mm, 2 pièces de marine de 380 mm et les munitions en conséquence, environ 2.500.000 obus. Ils massent 72 bataillons d’infanterie dans des abris enterrés (Stollen). Sur les vingt divisions affectées à l'opération, dix sont prévues pour la bataille proprement dite, les dix autres étant réservées pour une éventuelle bataille décisive sur un autre secteur dégarni en conséquence. Depuis la mi-janvier, les préparatifs allemands sont confirmés par le 2e bureau des services de renseignements français, par la reconnaissance aérienne qui prend des photographies inquiétantes et par des déserteurs Alsaciens et Lorrains. Joffre reste sourd à ces renseignements. Le 21 février 1916 voit le «Trommelfeuer» allemand (feu roulant : les canons ne tirent pas par salves mais en feu à volonté, ce qui effectue un pilonnage continu.) débuter dès 07h30. Les trois divisions françaises présentes sont pilonnées par l'artillerie allemande. Un million d'obus furent tirés en 21 heures et sur près de quinze kilomètres [1]. Le bruit des bombardements fut ressenti à une centaine de kilomètres à la ronde. En quelques heures, les massifs forestiers disparaissent, remplacés par un décor lunaire. Les massifs de Haumont, de Herbebois et des Caures sont déchiquetés, hachés, nivelés. La puissance de feu est telle que la colline appelée "Côte 304" perd sept mètres de hauteur. Derrière le feu roulant, les fantassins allemands commandés par le chef d'état-major Erich von Falkenhayn (qui a succédé à von Moltke) se lancent à l'assaut des forts et des tranchées de Verdun. Von Falkenhayn entend "saigner l'armée française". Les premières positions de la rive Sud de la Meuse sont prises par les troupes allemandes. Le fort de Douaumont est pris le 23 février. À son tour, le fort de Brabant est pris le 24 février et le général Herr, responsable de la région fortifiée, est débordé. Le 25 février, les Allemands s'emparent aussi des sites de Louvemont et Bezonveaux, et le 26 de l’ouvrage d'Hardaumont. Le général De Langle de Cary, qui commande le groupe d'armées du Centre, ordonne le repli sur la rive gauche de la Meuse. Joffre reste calme et ordonne fermement de ne pas abandonner la rive droite de la rivière.[ Le 24 février, il nomme le général Pétain, alors commandant de la IIème Armée française, à titre de commandant en chef à Verdun. En quelques jours, les pertes françaises sont hallucinantes : 25.000 soldats hors de combat, 150 pièces d'artillerie détruites, une bande de 7 km perdue. Pourtant les «Poilus» tiennent le coup. Les Allemands progressent, mais des poches de résistance se constituent dans les lignes arrière françaises. 23.000 tonnes de munitions et de 190.000 soldats sont acheminés grâce à la "Voie sacrée", c'est-à-dire les routes et chemins qui relient Bar-le-Duc à Verdun. Le 27 février, Pétain donne l'ordre d'arrêt des replis et organise une contre-offensive qui tente de prendre en tenaille l'avance allemande. Le 1er mars, l'armée allemande fait une pause en ce qui a trait aux charges d'infanterie, mais procède à un violent bombardement de toutes les positions françaises. Le 3 mars, les Allemands font exploser une mine de 20 tonnes d'explosifs (!) sous la butte de Vauquois. Le 5 mars, les Allemands procèdent à des bombardements intensifs de la rive gauche de la Meuse pour en déloger l'artillerie française. Le 6 mars, nouvel assaut de von Falkenhayn qui provoque de grosses pertes côté français. Mais, finalement le haut commandement allemand échoue, ses attaques sur la rive droite de la Meuse sont endiguées et ne donnent pas de meilleurs résultats sur la gauche. Pétain s'exclame : «Courage, on les aura !». Au mois de juillet 1916, Joffre trouve Pétain finalement trop défensif et il décide de le remplacer par le général Robert Nivelle. Le 15 juillet, le général Mangin lance sa 37ème division et approche de Douaumont. Le 13 septembre, le généralissime se rend à Verdun pour planifier avec Nivelle et Mangin une nouvelle attaque. L'assaut est donné le 24 octobre, tout se passe comme prévu. On progresse de trois kilomètres et le 2 novembre, le général Mangin parvient à reprendre le fort de Vaux. Joffre est ébloui : «Magnifique, incomparable Mangin !». Le 15 décembre, huit divisions françaises reprennent le haut de la Meuse et 25.000 Allemands sont mis hors de combat. La bataille de Verdun est terminée. C'est la plus longue et l'une des batailles les plus dévastatrices de la Première Guerre mondiale et de l'histoire de la guerre. Alors que, côté allemand, ce sont pour l'essentiel les mêmes corps d'armée qui livreront toute la bataille, l'armée française fera passer à Verdun, par rotation, 70 % de ses «Poilus», ce qui contribua à l'importance symbolique de cette bataille. Le bilan sera un des plus lourds de la Grande Guerre : près de 700.000 Français et Allemands morts, disparus ou blessés, c.à.d. une moyenne de 70.000 victimes pour chacun des dix mois de la bataille; plus de 60 millions d’obus tirés sur une période de dix mois dans ce qui fut "l'enfer de Verdun". Verdun apparaît comme le lieu d’une des batailles les plus inhumaines auxquelles l’homme se soit livré : l'artillerie y cause 80 % des pertes, le rôle des hommes y consiste surtout à survivre – et à mourir – dans les pires conditions sur un terrain transformé en enfer, tout cela pour un résultat militaire nul. Verdun sera une terrible leçon que certains théoriciens militaires allemands sauront comprendre. L'immobilité du front, malgré les grands moyens engagés, est due à l'absence de moteur : en 1940, soumise au feu motorisé des Panzerdivisionen, Verdun tombera en 24 heures…

21 février 1916 : le même jour, les Allemands poursuivent leurs entreprises de diversion en lançant des attaques sur Souchez, Bιthune et Santerre.

26 février 1916 : le navire de transport de troupes français «Provence» est touché à tribord par une torpille du sous-marin allemand U-35 au large du Cap de Matapan (Grèce), faisant près de 1.000 victimes.

27 février 1916 : le croiseur turc «Midilli» (ex-SMS «Breslau» cédé à la Turquie), commandé par le capitaine de corvette von Knorr, avec Karl Dönitz [2] pour adjoint, reprend du service après avoir été immobilisé pendant plusieurs mois à Constantinople pour des réparations en conséquence des combats menés contre la marine de guerre russe en mer Noire.

29 février 1916 : le croiseur britannique HMS «Alcantara», un paquebot transformé en croiseur, et le navire allemand SMS «Grief»maquillé en navire norvégien,se coulent mutuellement après un combat épique dans la Manche.

1er mars 1916 : début de la première période de guerre sous-marine à  outrance pour l’Allemagne.

2 mars 1916 : blessé à Verdun, le capitaine Charles de Gaulle est fait prisonnier.

3 mars 1916 : le SMS «Möwe», mouilleur de mines allemand, rentre à Kiel après avoir coulé 13 navires de l'Entente. Il a également saisi deux autres navires comme butin de guerre et pris leurs équipages en tant que prisonniers.

4 mars 1916 : accord franco-britannique de partage de l’ancienne colonie allemande de Cameroun laissant 80% de son territoire à la France.

6 mars 1916 : attaques allemandes simultanées sur le Front de l’Ouest (en Argonne, en Champagne et sur les deux rives de la Meuse à Verdun). Le 7 mars, l'armée allemande prend pied sur les deux rives de la Meuse en enlevant Cumières et le bois des Corbeaux sur la rive gauche, ainsi que Fresnes et le Four-à-Chaux sur la rive droite. Le 8 mars, l'armée française contre-attaque au bois de Cumières sur la rive gauche de la Meuse, mais les Allemands progressent sur la rive droite près du village de Vaux.

9 mars - 15 mars 1916 : Cinquième bataille de l'Isonzo. L'offensive italienne contre les Austro-Hongrois est en partie destinée à soulager les Français à Verdun, mais elle est entravée par le mauvais temps et le manque d'artillerie. Les deux camps gagnent ou perdent peu de terrain et l’attaque italienne se termine dès le lendemain devant la puissance de la contre-attaque austro-hongroise.

9 mars 1916 :Entrée en guerre du Portugal dans le camp de l'Entente. Le 8 mars, le Portugal avait été sommé par Berlin de lever dans les deux jours la saisie des navires allemands présents dans ses ports, que le Portugal avait appliquée suite à une démarche du Royaume-Uni demandant au Portugal d’arraisonner et de réquisitionner les navires de commerce allemands séjournant aux ports portugais. L’acte de réquisition provoque la déclaration de guerre de l’Allemagne au Portugal.

9 mars 1916 : des forces révolutionnaires du général Francisco (Pancho) Villa envahirent le territoire des États-Unis. Environ 400 cavaliers dirigés par le général Ramón Banda Quesada participèrent à l'attaque de la bourgade de Columbus dans l’état du Nouveau-Mexique, incendiant divers immeubles, dont la poste et un hôtel. Le bilan de l’incursion fut de 14 soldats américains et 17 habitants de la ville tués et d'une centaine de morts du côté mexicain. Une des raisons de cette attaque fut que l’empereur Guillaume II aurait promis 800.000 marks-or à Pancho Villa pour qu'il crée des problèmes avec les États-Unis, ceux-ci étant conséquemment obligés d'envoyer une partie de leurs troupes au Mexique, alors qu'elles étaient destinées pour participer à la guerre en Europe. Pancho Villa y aurait consenti et ce, même sans se faire payer, car il en voulait aux Américains de lui avoir vendu des munitions désactivées [3], ce qui a causé sa défaite face aux «constitutionalistes» de Carranza aux ordres d’Álvaro Obregón lors de la bataille de Celaya (6-15 avril 1915). De plus, les USA avaient reconnu son adversaire Carranza comme représentant de facto le gouvernement du Mexique, ce qui amena l'interdiction de la vente d'armes à ses opposants, mesure qui touchait particulièrement Villa.

13 mars 1916 : l'armée britannique entreprend une offensive sur Morogoro. Les Britanniques prennent Moshi et entrent dans la colonie allemande d'Afrique orientale. Elles atteignent le centre logistique allemand d'Arusha le 22.03.1916.

15 mars 1916 : reprise de l'offensive par l'armée russe en Biélorussie dans le secteur du lac Narotch. Cette attaque fut la réponse de Nicolas II à la requête de Joffre afin de forcer les Allemands à retirer des troupes de la région de Verdun .Malgré leur large supériorité numérique (350.000 Russes firent face à 75.000 Allemands), les Russes subirent une cuisante défaite qui mena à une accusation de forfaiture à l'endroit du général Soukhomlinov, ancien ministre de la Guerre.

16 mars 1916 : le général Pierre Auguste Roques succède au général Joseph Gallieni, démissionnaire, qui décède le 26 mai.

16 mars 1916 : le paquebot néerlandais «Tubantia» est torpillé sans  avertissement par les Allemands. Un deuxième navire néerlandais, le «Palembang» sera aussi coulé sans sommation le lendemain.

16 mars 1916 : Louise Marie Henriette Jeanne de Bettignies, agent secret franco-britannique, est condamnée à mort à Bruxelles par les Allemands (cf. infra).

16 mars 1916 : combats au Soudan pour les Britanniques. Devant la révolte du sultan Ali Dinar du Darfour, des troupes anglo-égyptiennes entrent en campagne au Soudan. Ali Dinar affirme agir au nom de la «guerre sainte» des musulmans contre les «infidèles».

18 mars 1916 : victoire des Russes sur les Allemands en Lettonie, au sud de Dwinsk.

20 - 22 mars 1916 : succès allemands à Verdun. Le 20 mars l'armée allemande s'empare du bois d'Avocourt-Malancourt sur la rive gauche de la Meuse et le 22 mars du mamelon d'Haucourt dans la région de Verdun.

20 mars 1916 : en Afrique orientale les Allemands doivent reculer devant les forces britanniques. Ces dernières atteignent le centre logistique allemand d'Arusha deux jours plus tard.

24 mars 1916 : le sous-marin allemand U-29 coule sans sommation le paquebot britannique "Sussex". Plus de 50 passagers y trouvent la mort, dont 2 Américains et le compositeur espagnol Granados.

26 mars 1916 : Greve des ateliers Poutiloff de Pétrograd [4], œuvrant dans la production de guerre.

30 mars 1916 : la Commission permanente du Reichstag, approuve la guerre sous-marine à outrance.

30 mars 1916 : succès allemands à Verdun. Les Allemands s’emparent de l'ouvrage de Xermaménil et du village de Malancourt.

Avril 1916 : l'armée russe pénètre dans la région pontique et occupe Trébizonde.

1er avril 1916 : l'artiste-sculpteur Auguste Rodin fait don de ses œuvres à l'État, provoquant la colère des milieux cléricaux qui s'indignent de l'aspect «impudique» de celles-ci.

5 avril 1916 : discours du chancelier allemand Bethmann-Hollweg devant le Reichstag où il menace la Russie de lui faire payer le coût de la guerre et annonce que la Belgique restera sous contrôle de l'Empire allemand après la guerre.

8 avril 1916 : un premier convoi de l'armée serbe reconstituée quitte Corfou à destination de Salonique. Cette nouvelle armée serbe compte 122.000 hommes.

9 - 17 avril 1916 : offensive générale allemande visant à encercler Verdun. Le 10 avril, les troupes allemandes s'emparent de la côte 295 sur la rive gauche de la Meuse et du bois Franco-boche sur la rive droite. Le 17 avril, les Allemands s'emparent du sud du bois de Chauffour.

12 avril 1916 : l’Entente demande à la Grèce d’autoriser le transit des Serbes par le canal de Corinthe, puis par la ligne de chemin de fer reliant Larissa en Thessalie à Thessalonique en Macédoine. Refus du gouvernement royaliste grec. Finalement, un accord est trouvé et Athènes accepte que les forces serbes rejoignent la Macédoine en traversant les eaux territoriales grecques.

17 avril 1916 : les Russes poursuivent leur avancée en territoire turc et prennent Surmeneh sur le front arménien.

17 avril 1916 : les Britanniques débutent le combat pour Kondoa Irangi en Afrique orientale. Ils l'emporteront deux jours plus tard.

18 avril 1916 : l'armée russes entre dans Trébizonde et progresse vers Erzeroum.

18 avril 1916 : Note diplomatique du président américain, Woodrow Wilson, au gouvernement allemand. Il met en demeure les Allemands de choisir entre une rupture immédiate avec les États-Unis ou un engagement formel de renoncer à attaquer les navires de commerce et les paquebots. En réponse à cette note, le gouvernement allemand suspend le 20 avril la guerre sous-marine à outrance.

20 avril 1916 : à Verdun, reprise de la côte 295 par les Français.

21 avril 1916 : déportation de 25.000 habitants de Lille, hommes et femmes, vers l'Allemagne afin de participer aux travaux forcés agricoles.

26 – 30 avril 1916 : insurrection irlandaise à Dublin. Les Irlandais arrivent à se rendre maîtres de quelques bâtiments du centre-ville de Dublin, mais doivent rapidement faire face à la proclamation de l'état de siège, puis à la répression du mouvement par les Britanniques. Le 27 avril, alors que son armée poursuit la reconquête de Dublin, le gouvernement britannique affirme que la conscription ne sera pas appliquée en Irlande. Le 29 avril, les insurgés irlandais incendient la poste centrale de Dublin. Le 30 avril, plus de 700 Sinn-feiners capitulent à Dublin, marquant ainsi la fin de l'insurrection irlandaise.

26 avril 1916 : Accord secret «Sazonov-Paléologue» qui a partagé l’Arménie entre la Russie et la France. L'accord est nommé d’après le Ministre des Affaires étrangères Russe Sergei D. Sazonov et l'Ambassadeur Français en Russie Georges Maurice Paléologue, qui l’ont conclu. Il est surtout connu comme l' «accord Sykes-Picot», officiellement conclu le 16 mai 1916 (cf. infra).

26 avril 1916 : bombardement du port britannique de Lowestoft par la marine allemande.

27 avril 1916 : une loi crée un diplôme de "mort pour la France", délivré à chaque homme tué au combat.

29 avril 1916 : Capitulation britannique à Kutel-Amara (Irak). Après 143 jours de siège, les Britanniques encerclés dans Kut-el-Amara en Iraq se rendent. Les Ottomans y font près de 9.000 prisonniers. Cette défaite provoqua un grand émoi à Londres et dans les Indes britanniques.

30 avril 1916 : échec d'une attaque allemande aux gaz contre les soldats britanniques dans le secteur de Messines.

1er mai 1916 : le Grand Quartier Général (GQG) français décide de changer de tactique à Verdun et pour cela, de commandement. Il a trouvé en Pétain un excellent défenseur, mais souhaite désormais quelqu’un de plus offensif pour mener la contre-attaque. Le général Pétain est nommé commandant de l’armée du Centre. Il est remplacé à Verdun par le général Nivelle (cf. supra).

2 mai 1916 : l'avion de chasse Nieuport-17, équipé d'une mitrailleuse synchronisée Vickers, entre en service dans l'escadrille française 57.

3 mai 1916 : début des exécutions des principaux chefs de la révolte irlandaise. Celles-ci se poursuivent pendant plus d'une semaine. La comtesse Markievicz, condamnée à mort pour sa participation à la rébellion irlandaise, est graciée le 07.04.1916.

5 mai 1916 : raid sur Salonique du Zeppelin LZ-85, qui est touché par les canons du HMS «Agamemnon», ancré dans la rade de Salonique. Il est alors contraint de se poser dans le delta de la rivière Axios (Vardar), avant d'être finalement détruit par son équipage qui sera fait prisonnier par la cavalerie française. Le drapeau du LZ 85 sera capturé intact et sera plus tard exposé au Musée de la Guerre de Paris.

5 mai 1916 : le tsar Nicolas II reçoit le président du Conseil serbe, Pachlitch, et lui confirme l'engagement de la Russie à restaurer l'indépendance de la Serbie.

6 mai 1916 : l'armée belge s'empare de Kigali, capitale du protectorat allemand du Rwanda.

7 mai 1916 : Londres installe un "filet à sous-marins" long de 28 kilomètres devant interdire aux sous-marins allemands l'accès à la Manche. L'ouvrage, composé de mines et de filets, est sous surveillance constante de patrouilles.

8 mai 1916 : l'armée allemande subit une explosion accidentelle dans le fort de Douaumont (Verdun). On compte 650 morts et 1.800 blessés par l'incident.

8 mai 1916 : Les Britanniques demandent le report de l'offensive sur la Somme.

9 - 16 mai 1916 : Accord secret «Sykes-Picot». Cet accord franco-britannique régla, entre les deux puissances, le sort futur de la Mésopotamie, de la Palestine et de la Syrie avec la Cilicie limitrophe [5].

15 mai 1916 : l’armée austro-hongroise perce les premières lignes de défense italiennes dans le Trentin.

17 – 25 mai 1916 : reprise du fort Douaumont à Verdun. Le 17 mai, début d'une préparation d'artillerie qui durera 5 jours afin de paver la voie à la Vème division d'infanterie qui doit reprendre le fort de Douaumont. Le 23 mai, les Français passent à l’attaque et atteignent les superstructures du fort, mais ne peuvent s'en emparer. Après deux jours de combat sous le pilonnage de l'artillerie allemande, les survivants se rendent. Plus de 5.500 soldats français perdent la vie dans cette attaque.

19 mai 1916 : devant l'insistance des Français, le général britannique Douglas Haig accepte de lancer l'offensive de la Somme pour soulager Verdun.

20 mai 1916 : l'armée française à court de soldats ! Le Grand Quartier Général de l'armée française revoit à la baisse les effectifs prévus pour la Bataille de la Somme. Ainsi, Foch n'y disposera que de 26 divisions.

23 mai 1916 : adoption par la Chambre des Lords britannique de la Loi sur le service militaire obligatoire. Son entrée en vigueur est fixée au 24 juin.

24 mai 1916 : l'armée allemande contre-attaque à Douaumont sur la rive droite et s'empare de Cumières sur la rive gauche.

24 mai 1916 : entrée dans Kigali, au Ruanda, des troupes du Congo belge qui ont contourné les troupes coloniales allemandes pour les attaquer de flanc.

24 mai 1916 : le gouvernement royaliste grec d’Athènes (germanophile) autorise les troupes germano-bulgares d’occuper le fort Rupel [6] qui verrouille la frontière gréco-bulgare sur le mont Kerkini (Beles). Cela constitue une menace directe pour le camp retranché de Salonique situé à moins du 100 km du fort. Sa garnison a reçu l’ordre de rendre le fort et le matériel de guerre sans opposer de résistance. Ses défenseurs joignent le camp allié à Salonique. Le gouvernement royaliste justifie sa décision en évoquant les garanties qu’il aurait reçu que les Bulgares s’engagent à respecter l’intégrité territoriale de la Grèce et que les Allemands garantissent cette reconnaissance (!) [7]. Ces assurances fourbes seront démenties par la suite des évènements (cf. infra).

26 mai 1916 : rencontre entre Haig et Joffre à Beauquesne, au sujet du maintien au 1er juillet de leur participation à l'offensive de la Somme.

27 mai 1916 : mort de Joseph Gallieni, dont le corps est exposé aux Invalides.

28 mai 1916 : manifestation de rue à Salonique contre le gouvernement royaliste d’Athènes pour la cession du fort Rupel et l’entrée des ennemis Bulgares en territoire grec.

28 mai 1916 : les services de renseignement de la marine britannique interceptent un message allemand annonçant que la flotte de haute mer allemande («Hochseeflotte») se prépare à appareiller. Connaissant les préparatifs allemands, l'amiral britannique John Jellicoe fait appareiller, le 30 mai 1916, plus de 200 navires de guerre britanniques depuis les bases de Scapa Flow et Rosyth.

31 mai 1916 : Bataille navale du Jutland, ou bataille du Skagerrak pour les Allemands. C’est la plus grande bataille navale de la Première Guerre mondiale. Elle opposa pendant deux jours, la «Royal Navy» britannique à la «Kaiserliche Marine», en mer du Nord, à 200 km au nord-ouest de la péninsule danoise du Jutland, au large du Danemark (Skagerak). Fin mai, l'amirauté allemande avait planifié une vaste opération destinée à faire sortir l'escadre de croiseurs de bataille du vice-amiral David Beatty de ses bases à Firth of Forth. En premier lieu, une dizaine de U-boot allait se placer en embuscade, puis un raid de bombardement serait lancé le long de la côte du Sunderland, ce qui ne manquerait pas de susciter une réaction britannique. Les navires britanniques subiraient d'abord l'assaut des sous-marins, puis les navires intacts seraient attirés vers les dreadnoughts de l’amiral Franz von Hipper et anéantis. Cependant, ce qu'ignorait l'état-major naval allemand, c'est que l'Amirauté britannique était en mesure de décrypter ses messages chiffrés (cf. supra,  26.08.1914 : combat de l'île d'Odensholm) et qu'elle était donc informée de ses intentions. Les Britanniques interceptèrent et décryptèrent le 28 mai un message allemand, ordonnant à tous les navires d'être prêts à prendre la mer le 30. La «Grand Fleet» britannique, soit 24 dreadnoughts et 3 croiseurs de bataille, quitta Scapa Flow le 30 mai, sous le commandement de l'amiral Sir John Jellicoe, avant même que la «Hochseeflotte», la Flotte de haute mer de la Marine impériale allemande, aux ordres de l'amiral Reinhard Scheer, ne quitte de son côté l'estuaire de la Jade. L'escadre de Beatty (4 dreadnoughts et 6 croiseurs de bataille) quitta le Firth of Forth, le même jour. Jellicoe et Beatty devaient se rejoindre à 145 km à l'ouest du Skagerrak, au large de la côte du Jutland, pour y attendre les Allemands. Les Britanniques disposaient d'une confortable supériorité numérique concernant tant les navires de ligne modernes (28 «dreadnoughts», 9 croiseurs de bataille, 8 croiseurs cuirassés pour les Britanniques, contre 16 «grands croiseurs» (Großer Kreuzer), 5 croiseurs de bataille et 6 «pré-dreadnoughts» pour les Allemands), que les navires légers (26 croiseurs légers et 78 destroyers britanniques, contre 11 croiseurs légers et 61 torpilleurs allemands), supériorité confirmée aussi  en termes de tonnage (151.000 tonnes pour les Britanniques, contre 61.000 tonnes pour les Allemands). En revanche, les Allemands bénéficiaient d'une artillerie plus précise, le pouvoir perforant de leurs obus était meilleur, et le blindage des navires allemands leur assurait une meilleure protection. De plus, dans la «Royal Navy», l'apparition des charges propulsives composées de poudre sans fumée, comme la cordite, avait entraîné un relâchement des procédures de stockage et de manutention des matières explosives, qui allait se révéler déterminant. Le piège sous-marin allemand fut totalement inefficace et Jellicoe se rendit au lieu de rendez-vous sans être inquiété. Le 31 mai, à 14h20, alors qu'ils s'apprêtaient à virer au nord pour effectuer la jonction prévue avec Jellicoe, des navires de reconnaissance de l'escadre de Beatty aperçurent des bâtiments allemands au sud-est. Beatty chercha à prendre à revers les navires allemands pour les couper de leurs bases et, bientôt, les premiers échanges d'artillerie de la bataille commençaient. À 15h30, Beatty aperçut les croiseurs de von Hipper se dirigeant vers le nord-ouest. Von Hipper infléchit sa route pour amener Beatty sur les navires de Scheer. À 15h45, les navires de von Hipper étaient à portée de tir et les deux flottes sur des routes à peu près parallèles, écartées de 14 km. Beatty ouvrit le feu, auquel répondit l'adversaire. Commença ainsi la phase de la bataille connue sous le nom de «Course vers le Sud». Le HMS «Indefatigable» et le HMS «Queen Mary» furent touchés par des tirs ennemis explosent et coulent [8]. À 16h30, le HMS Southampton, de l’escadre Beatty aperçut le gros des forces de Scheer arriver : 16 «grands croiseurs» et 6 vieux navires de ligne. L'arrivée de ces derniers amena Beatty à rompre le combat vers 16h45, et à remonter au Nord vers Jellicoe, en espérant entraîner à sa suite la flotte allemande. Commença ainsi cette partie de la bataille que l'on appela «la Course au Nord».  Vers 17h30, le croiseur HMS «Black Prince» de Jellicoe aperçut les croiseurs légers de Beatty, établissant ainsi le premier contact entre les deux corps de la «Grand Fleet». Von Hipper rejoignit Scheer vers 18h[00, au moment même où le HMS «Lion» de Beatty était repéré par le HMS «Iron Duke» de Jellicoe. Celui-ci interrogea Beatty sur les positions allemandes, mais Beatty resta muet pendant presque dix minutes. Jellicoe, qui avait surestimé la distance des forces ennemies, était dans une situation inconfortable, attendant de connaître la position des Allemands pour former sa ligne de bataille. En effet, selon leur provenance, l'alignement devrait se faire soit sur la colonne de l'est, soit sur celle de l'ouest et cela devait être fait avant leur arrivée effective. Le déploiement sur l'ouest présentait l'avantage de rapprocher les Britanniques de Scheer, ce qui permettait de gagner du temps alors que le crépuscule arrivait, mais les Allemands pouvaient survenir avant que la manœuvre ne soit terminée. Le déploiement sur l'est éloignait la «Grand Fleet» de Scheer, mais permettrait de voir les navires de Scheer se profiler à l'horizon et offrait la chance de pouvoir exécuter la manœuvre «barrer le T» [9].Seulement, l'alignement exigeait vingt précieuses minutes et les deux flottes étaient proches l'une de l'autre, voguant à leur rencontre réciproque à pleine vitesse. À 18h00, Jellicoe ordonna l'alignement sur la colonne est. Vers 18h30, l'empoignade entre les deux flottes commença vraiment, Jellicoe étant effectivement en mesure de «barrer le T» à Scheer. Le HMS «Iron Duke», navire amiral de Jellicoe, infligea une série de coups au but au navire de tête allemand, le «SMS König». Pendant une dizaine de minutes, les Britanniques se trouvèrent tactiquement dans une position très favorable ; pourtant, seuls une dizaine de dreadnoughts sur les vingt-quatre que comptait la «Grand Fleet» ouvrirent effectivement le feu. Quant aux Allemands, la gravité de leur situation était amplifiée par la mauvaise visibilité. Scheer ordonna la retraite vers 18h33 et les navires allemands réussirent à s'extraire de la mêlée, profitant du manteau de brouillard et de fumée qui enveloppait le champ de bataille. Scheer réalisait pleinement qu'il ne faisait pas assez sombre pour pouvoir fausser compagnie sans dommages. Ainsi, à 18h55, il opta pour une mesure téméraire en mettant le cap plein est, droit sur les navires de Jellicoe. Il souligne dans ses mémoires : «La manœuvre devait surprendre l'ennemi et bouleverser ses plans et, si les choses allaient vraiment mal, elle faciliterait la fuite la nuit tombée». Jellicoe réussi «barrer le T» à nouveau à Scheer, mais de manière plus efficace et destructrice que précédemment, infligeant de sévères avaries aux Allemands. Pour la seconde fois en moins d'une heure, à 19h17, Scheer se replia vers l'ouest, tout en lançant ses torpilleurs à la charge sur l'adversaire dans un combat d'arrière-garde, avec le soutien des quatre croiseurs de bataille du Premier groupe de reconnaissance encore en état de combattre, afin d'empêcher les Britanniques de se lancer à la poursuite du gros de sa flotte. Dans la lutte désespérée qui suivit, les Allemands subirent trente-sept coups au but et n'en infligèrent que deux. Cela étant, à 20h24, Scheer décide de rompre l’engagement, de traverser le sillage de Jellicoe et de s'échapper par le chenal du Horns Reef en profitant de la nuit tombante. Par bonheur pour Scheer, Jellicoe ne sut pas anticiper une manœuvre aussi audacieuse et les éclaireurs britanniques se révélèrent une fois de plus incapables de repérer son itinéraire. Le déroulement des évènements de la nuit fut tout aussi confus que le reste de la bataille. Le HMS «Southampton, bateau-amiral du commodore Goodenough, fut gravement avarié, mais réussit à couler le croiseur léger SMS «Frauenlob» à 22h23 (320 disparus, aucun rescapé). À 2 heures du matin, le HMS «Black Princeexplose sous les tirs du SMS «Thüringen» (857 disparus, pas de rescapé). À 2h10, plusieurs flottilles de destroyers lancèrent des attaques à la torpille contre les grands bâtiments allemands. La mêlée fut un carnage : cinq destroyers coulés du côté britannique, le pré-dreadnought SMS «Pommern» coulé (844 disparus) et le SMS «Rostock» touché par une torpille du côté allemand. En outre, dans la confusion des combats, le SMS «Posen» éperonna le SMS «Elbing», qui fut abandonné. Enfin le SMS «Lützow» fut sabordé vers 1h45, après avoir été abandonné par les 1.150 survivants de son équipage. Comble de malchance pour Jellicoe, les services de renseignements de la marine à Londres avaient intercepté un message donnant la position exacte de la «Hochseeflotte», mais ils ne furent pas en mesure de le transmettre en temps utile. Quand Jellicoe eut enfin connaissance de l'endroit où se trouvait Scheer, vers 4h15, la bataille était définitivement terminée. Scheer regagna ses bases de Wilhemshaven, à l'abri des champs de mines allemands. Pour les Britanniques c’est la déception : ils ont remporté un succès coûteux et imparfait, malgré leur supériorité numérique. Pourtant, une telle bataille aurait dû avoir comme conclusion une victoire britannique totale, logique au vu de leur supériorité numérique. Les Allemands, arguant de la disproportion des pertes, revendiquent même la victoire, quoiqu'ils n'aient pu obtenir la maîtrise de la mer. L'affrontement a coûté quatorze bâtiments aux Britanniques et onze aux Allemands. Du fait que trois de ceux-ci étaient des croiseurs de bataille, leurs pertes humaines sont aussi plus élevées, 6.094 marins anglais contre 2.551 allemands, mais aussi en tonnage : 111 contre 62 milliers de tonnes. Cependant, d'un point de vue stratégique, la victoire britannique est plus claire, de nombreux autres bâtiments ayant été endommagés de part et d'autre. À l'issue de la bataille, les Britanniques avaient encore 24 dreadnoughts et croiseurs de bataille en état de combattre, contre seulement dix du côté allemand. Leurs vaisseaux endommagés furent rapidement remis en état, à l'inverse de ceux des Allemands. La flotte de haute-mer allemande resta dès lors dans ses ports, hormis quelques brèves sorties en août 1916 et avril 1918. Certes, elle continuait de constituer une menace, obligeant les Britanniques à maintenir de nombreuses unités en mer du Nord, mais jamais plus elle ne tenta de disputer la maîtrise des mers à son adversaire. Désormais, la Marine allemande allait consacrer ses principaux efforts à la guerre sous-marine. Le résultat n'ayant pas été à la mesure des espérances britanniques, une vive querelle va opposer au Royaume-Uni les partisans de deux amiraux impliqués dans cette bataille : l'amiral Jellicoe, commandant de la «Grand Fleet» et l'amiral Beatty, chef d'escadre. Cette querelle est connue sous le nom de «controverse du Jutland».

1er  juin 1916 : Trois divisions allemandes s'emparent du bois Fumin et de Damloup dans le secteur de Verdun.

2 juin 1916 : la révolte arabe contre la domination ottomane menée par le chérif Hussein commence dans la région de Hedjaz. Cette rébellion, sous l’instigation de l’officier britannique Thomas Lawrence, est financée par les Britanniques qui veulent ouvrir un nouveau front au sud de l'Empire ottoman. Cette révolte et les événements qui en suivront donneront une grande notoriété à Thomas Edward Lawrence, mieux connu sous le pseudonyme de «Laurence d'Arabie».

2 juin 1916 : le gouvernement belge en exil appelle sous les drapeaux tous les hommes de 18 à 40 ans.

4 juin 1916 : début de l’offensive du général russe Alexei Broussilov sur le Front de l’Est (Volhynie) en direction de Lutsk et Vladimir-Volynsk. Cette offensive, initialement prévue le 15 juin, est avancée pour soulager l'Italie de la pression austro-hongroise, le haut commandement italien ayant demandé l'intervention des Russes. Quatre armées russes, conduites par le général Broussilov enfoncent les lignes autrichiennes et capturent 500.000 hommes. Les Russes menacent maintenant la frontière hongroise et les Allemands sont contraints de l'étayer pour prévenir l'effondrement du front austro-hongrois. L'offensive est relancée en juillet, puis en août, mais les pertes sont énormes de part et d'autre. En octobre, le tsar Nicolas II demandera l'arrêt de l'offensive.

4 juin 1916 : le vaillant pigeon, matricule 787-15, effectue une liaison entre le fort de Vaux et celui de Souville. L'animal sera cité à l'ordre de la nation en 1918. Toutefois, l'effort de l'oiseau ne permet pas de sauver le fort de Vaux qui capitule devant les Allemands le 7 du même mois.

5 juin 1916 : le croiseur-cuirassé HMS «Hampshire» heurte une mine posée par le sous-marin allemand U-75 au large des Orcades. Lord Horatio Herbert Kitchener, ministre de la Guerre britannique, fait partie des victimes. Le bateau ne s’enfonça pas immédiatement, mais en 15 minutes. Lord Kitchener, âgé de 66 ans, préféra couler avec le navire plutôt que de mourir glacé dans les eaux, et son corps ne fut jamais retrouvé [10].

5 juin 1916 : début de la révolte arabe de Médine sous les auspices d'Ali et Fayçal, fils du chérif Hussein de La Mecque.

6 juin 1916 : le 2e régiment de la «brigade sud» de la Force publique du Congo belge, commandée par le lieutenant-colonel Frédérick Olsen, s'empare d’Usumbura (Bujumbura).

7 juin 1916 : à l’issue d’une résistance héroïque, la garnison du fort de Vaux (Verdun) est vaincue.

9 juin 1916 : les pays de l'Entente décident de placer la Grèce sous blocus maritime. Le gouvernement royaliste ordonne la mobilisation.

10 juin 1916 : violents combats sur le Trentin. L'armée italienne repousse une violente attaque de l'Autriche-Hongrie sur le front du Trentin. Mais les Austro-Hongrois ne parviennent pas à ravitailler leurs troupes les plus avancées et subissent en même temps l'offensive Broussilov sur le front oriental, ce qui les obligent de faire dégarnir le front de Tyrol pour renforcer le front de Galicie.

12 juin 1916 : les armées du général Broussilov continuent leur avancée vers la Galicie, malgré les combats qu'elle doit mener contre les troupes allemandes et turques (!) venues en renfort de leurs alliés austro-hongrois. Le front de Galicie est débordé et les Russes franchissent  le Stokhod le 13 juin 1916.

10 juin 1916 : la Nouvelle-Zélande introduit la conscription.

12 juin 1916 : échec de la Serbie dans sa tentative d'obtenir le commandement des armées de l'Entente à Salonique. Les Serbes voulaient voir le roi Pierre Ier ou le prince Alexandre obtenir ce poste [11].

15 juin 1916 : nouveaux succès pour l'insurrection arabe contre les Ottomans. En Arabie, les insurgés arabes prennent le port de Djeddah sur la mer Rouge. Ils reçoivent l'appui de la Royal Navy pendant la semaine où eurent lieu les combats.

16 juin 1916 : en Afrique orientale, les Belges entrent dans Gitega (ville au centre de Burundi), abandonnée par ses défenseurs allemands.

16 juin 1916 : l'armée austro-hongroise doit battre en retraite dans la région de Lutsk, alors que l'armée russe passe le Styr.

17 juin 1916 : pendant que les Allemands attaquent l'armée russe en direction de l'Ukraine, les Austro-hongrois reculent devant l'avancée des armées Broussilov qui investissent Czernowitz.

20 juin 1916 : les Allemands bombardent le fort de Souville et la côte de Froideterre avec des obus chimiques.

20 juin 1916 : l'armée britannique fait une démonstration pour un prototype de char d'assaut, le Mark I.

22 juin 1916 : bombardement aérien français sur la ville industrielle de Karlsruhe (sud-ouest de l'Allemagne). Ce bombardement est fait en représailles aux bombardements allemands sur Bar-le-Duc et Lunéville.

22 juin 1916 : démobilisation partielle de l'armée grecque à la suite de pressions de l'Entente sur le gouvernement royaliste grec d’Athènes (germanophile).

23 juin 1916 : attaques allemandes sur la rive droite de la Meuse (Verdun). Ces derniers s'emparent de l'ouvrage de Thiaumont et entrent dans ce qui reste du village de Fleury.

24 juin 1916 : début de la préparation d'artillerie de l'Entente en vue de la bataille de la Somme. 3.000 canons anglais et français déversent 1,5 million d'obus sur les lignes allemandes.

25 juin 1916 : les aviateurs britanniques ciblent systématiquement les ballons d'observation allemands afin «d'aveugler» l'ennemi en prévision de la bataille de la Somme.

27 juin 1916 : poursuite de l’offensive Broussilov. Prise de Czernowitz par la IXème armée russe, menaçant de rupture le front oriental en Bucovine.

27 juin 1916 : prise par les Bédouins du shérif Hussein du port de Yambosur la côte arabique de la mer Rouge.

29 juin 1916 : la IXème armée russe (général Letchiski) s'empare de Kolomea.

1er juillet 1916 – 18 novembre 1916 : Bataille de la Somme. Le lundi 1er juillet 1916, à 7h30, débute une gigantesque offensive franco-britannique sur la Somme. C’est au cours de cette bataille, la plus importante de la guerre, que l’on utilise des chars d’assaut (blindés) pour la première fois (à Flers). En fait, les Alliés avaient décidé dès décembre 1915, à Chantilly, de lancer une offensive conjointe sur la Somme en vue d'en finir avec l'enlisement dans les tranchées. Mais, trois mois plus tard, les Allemands les prenaient de vitesse en lançant une attaque massive sur le saillant français de Verdun. L'état-major français espère que l'offensive sur la Somme diminuera la pression allemande sur Verdun et soulagera le front de l'Est. Des forces considérables sont donc massées entre Albert et Chaulnes. 26 divisions britanniques au nord et 14 divisions françaises au sud attaquent sur un front de 34 km les positions allemandes au nord de la Somme tenues par la IIème  Armée du général von Below. L'offensive est précédée par une intense préparation d'artillerie. Pendant une semaine, 1,6 million d'obus tombent sur les lignes allemandes. Le 1er juillet au matin, c'est par un beau temps et clair que commence le bombardement final des Alliés. À partir de 6 h 25, les tirs d'artillerie atteignent une cadence de 3.500 coups par minute, produisant un bruit si intense qu'il est perçu jusqu'en Angleterre. Quelques minutes avant l'assaut, les sapeurs britanniques font sauter deux mines énormes sous les lignes allemandes. Les Alliés sont persuadés d'avoir liquidé toute résistance du côté ennemi. Dans les faits, les Allemands, endurcis par deux années éprouvantes, ont résisté aux bombardements et attendent l'assaut de pied ferme. Le haut commandement britannique donne l’ordre à ses hommes d’avancer au pas pour ne pas se disperser. Les Allemands les accueillirent avec des tirs de mitrailleuses qui les fauchèrent en masse. Les officiers étaient facilement repérables et furent particulièrement visés. À l'issue de la première journée de combat, le bilan pour l'armée britannique était très lourd : 57 400 hommes étaient hors de combat soit près de 18 % de l'effectif engagé (320.000 hommes). Au cours de l'attaque de Beaumont-Hamel le Régiment royal de Terre-Neuve, composé de volontaires, perd 92 % de son effectif en une demi-heure. De leur côté, les Français atteignirent tous leurs objectifs et ne purent progresser davantage du fait, en autre, de l'échec des Britanniques. Le général Haig ordonne leur repli ce qui rend Joffre furieux : «Vous attaquerez ! Je le veux !» crie-t-il. Finalement, les Anglais sont renvoyés sur le front et von Falkenhayn doit transférer des troupes et des batteries de Verdun à la Somme ; de ce fait, la pression exercée sur l'armée française à Verdun se réduit. Rapidement un conflit naît entre les commandements français et britannique. Haig se décharge des ordres de Joffre. Le généralissime lui demande de se reprendre, en vain. La grande bataille prévue n'aura pas lieu. Dès septembre, les combats ralentissent et le mois suivant, la bataille est quasiment terminée. Cette offensive franco-britannique se transformera progressivement en une guerre d’usure et se soldera par la perte de plus d’un million de soldats (morts, disparus,  blessés) - dont  440.000 Allemands, 420.000 Britanniques et 200.000 Français - mais les lignes allemands ne seront pas percées. Bien qu'en certains endroits le front ait progressé d'une dizaine de kilomètres à l'avantage des Alliés, l'enlisement de la Somme reste globalement un échec, tout comme Verdun, une victoire «amère».

1er juillet 1916 : l'ouvrage de Thiaumont, dans le secteur de Verdun, est repris par les français.

3 juillet 1916 : en Afrique orientale, les Belges occupent la rive est du lac Tanganyika. Les Allemands commencent à se retirer du Rwanda-Burundi, après avoir subi une défaite à Niakarumsu.

4 juillet 1916 : le premier-ministre roumain, I. Bratianu, fait connaître les conditions de l'entrée en guerre de la Roumanie aux côtés de l'Entente : une offensive contre les Bulgares depuis Salonique et des fournitures en matériel et en munitions.

7 juillet 1916 : les Britanniques abrogent la Déclaration de Londres de 1909 sur les droits commerciaux des neutres en temps de guerre.

9 juillet 1916 : arrivée dans le port de New York du sous-marin de commerce «Deutschland». Ce submersible géant devait permettre à l’Allemagne de briser le blocus économique de l'Entente.

9 juillet 1916 : les troupes de Hussein sont maîtres de La Mecque.

10 juillet 1916 : poursuite de l’avancée Broussilov. La VIIIème armée russe repousse les Allemands au nord du Stokhod et s'approche de la plaine de Hongrie.

11 juillet 1916 : ultime offensive allemande à Verdun amenant la prise de la batterie de Damloup.

11 juillet 1916 : reprise de l'offensive russe à l'est de la Turquie.

11 juillet 1916 : à Verdun, le 2ème zouave s'empare de la «Poudrière» aux dépens des Allemands.

22 juillet 1916 : Conférence des Alliés sur la Roumanie. Le Grand Quartier General français reçoit ses alliés anglais pour fixer la convention militaire devant les lier à la Roumanie. Le lendemain, une offensive de soutien à la Roumanie par l'armée de Salonique est décidée à Paris. Le 25 juillet, la Roumanie présente des nouvelles exigences avant de donner leur accord pour entrer en guerre contre les empires centraux.

22 juillet 1916 : vote du Senat américain d'un important programme de construction navale.

25 - 27 juillet 1916 : les Australiens connaissent du succès sur la Somme où ils réussissent à reprendre le village de Pozières et à consolider leur emprise sur l'ensemble du secteur fortifié autours de Pozières malgré de fortes contre-attaques allemandes.

28 juillet 1916 : la XIème armιe russe capture Brody et atteint le cours supιrieur de la Lipa. Broussilov arrive ainsi à  rompre le front austro-hongrois sur 50 kilomètres.

28 juillet 1916 : en Allemagne, exécution du capitaine de marine commerciale britannique Fryatt pour avoir tenté d'éperonner un sous-marin allemand.

28 juillet 1916 : la vedette belge «Netta» surprend le «Graf von Götzen» [12] face à l'embouchure de la Malagarasi. La canonnière allemande, qui n'est plus armée que par une mitrailleuse Maxim, refuse le combat et tente de s'échapper avant de se saborder à hauteur de la cale de la chaufferie. L'équipage tente de s’enfuir grâce au remorqueur «Wami», mais celui-ci est coulé par la vedette belge. [

30 juillet 1916 : sur le front oriental, les troupes russes du général Broussilov continuent de progresser en direction de Kovel et Stanislau.

30 juillet 1916 : grand sabotage allemand contre le dépôt de munitions de Black Tom Island à Jersey City, États-Unis, qui fut détruit. La déflagration fut si puissante qu’elle brisa les vitres sur une distance de 40 kilomètres. On estima sa force à 5,5 sur l’échelle de Richter et l’explosion endommagea la Statue de la Liberté à tel point que la visite du bras et de la torche du bâtiment en est depuis lors interdite. Les pertes humaines sont estimées entre 4 et 7 victimes et les dégâts à 20 millions de dollars de l'époque, soit 400 millions de dollars valeur 2010.

1er août 1916 : l'armée française d’Orient reprend l'offensive en direction de Monastir et s'attaque au village de Sborsko en Macédoine serbe.

3 août 1916 : dernière attaque germano-turque sur le canal de Suez. Les assaillants sont repoussés vers le centre du Sinaï après deux jours de combat.

3 août 1916 : exécution de Sir Roger Casement jugé coupable de haute trahison en Angleterre. Casement fit une longue carrière de diplomate au service de la diplomatie britannique, ce qui lui valut d'être anobli. Irlandais d'origine, Il prend fait et cause en faveur des nationalistes irlandais en 1916 et est jugé pour sa participation a l'insurrection du printemps 1916.

4 août 1916 : les Russes dépassent la ville de Brody et franchissent la Sereth en Autriche-Hongrie.

6 août - 17 août 1916 : Sixième bataille de l'Isonzo. Le commandant en chef de l’armée austro-hongroise général Franz Graf Conrad von Hötzendorf avait réduit ses forces sur le front de l'Isonzo afin de renforcer ses troupes en vue d'une offensive sur le Trentin. Le chef d'état-major italien général Luigi Cadorna a fait alors passer en chemin de fer une partie de ses troupes du Trentin vers le front de l'Isonzo pour attaquer les défenses ennemies, affaiblies par le transfert. Le 6 août 1916, l'offensive italienne est lancée sur Gorizia. L'attaque est concentrée sur deux zones : la zone des collines à l’ouest de la rivière Isonzo près de Gorizia, et la pointe ouest du plateau du Carso, près de Doberdò del Lago. Dans la bataille de Doberdò del Lago, les Italiens réussissent à conquérir les grands axes routiers de la côte qui va de Dui à Gorizia. Les forces austro-hongroises commencent alors une retraite sur le Mont San Gabriele à l'est de Gorizia, laissant la ville aux Italiens. Le 8 août, Gorizia est prise et les Italiens traversent l’Isonzo et établissent une tête de pont. Les troupes austro-hongroises vont renforcer ce secteur afin d’empêcher une percée italienne. Le général Cadorna, satisfait des résultats obtenus, fait cesser l’offensive le 17 août. La prise de Gorizia constitue le plus grand succès de cette offensive italienne sur l’Isonzo. Ce succès a largement permis de stimuler le moral des troupes italiennes. Certains historiens soutiennent que cette bataille fut inutile, le gain de terrain étant minime. En effet, les Autrichiens, ont été à court de troupes (ils ont dû combattre sur deux fronts), et ont été obligés de faire retraite sur le territoire slovène. Selon les chiffres officiels, les italiens perdirent 1.759 officiers et environ 50.000 soldats et les austro-hongrois 862 officiers et environ 40.000 soldats. Il convient de souligner, toutefois, que l’armée austro-hongroise était beaucoup mieux équipée que l’armée italienne et, comme dans presque toutes les batailles de l'Isonzo, il y avait toujours un nombre élevé de disparus italiens, en raison de la supériorité de l'artillerie autrichienne qui a entraîné la mort de beaucoup de fantassins italiens déchiquetés par les obus. Après la bataille, le 28 août 1916, l'Italie déclare la guerre à l'Allemagne.

7 - 10 août 1916 : les Russes avancent encore. Le 7 août, la IXème armée russe avance en direction de Stanislau et prend Tlumacz. Le 10 août, les Russes prennent Stanislau et repoussent les armées des Empires centraux vers Halicz, plus à l'ouest.

12 août 1916 : succès français sur le front de la Somme. L'armée du général Fayolle entame la seconde position allemande dans le secteur du bois de Maurepas.

12 – 22 août 1916 : succès des Britanniques en Afrique orientale. Après s'être emparés de Mpapoua le 12 août, les Britanniques poursuivent leur avancée en s'emparant du port de Bagamoyo (Tanzanie), en direction des terres de Kidete. Le 21 août, les Britanniques les prennent Kilosa, et Kimamba le lendemain.

17 août 1916 : les généraux von Hindenburg et von Ludendorff succèdent à von Falkenhayn à la tête de l'état-major allemand.

17 août 1916 : le chef du gouvernement roumain I. Bratianu signe les deux conventions, politique et militaire, qui placent la Roumanie dans le camp de l’Entente. L'Entente lui accorde l'annexion de la Bucovine, de la Transylvanie et du Banat après la victoire. C’est le succès apparent de l’offensive russe lancée en Galicie par le général Broussilov qui a encouragé la Roumanie à choisir le camp de l’Entente, mais l’offensive russe se révèlera rapidement sans lendemain.

17 - 18 août 1916 : les Bulgares débouchent du fort Rupel et envahissent la Macédoine grecque dans le cadre d'une offensive généralisée contre le camp retranché allié de Salonique.

18 août 1916 : le commandement bulgare déclenche une offensive contre les troupes alliées dans la Macédoine occidentale. Les troupes bulgares marchent sur Ostrovo et Veria, pour verrouiller l'accès à la Macédoine occidentale. Ils enlèvent la ville de Florina et obligent la général Sarrail à se replier pour réorganiser son dispositif. La contre-attaque alliée, lancée le 10 septembre, se heurte à de solides défenses bulgares et elle progresse péniblement en direction de Monastir (actuellement Bitola).

20 août 1916 : la Roumanie déclare officiellement la guerre à l'Autriche-Hongrie.

20 août 1916 : les Serbes lancent une offensive visant la prise du mont Voras (Kaïmaktchalan) dans leur progression vers Monastir.

23 août 1916 : de retour des USA, le sous-marin cargo «Deutschland» brise le blocus de l'Entente et accoste à Brème.

24 août 1916 : Devant la prolongation de l'effort militaire de l'Entente sur la Somme, Pétain informe Nivelle que le Grand Quartier Général (GQG) ne pourra désormais lui fournir aucune division supplémentaire pour les opérations de Verdun.

27 août 1916 : l’Italie déclare la guerre à l’Allemagne.

27 août 1916 : franchissant en près de 20 points les cols des Carpates, l'armée roumaine entre en Transylvanie et en déloge les forces austro-hongroises qui y séjournent.

28 août 1916 : l’Allemagne, puis la Turquie (30.08.1916), déclarent la guerre à la Roumanie.

29 - 30 août 1916 : l'armée russe prend le contrôle des cols de Jablonica et s'approche de la Transylvanie. Au centre, cette même armée atteint son point de progression final en passant la Zlota-Lipa. L'armée du Sud de l'Alliance contre-attaque l'armée Broussilov en son centre à partir de la région de Lemberg. Cette armée, commandée par le général allemand von Bothmer, comprend 9 divisions allemandes, 3 divisions austro-hongroises et 2 divisions ottomanes (!).

29 – 31 août 1916 : l’empereur Guillaume II nomme von Hindenburg chef d'état-major général des armées allemandes en remplacement de von Falkenhayn. Von Hindenburg émet une directive de mobilisation totale du pays pour la guerre dès sa prise de commandement. Il demande que tous, mutilés, prisonniers, jeunes et femmes, soient mis au service de l'industrie de guerre afin de doubler, voire tripler, la production de guerre.

30 août 1916 : les Britanniques utilisent 1.000 cylindres de gaz toxique contre les lignes allemandes entre Arras et Bapaume. Le mélange de chlore et de phosgène brûle la végétation sur une longueur de 8 km.

31 août 1916 : sur ordre de von Hindenburg - mobilisation totale en Allemagne.

1er septembre 1916 : la Bulgarie déclare la guerre à la Roumanie et déclenche immédiatement les hostilités en dirigeant sa IIIème armée vers des bouches du Danube. Après quelques succès initiaux en Transylvanie, les forces roumaines sont écrasées par les armées allemande et austro-hongroise placées sous le commandement des généraux von Falkenhayn et von Mackensen.

1er septembre 1916 : l'Entente étend l'application de l'embargo sur les produits alimentaires aux pays scandinaves pour empêcher leur réacheminement vers l'Allemagne.

2 septembre 1916 : changement de stratégie à Verdun pour l'Allemagne. Von Hindenburg décide l'arrêt des actions offensives à Verdun. Il donne l'ordre à la Vème armée allemande de s'installer «en position de résistance de longue durée».

3 septembre 1916 : présentation par le général Haig des «cuirassés terrestres» anglais. Il espère disposer d'une cinquantaine d'exemplaires de ces chars d'assaut pour sa prochaine offensive [13].

3 septembre 1916 : Français et Britanniques reprennent l'offensive sur la Somme à la jonction entre les deux armées. En trois jours, ils emportent la première position allemande entre Forest et Cléry.

4 septembre 1916 : les Britanniques s'emparent de Dar-es-Salaam, capitale de l'Afrique orientale allemande.

4 septembre 1916 : la Triplice rompe les promesses faites au gouvernement royal d’Athènes et Kavala (principale ville côtière de la Macédoine orientale grecque) tombe entre les mains des forces germano-bulgares. Le tsar Ferdinand de Bulgarie se fait photographier en pose de vainqueur sur les ruines du château fort surplombant la ville.

7 - 19 septembre 1916 : violents combats en Afrique orientale allemande. Des troupes belges et britanniques attaquent les défenseurs allemands de Tabora, métropole intérieure de l'Afrique orientale allemande (aujourd’hui Tanzanie). Les Britanniques occupent Lindi, sur la côte de l'océan Indien. Le 19 septembre 1916, les Belges entrent dans Tabora, abandonnée par ses défenseurs allemands. La prise de Tabora marque un important repli des forces Allemandes au cours de la campagne d'Afrique de l'Est, qui perdent tout contrôle sur son chemin de fer, le «Tanganjikabahn» reliant Dar es Salaam (sur la côte de l'océan Indien) à Ujiji (au bord du lac Tanganyika). Le nord de la colonie allemande est, dès lors, perdu pour le lieutenant-colonel Paul Emil von Lettow-Vorbeck, commandant des troupes stationnées en Afrique orientale allemande.

12 septembre 1916 : offensive générale de l'Entente sur la Somme après avoir réorganisé les unités de combat et déplacé l'artillerie. Les Allemands offrent une forte résistance, ne permettant que la prise de Bouchavesnes par les troupes françaises.

13 septembre 1916 : le président français Poincaré remet la croix de la légion d'honneur à la ville de Verdun, ainsi que la croix de guerre. Verdun est aussi honorée de plusieurs décorations étrangères, dont un sabre d'honneur de l'empereur du Japon.

14 – 18 septembre 1916 : Septième bataille de l'Isonzo. 1 mois après la fin de la 6ème bataille de l’Isonzo, le commandement italien décide de lancer une attaque, afin d’étendre leur tête de pont établie à Gorizia en août 1916, en attaquant le sud-est de la ville, et en particulier Miren-Kostanjevica, situé sur le Haut plateau Karsique, en direction de la ville de Trieste. Les Italiens gagnent du terrain, mais le mauvais temps et la résistance acharnée des Austro-Hongrois les empêchent de progresser de façon significative. Les pertes italiennes sont importantes.

15 septembre 1916 : dans la Somme (Flers), les Britanniques font usage pour la première fois de chars d’assaut . La IVème armée britannique attaque sur un front de 9 kilomètres sur la Somme. Au bout de trois jours, les Britanniques enlèvent Courcelette, Lesbœufs et Gueudecourt. Le 22ème Bataillon canadien participe à cette offensive dans le secteur de Courcelette.

15 septembre 1916 : sur le front de l’Afrique de l’Est, les troupes portugaises massées derrière la frontière sud de l'Afrique orientale allemande lancent une attaque, avec une force composée de 120 officiers et de 4.000 Askaris très mal équipés, sous le commandement du général José César Ferreira Gil. Ils battent en retraite, le 29 novembre devant la position fortifiée de Newala pour se retirer définitivement derrière leurs lignes.

17 septembre 1916 : sur le front des Balkans, l'armée serbe emporte le sommet du Mt Voras (Kaïmaktchalan), pendant que des troupes françaises réoccupent Florina.

17 septembre 1916 : première victoire aérienne homologuée du célèbre 'aviateur allemand Manfred von Richthofen, mieux connu sous le nom de «Baron Rouge» [14].

19 septembre 1916 : le général Joffre adresse une demande au président du Conseil pour que le général Foch soit maintenu dans ses fonctions, même s'il atteindra la limite d'âge de sa fonction le 2 octobre1916.

20 septembre 1916 : contre-offensive allemande sur la Somme. L'armée allemande attaque le point de jonction entre les armées britanniques et françaises sur le front de la Somme. Les positions ne bougeront pas.

25 - 27 septembre 1916 : Français et Britanniques reprennent l'offensive sur la Somme. Les premiers emportent Combles et les suivants prennent Morval. Le 26 septembre, les Britanniques s'emparent du village de Thiepval [15] sur le front de la Somme. La résistance des Allemands forcent l'arrêt de cette offensive dès le 27 septembre. 

28 septembre – 8 octobre 1916 : victoires allemandes en Roumanie. En Transylvanie, les Roumains doivent reculer devant l'offensive de von Falkenhayn. Fin septembre les Allemands entrent dans Hermannstadt et reprennent les principaux cols des Carpates. Le 8 octobre, L'armée allemande du général Staabs chasse les Roumains de Kronstadt. L'armée roumaine aurait alors perdu tout le territoire conquis depuis son entrée en guerre.

2 - 10 octobre 1916 : Gouvernement provisoire grec à Salonique. Le 2 août 1916, des officiers venizélistes organisent un coup d'État militaire à Thessalonique avec le concours du général Sarrail. Ils mettent alors en place un «comité de défense nationale», qui appelle Venizélos à sa tête. Le 9 octobre 1916, Venizélos débarque à Salonique et forme, en Macédoine grecque, un «gouvernement provisoire de défense nationale», en collaboration avec l’amiral Pavlos Koundouriotis [16] et le général Panagiotis Danglis. C'est le début du «Schisme national» (en grec Ἐθνικός Διχασμός) [17], qui divisera la Grèce jusqu’à la «Grande catastrophe» [18]. Le triumvirat est soutenu officieusement par les puissances de l’Entente et participe aux opérations militaires alliées sur le front de Salonique, mais le «gouvernement provisoire de défense nationale» n’est pas reconnu au niveau international.

2 octobre 1916 : au Reichstag, adoption de la loi sur le Service auxiliaire patriotique. Cette loi permet au gouvernement l'affectation de tous les hommes de 17 à 60 ans qui ne sont pas mobilisés au travail dans les usines de guerre.

3 octobre 1916 : instauration par les Allemands du service du travail obligatoire en Belgique.

3 octobre 1916 : le général Nivelle fait commencer une préparation d'artillerie «régulière, méthodique et progressive» en prévision de la prochaine offensive dans le secteur de Verdun.

7 octobre 1916 : le «Gallia», un navire de transport de troupes français, est torpillé sur sa route vers Salonique. 500 personnes, soldats et marins périssent.

10 – 12 octobre 1916 : Huitième bataille de l'Isonzo. Les 2ème et 3ème armées italiennes attaquent la 5ème armée austro-hongroise, leur objectif étant les villes de Doberdò del Lago et Monfalcone, afin d’étendre leur tête de pont établie à Gorizia au cours de la sixième bataille de l'Isonzo en août 1916. L’attaque italienne échoue une nouvelle fois devant la défense opiniâtre des Austro-hongrois ; les erreurs tactiques, la vétusté du matériel, ainsi le terrain défavorable aux troupes italiennes ont aussi joue un rôle non négligeable. Les Italiens ne gagnent que 3 km, au prix de 24.000 pertes humaines. La bataille s'achève le 12 octobre.

10 octobre 1916 : refus de la France à une proposition britannique pour une offensive conjointe en Palestine et en Syrie.

14 – 17 octobre 1916 : succès des forces de l’Armée Française d’Orient. Le 14 octobre, prise des villages Gardilovo et Baldentzi, et le 17 octobre, prise de Slivica, en Macedoine serbe.

16 – 17 octobre : Joffre fait parvenir une note aux généraux Foch et Haig pour qu'ils mettent fin aux opérations «de détail» sur des fronts étroits à la faveur d'offensives de large ampleur.

23 octobre 1916 : la Roumanie en difficulté. Bombardement germano-autrichien sur Bucarest. Les Bulgares occupent toute la plaine de la Dobroudja.

23 octobre 1916 : Accord entre Paul Bénazet (député français négociateur pour le compte de l’Entente) et le roi Constantin Ier de Grèce concernant la démobilisation de l’armée royale et l’évacuation de la Thessalie exigées par l’Entente pour sécuriser le camp  retranché des Alliés à Salonique.

24 octobre 1916 : avancée française décisive à Verdun. Les forces françaises, commandées par le général Mangin et dotés de l’initiative depuis le mois d’août, lancent une vaste offensive et reprennent les forts et de Douaumont (24 octobre) et de Vaux (3 novembre).

25 octobre 1916 : Louis François Marie Joseph Franchet d’Espèrey, fils du général Franchet d’Espérey, est tué à Douaumont d’une balle au cœur à l’âge de 18 ans.

27 octobre 1916 : Accord franco-arménien secret négocié entre Aristide Briand et Boghos Nubar du côté arménien. Il s’agit d’une entente politique et militaire visant à soutenir du côté des Alliés les Arméniens rescapés du génocide pendant la 1ère Guerre mondiale. Les parties s’accordèrent sur différents points, notamment la création de la «Légion arménienne» qui combattrait pour la libération de la Cilicie et la création d’un État arménien dans la région. L'accord était connu de Talaat-Pacha (instigateur du génocide arménien) : une copie de ces informations a été retrouvée dans les archives ottomanes.

27 octobre 1916 : en Australie, le référendum sur l'établissement du service militaire obligatoire est accepté par une majorité des électeurs.

29 octobre 1916 : sur le front de la Somme, l'infanterie allemande sonne la charge entre Biaches et La Maisonnette précédée d'une vague de «lance-flammes».

29 octobre 1916 : le chérif Hussein de La Mecque se proclame roi du Hedjaz, plaçant Français et Britanniques devant le fait accompli.

1er novembre - 4 novembre 1916 : Neuvième bataille de l'Isonzo. Elle débute par une attaque des 2ème et 3ème armées italiennes contre les positions austro-hongroises à l'est de la ville de Gorizia. Le mauvais temps, le brouillard, le froid et les lourdes pertes (28.000 hommes) obligent le général Luigi Cadorna, commandant en chef italien, à mettre fin à l'offensive. Comme toujours, le long de l'Isonzo, l'armée austro-hongroise occupe les hauteurs de cette région montagneuse qui est une formidable forteresse naturelle, les Italiens ne parvenant toujours pas, malgré toutes leurs tentatives et des pertes humaines considérables, à effectuer une percée. L’année 1916 aura vu 5 opérations sur l’Isonzo, au lieu de 4 offensives en 1915. Après une longue pause hivernale les Italiens renouvelleront une attaque, la 10ème, le 12 mai 1917.

2 novembre 1916 : abandon de positions par l'armée allemande. La garnison allemande du fort de Vaux (Verdun) commence à se retirer de ses positions. Le fort est repris sans combat par les Français la nuit suivante.

2 novembre 1916 : les troupes franco-serbes des Balkans atteignent Iaratok, à la hauteur de Monastir en Macédoine serbe.

4 novembre 1916 : d'importantes grèves sont déclenchées dans les usines de guerre de la région de Pétrograd.

5 novembre 1916 : promesse de reconstitution  d’un royaume indépendant de Pologne par les Empires centraux. Néanmoins, cette promesse - faite dans l'espoir de lever des troupes polonaises combattant pour le compte des puissances centrales - ne rencontrera pas l'enthousiasme espéré auprès des polonais…

7 novembre 1916 : Sur la Somme, les Britanniques prennent le bois Kratz, Ablaincourt et Pressoire.

7 novembre 1916 : Thomas Woodrow Wilson est réélu, avec une faible majorité, à la présidence des États-Unis. Wilson fit campagne sur le maintien de la neutralité de son pays face à la guerre européenne. Son slogan électoral «Nous ne sommes pas en guerre, grâce à moi» résume la politique étrangère de son premier mandat.

11 novembre 1916 : retour de la décimation en Italie. Le commandant en chef des forces armées italiennes, Luigi Cadorna, autorise ses généraux à recourir à la décimation dans les unités qui font preuve d'insubordination collective : «Les commandants ont le droit et le devoir de tirer au sort parmi les suspects et de les punir par la peine de mort».

12 - 14 novembre 1916 : succès des Alliés sur le front de la Somme. Le 12 novembre, Les troupes du général Fayolle se saisissent de Saillisel. Le 13 novembre, le village de Beaumont-Hamel, situé à 9 kilomètres au nord d'Albert, est pris par la 51ème division des Highlands. Le 14 novembre, les Britanniques poursuivent leur avancée dans le secteur de la Somme en prenant Beaumont.

15 - 16 novembre 1916 : après avoir franchi par surprise le col de Vulcain, l'armée allemande prive les Roumains du contrôle de la ligne des Carpates. Le repli de la 1ère armée roumaine ouvre au général allemand von Falkenhayn la route de Bucarest.

15 novembre 1916 : une conférence militaire interalliée se réunit à Chantilly, à l'initiative du général Joffre.

16 novembre 1916 : le vice-amiral français Dartige du Fournet exige au roi Constantin Ier de Grèce le désarmement de son armée, notamment la remise de 16 batteries de campagne avec 1.000 obus par pièce, 16 batteries de montagne également pourvues, 40.000 fusils Mannlicher, avec 220 cartouches par fusil, 140 mitrailleuses, ainsi que 50 voitures de transport, ce qui serait l’équivalent des armes capturées par les Bulgares au Fort Rupel. Le vice-amiral exige en outre, comme preuve de bonne volonté, la remise immédiate de dix batteries de montagnes à ses troupes. Devant le refus du roi d'accéder à sa requête, Dartige du Fournet expulse d'Athènes les représentations diplomatiques des puissances centrales le 23 novembre et lance à la Grèce un ultimatum prenant fin le 1er décembre ; celui-ci réitère les mêmes exigences, mais il est assorti d'une menace d'invasion de la capitale.

17 novembre 1916 : les troupes françaises s'installent à Korytza dans l’Épire du nord près de la frontière Albano-grecque. Ce geste irrite tant les Italiens, qui considèrent cette ville albanaise que les Grecs, qui veulent rattacher cette région à la Grèce.

19 novembre 1916 : prise de Monastir (aujourd’hui Bitola) en Macédoine serbe par le général Sarrail et les forces alliées de Salonique.

21 novembre 1916 : Décès de L'Empereur d'Autriche et roi d’Hongrie, François-Joseph Ier, après 68 ans de règne. Son successeur, Charles 1er prend personnellement la direction des armées austro-hongroises en arrivant au pouvoir. Charles Ier connaitra un règne très court. Il renonça au trône de Hongrie des novembre 1918 et il sera privé de sa couronne autrichienne en avril 1919 par le nouveau parlement autrichien (cf. infra).

23 novembre 1916 : l'armée austro-allemande du général von Kühne franchit l'Olt à Stoenesti, en direction de la capitale, Bucarest.

23 novembre 1916 : Duel aérien entre Manfred von Richthofen, le «Baron rouge», et l'as britannique Lanoe George Hawker. Ce dernier est abattu.

25 novembre 1916 : le gouvernement grec provisoire de Venizélos déclare la guerre à l'Allemagne et à la Bulgarie. Venizélos parcourt les régions qui lui sont fidèles pour tenter de mettre sur pied une armée.

26 novembre 1916 : les avant-gardes des armées de von Falkenhayn, depuis la Transylvanie, et de von Mackensen, depuis le sud du Danube, font leur jonction et préparent l'encerclement de Bucarest. Le 1er décembre, l'armée roumaine tente une percée au sud de Bucarest pour empêcher l'encerclement de la capitale, mais elle est mise à l’échec. Le lendemain, le gouvernement roumain fuit sa capitale.

1er - 2 décembre 1916 : «Vêpres grecques».Afin de forcer le gouvernement royaliste grec de lui céder le matériel exigé (cf. supra), le vice-amiral français Louis Dartige du Fournet débarque au Pirée à la tête d'un petit contingent franco-britannique, le 1er décembre 1916. Les soldats de l’Entente atteignent les positions stratégiques à Athènes qui leur furent indiquées, mais ils ont cependant la surprise de les trouver déjà occupées par des soldats grecs. Le contingent de l’Entente est alors accueilli par un feu nourri, tandis que  les batteries grecques placées sur la colline d’Arditos tirent sur l’entrée du Zappéion, où le commandant des forces de l’Entente a établi son quartier général. En conséquence, l’escadre alliée ancrée près de Phalère bombarde différents quartiers de la capitale, notamment ceux situés autour du stade panathénaïque et du palais royal. Après une journée de combats, un compromis est trouvé entre les belligérants et les soldats alliés survivants peuvent rembarquer pacifiquement le lendemain. Le contingent de l’Entente compte 194 morts et blessés, les Grecs 82 (plus un nombre inconnu de victimes civiles). Après cette humiliante défaite, le vice-amiral Dartige du Fournet est relevé de ses fonctions.

2 décembre 1916 : après l’échec sur la Somme, le général Joffre est remplacé par le général Nivelle à la tête des armées françaises. Il sera néanmoins fait maréchal de France.

2 décembre 1916 : en réponse aux événements de la veille, la France et le Royaume-Uni donnent un début de reconnaissance au gouvernement de défense nationale d’Elefthérios Venizélos, officialisant ainsi la division opérée par le «Schisme national». En représailles, un mandat d’arrestation est lancé par le pouvoir royal contre Venizélos, tandis que l’archevêque-primat Théoclète Ier d’Athènes excommunie l’ancien premier-ministre (!).

4 décembre 1916 : alors que von Mackensen exige la capitulation sans condition de la capitale roumaine, une offensive générale des armées allemandes sur le front russe débute entre la Pologne et la Bucovine. Le 6 décembre, après la victoire de l’Argesh, les armées austro-allemande et bulgare se sont rejointes et von Mackensen fait son entrée dans Bucarest et Ploesti, métropole de la région pétrolière roumaine.

7 décembre 1916 : Lloyd George est nommé premier-ministre britannique. Son gouvernement sera marqué par la mise en place d'un cabinet de guerre restreint ne comptant que 4 ministres et lui-même [19]. Le nouveau gouvernement français du 12.12.1916, adoptera la même formule.

7 décembre 1916 : le "gouvernement provisoire de défense nationale" du Royaume de Grèce mené par Elefthérios Venizélos déclare la guerre à l’Empire allemand et à la Bulgarie [20]. L’abdication du Roi Constantin Ier (12.06.1917), forcée par les Alliés, permet à Venizélos de prendre le pouvoir sur l'ensemble du pays et de déclarer la guerre aux Empires centraux et leurs alliés, le 3 juillet 1917 (cf. infra).

7 décembre 1916 : le parti flamand nationaliste «Jong Vlaanderen» écrit à von Hindenburg que l'avenir de la Flandre est lié à l'Allemagne qui doit libérer la Flandre de «l'oppression franco-belge».

8 décembre 1916 : l'Entente utilise sa flotte en Méditerranée orientale pour imposer un blocus à la Grèce royaliste.

10 décembre 1916 : la guerre coûte cher… Le rapporteur général du Budget affirme devant la Chambre des députés que la guerre coûte 96 millions de francs par jour à la France.

13 décembre 1916 : le général Joffre est relevé de son commandement et nommé maréchal de France et conseiller militaire du gouvernement, fonction qu'il n'occupera pas. Il est remplacé par le général Nivelle à la tête de l’armée française. Celui-ci se vente pouvoir gagner la guerre en 48 heures au moyen d'une attaque brusquée de l'infanterie avançant après un bombardement éclair derrière un «barrage roulant» accompagné de chars.

15 décembre 1916 : le général Mangin commande une contre-offensive à Verdun qui permet de dégager la rive droite de la Meuse et le front nord de la ville. Cette bataille fait plus de 10.000 prisonniers allemands et ramène les positions des belligérants aux positions de février 1916, c'est-à-dire au début de l'offensive allemande à Verdun.

18 décembre 1916 : dernière offensive à Verdun pour 1916, qui se clôt par la reprise par les troupes françaises de la ferme des Chambrettes.

20 décembre 1916 : offensive générale des Empires centraux sur le Front de l'Est. Les Austro-allemands poursuivent leur offensive en chassant les Russes de Brody et Dvinsk.

21 décembre 1916 : Ultimatum de l'Entente au gouvernement royaliste grec pour faire cesser les actes belliqueux à l'endroit des soldats de l'Entente et libérer les partisans emprisonnés de Venizélos. Les termes de cet ultimatum furent acceptés le 10.01.1917.

22 décembre 1916 : l'amiral von Holtzendorff, chef d'état-major de la marine allemande et partisan de la guerre sous-marine à outrance, assure l’empereur Guillaume II de la victoire allemande si 800.000 tonneaux de navires alliés sont coulés chaque mois pendant 6 mois.

23 décembre 1916 : vainqueurs de la bataille de Magdhaba, les Britanniques repoussent les forces germano-ottomanes hors du Sinaï. Leur repli sur la Palestine sera définitif.

27 décembre 1916 : un sous-marin allemand coule le cuirassé français «Le Gaulois» au large de Salonique. Son équipage et 700 des hommes qu'il transporte seront sauvées par des navires présents en mer à ce moment.

30 décembre 1916 : un Aviatik allemand bombarde Salonique. Une bombe lancée sur une troupe grecque en manœuvre rate son cible et tue 1 pâtre et 5 moutons.

30 décembre 1916 : le couronnement de Charles François Joseph de Habsbourg-Lorraine (Karl Franz Josef von Habsburg-Lothringen) comme roi de Hongrie a lieu à Budapest [21].

 

Dr. Angel ANGELIDIS

Ex-Conseiller au Parlement Européen

Bruxelles, juillet 2015



[1] Dans les deux premières journées de l'offensive, l'artillerie allemande utilisa 2.000.000 d'obus. Quant à l'armée française on évalue sa consommation à 100.000 projectiles d'artillerie par jour dans les premiers mois de la bataille de Verdun. Source : G. Benoit (général), «Étude comparative des fortifications de Metz et de Verdun», Revue du Génie Militaire, Paris, Berger-Levrault, 1921, p.121.

[2] Karl Dönitz, (16.09.1891 – 24.12.1980), est un amiral allemand, qu'Adolf Hitler désigna par testament comme son successeur à la tête du 3ème Reich. Jeune officier de la «Kaiserliche Marine» pendant la 1ère Guerre mondiale, il sert sur le croiseur SMS «Breslau» (qui bombarde le port de Bône, en Algérie) en Méditerranée et navigue dans les Dardanelles et en mer Noire, pour défendre la Turquie, contre les flottes anglaise, française et russe. Le 30 janvier 1943, Dönitz remplace Raeder comme Oberbefehlshaber der «Kriegsmarine», commandant en chef de la «Kriegsmarine», et à la tête de l'Oberkommando der Marine, le haut commandement de la marine allemande, devient Grand Amiral. Sous son commandement, la flotte des U-Boote participe à la bataille de l'Atlantique, en essayant notamment de priver le Royaume-Uni des approvisionnements indispensables des États-Unis. Il adhère formellement au Parti nazi au début de 1944. Il devient enfin pendant vingt jours président du Reich dans le gouvernement de Flensbourg, après le suicide d'Adolf Hitler et conformément au testament politique de ce dernier (29.04.1945). Nazi radical, anti-communiste convaincu, partisan jusqu'au-boutiste de la guerre contre l'Union Soviétique, Dönitz tente à se rapprocher des Alliés occidentaux afin d’obtenir des termes de reddition plus favorables et conclure avec eux un traité de paix séparé. Il consacre donc son énergie à ce que les troupes allemandes se rendent aux Alliés occidentaux et non aux Soviétiques. Cette tactique permet de ne laisser à l'Armée rouge que le tiers du total des prisonniers allemands, alors que le front de l'Est mobilisait depuis 1941 la majorité des forces terrestres du Reich. Dans le même ordre d’idées, le 04.05.1945, il ordonne aux sous-marins allemands de cesser la guerre et de se constituer prisonniers des Alliés Il est condamné lors du procès de Nuremberg pour crimes de guerre et emprisonné pendant dix ans.

[3] Deux ans auparavant, l'armée du général Francisco Villa avait battu l'armée fédérale du dictateur Victoriano Huerta qui s'était exilé à Paris. Huerta commença des pourparlers avec le Kaiser Guillaume II, dont il reçut une importante somme d'argent pour lancer une contre révolution en échange du pétrole si nécessaire à l'Allemagne. Outre l'argent, Huerta obtint plus de douze millions de cartouches Mauser. Huerta demanda au Secrétariat d'État les États-Unis un permis et un sauf-conduit de New York à El Paso (Texas). Les Américains accédèrent à sa demande, mais quand l'ancien dictateur arriva à New York il fut arrêté, son argent confisqué, ainsi que les 12 millions de balles Mauser. Huerta fut transféré à la prison militaire de Fort Bliss (Texas) où l'on croit qu'il est mort par injection létale faite par des agents des services secrets américains. Le 30 août 1915, les Texas Rangers tuèrent Pascual Orozco – ancien révolutionnaire qui avait changé de camp et servait les plans de Huerta au Mexique - dans une embuscade tendue dans les environs d'El Paso. Dans un ranch appelé Canutillo situé près d'El Paso, les Américains désactivèrent les munitions de Huerta lesquelles aboutirent dans les mains de Samuel Ravel, un trafiquant d’armes d’origine juive et principal fournisseur du général Villa, à la condition qu'il ne les vende à personne d'autre que Villa. Samuel Ravel était résidant et propriétaire d’un hôtel à Columbus, Nouveau Mexique. Villa acheta de bonne foi les munitions Mauser qui furent cependant la cause de sa défaite à la bataille de Celaya (6-15 avril 1915), où il perdit une grande partie de son armée. Dans cette bataille, les États-Unis se joignirent au général Álvaro Obregón qui combattait pour le compte de Carranza, en lui fournissant des armes sophistiquées, notamment des mitrailleuses Gatling qui ont écrasé les charges de cavalerie de Villa. Villa envoya le colonel Candelario Cervantes à Columbus pour demander des comptes à Samuel Ravel quant aux munitions défectueuses qu'il lui avait vendues en échange d’or. Samuel Ravel se croyant en sureté aux États-Unis répondit à l'émissaire de Villa qu'il «ne négocierait pas avec des bandits mexicains». Villa reçut le rapport de Cervantes à l'Hacienda de San Jeronimo le 17 février 1916. Le lendemain, il quittait l'Hacienda avec 589 hommes pour envahir les États-Unis, un pays qui n'avait jamais été attaqué sur son propre territoire.La plus grande partie de la ville fut dévastée durant l'attaque. Les hommes de Villa mirent le feu à un hôtel d’où les civils tiraient sur eux. Les flammes de l'incendie se propagèrent au centre de la ville n'y laissant que des cendres. Ils volèrent 80 chevaux, 30 mulets et trois cents fusils. À l'issue de l'assaut, ils avaient tué huit soldats américains et dix civils. Il y eut en revanche 73 tués parmi les hommes de Pancho Villa et sept furent fait prisonniers. Les hommes de Villa passèrent de maison en maison à la recherche du marchand d'armes qu'ils ne purent trouver parce que la veille Samuel Ravel était parti à El Paso, au Texas, en raison d'un mal de dents. Ils trouvèrent cependant son jeune frère qu'ils laissèrent en paix. Par contre, ils ont amené avec eux à Chihuahua son frère ainé qui y fut fusillé. Les hommes de Villa dévastèrent la maison de Samuel Ravel, son magasin et son hôtel.

[4]  Saint-Pétersbourg a changé plusieurs fois d'appellation : elle a été rebaptisée Pétrograd (Петроград) de 1914 à 1924, puis Leningrad (Ленинград) de 1924 à 1991, avant de retrouver son nom d'origine à la suite d'un référendum tenu en 1991.

[5] Négocié pendant de longs mois par le Britannique Sir Mark Sykes et le Français François Georges-Picot, cet accord fixe les limites entre les zones d’administration et d’influence respectives des deux futures puissances mandataires au Proche-Orient. À l’issue d’un échange de lettres entre le ministre des Affaires étrangères Edward Grey et l’ambassadeur de France à Londres Paul Cambon (dont les plus importantes sont celles des 9 et 16 mai 1916), il est décidé que la France se réserve la souveraineté sur un territoire comprenant le Liban et la côte syrienne et se prolongeant jusqu’à l’Anatolie en incluant la Cilicie ; à la Grande-Bretagne reviennent la basse Mésopotamie (Iraq, de Bagdad au Koweït) et les ports d’Acre et de Haïfa en Palestine, cette dernière devant être placée sous l’autorité d’une administration internationale. Les deux puissances sont également disposées à reconnaître et à soutenir un État arabe indépendant (ou une confédération d'États arabes) dans les deux zones entre celles placées sous leur contrôle direct : l’une au Nord (couvrant le reste de la Syrie dont Damas et Alep et incluant la région de Mossoul) sous protection française, l’autre au Sud (d’Aqaba à Kirkuk, comprenant notamment la Transjordanie et la moyenne Mésopotamie) sous influence britannique. Après l'armistice de Moudros (octobre 1918), l'accord «Sykes-Picot» est modifié, en secret, par Lloyd George et Clemenceau : ce dernier(qui ignorait l’existence de pétrole à Mossoul !) cède à la Grande-Bretagne le vilayet de Mossoul et la Palestine, en échange d'un contrôle direct sur l'ensemble de la Syrie et d'un accès à une part de la «Turkish Petroleum». Après le rejet du traité de Versailles par le Sénat américain et le retrait des États-Unis de toutes les conférences interalliées, la division du Proche-Orient en «mandats» est entérinée, tandis que les revendications arabes sont ignorées ou rejetées. La conférence de San Remo (19-26 avril 1920) ne fera qu'ajuster les lignes de démarcation prévues par l'accord «Sykes-Picot».

[6] La forteresse de Rupel couvre 6,1 des 155 km de la «ligne Metaxas» et culmine à une hauteur de 322 mètres. Le fort fut célèbre pour la résistance acharnée que sa garnison a opposée aux armées allemandes qui attaquèrent la Grèce le 06.07.1941 à partir de la Bulgarie dans le cadre de l’opération «Marita», durant la 2ème Guerre mondiale. Alors qu’ils disposaient d’une écrasante supériorité numérique et de puissance de feu, les allemands furent stoppés net devant le fort. Un rapport allemand établi au soir du premier jour mentionne que «les forces allemandes sont repoussées au col du Rupel malgré l'intense soutien aérien et qu'ils subissent de lourdes pertes». Cf. Angel ANGELIDIS : «La bataille de la ligne Metaxas : 06-09.04.1941», www.angelidis.be

[7] Il s’agit d’une naïveté étonnante, car dans les semaines qui suivent, les Bulgares rompent effectivement la promesse faite aux Grecs, ils envahissent la Macédoine orientale et occupent la ville de Kavala, son port principal.

[8] À la vue de ce désastre, Beatty émit ce commentaire passé à la postérité : "there seems to be something wrong with our bloody ships today"(«on dirait que quelque chose ne va pas aujourd'hui avec nos maudits vaisseaux»).

[9] Barrer le T crossing the T») est, lors d'un engagement naval, la manœuvre qui consiste à se présenter perpendiculairement à la ligne de bateaux adverses (représentant ainsi schématiquement un «T» où la ligne de navire attaquée est le corps de la lettre et où l'attaquant représente la barre horizontale). Le résultat de la manœuvre est que pour l'escadre attaquée :

- le feu de l'escadre qui a barré le «T» se concentre sur le navire de tête, puis sur le second quand le premier est coulé ou désemparé,

- le reste de l'escadre attaquée ne peut pas répliquer dans l'axe du bâtiment qui la précède et ne peut utiliser que ses tourelles avant.

Toutes choses égales par ailleurs, celui qui a «barré le T» bénéficie d'une supériorité de feu d'au moins 2 à 1.

[10] Des rumeurs affirmèrent que le pouvoir politique anglais s'était ainsi débarrassé d'un militaire embarrassant. Lloyd George aurait ainsi, avec l'entremise de Scotland Yard, laissé filtrer aux services de renseignements allemands et irlandais (du Sinn Féin) le voyage de Lord Kitchener. Un livre blanc paraît en 1926 pour faire taire les rumeurs, mais sans y mettre fin.

[11] La France voulant maintenir le général Sarrail à la tête du commandement des forces alliées à Salonique a sans doute joué un grand rôle (fût-ce inconsciemment) pour faire échouer la tentative serbe, qui comportait un risque politique majeur pour la Grèce, à savoir de voir la Macédoine grecque et sa capitale Thessalonique passer sous le contrôle serbe dans un premier temps, puis se faire annexer en tant que province serbe, vieux rêve de l’irrédentisme slave cherchant à obtenir un accès à la mer Égée. Ce danger fut perçu par Venizélos qui s’est empressé de créer le «Comité de Défense Nationale»  à Salonique le 31.08.1916, transformé  en «Gouvernement de défense nationale» que dirigera lui-même avec l'amiral Koundouriotis et le général Danglís dès le 09.10.1916.

[12] Le «Graf von Götzen» a été construit en 1913 aux chantiers navals allemands «Meyer Werft», à Papenburg. Son nom fait référence au comte (Graf en allemand) Gustav Adolf von Götzen, premier gouverneur de l'Afrique orientale allemande. Peu après sa construction, le bateau fut démonté, puis partit pour l'Afrique de l'Est afin de consolider la présence allemande dans cette zone. Il arriva à Dar es Salam et fut transporté jusqu'au lac Tanganyika par chemin de fer et même à dos d'homme. Après une reconstruction à Kigoma, il est lancé en janvier 1915. Au début de la guerre, les Allemands s'assurèrent la domination complète du lac grâce au «Graf von Götzen». Le bateau était d'utilisation double, il servait au transport de personnel et de fret à travers le lac, mais aussi à réaliser des attaques surprise contre les troupes alliées. Il fut équipé, après le sabordage du SMS «Königsberg», de deux de ses canons. S'emparer du lac devint un objectif essentiel pour les forces alliées. Les Britanniques firent venir deux navires à moteur («Mimi» et «Toutou») depuis l'Angleterre, par le rail, la route et le fleuve à Kalemie sur le rivage occidental du lac Tanganyika. Les deux bateaux restèrent inactifs jusqu'en décembre 1915, puis montèrent une attaque surprise sur les Allemands, avec la capture de la canonnière «Kingani». Un autre navire allemand, le «Hedwig von Wissmann», fut coulé en février 1916, le «Graf von Götzen» restant le seul navire allemand pour commander le lac. En raison de leur position renforcée sur le lac, les alliés commencèrent à avancer sur le lac en direction de Kigoma. Les Belges établirent une base aérienne sur le rivage occidental à Albertville. Ce fut de là, que le 10 juin 1916, fut lancé un bombardement sur les positions allemandes dans et autour de Kigoma. Le «Graf von Götzen» fut touchéet il devint incapable de manœuvrer, sa gouverne ayant été endommagée par la bombe de 65 livres qui avait atteint le gaillard arrière. Le moral des Allemands souffrit de cette défaite. Le navire fut plus tard dépouillé de son canon, ce dernier étant nécessaire ailleurs. En juillet 1916, les Alliés détruisirent la voie ferrée et menacèrent d'isoler complètement Kigoma. Ainsi, le commandant allemand Gustav Zimmer abandonna la ville. Afin d'éviter que son bateau ne fût pris par les alliés, il le coula dans une profondeur d'eau d'environ 20 mètres près de la rive du Katabe Bay (désignation belge : baie de l’Éléphant), le 26 juillet 1916. Le «Graf von Götzen» resta gisant au fond du lac jusqu'en 1924, quand il fut renfloué par les Anglais. Ils constatèrent que les moteurs et les chaudières étaient encore utilisables et le bateau fut remis en service en 1927 comme bac transport de passagers et de cargaison dans le nouveau protectorat du Tanganyika, sous le nouveau nom de MV «Liemba». Après l'indépendance de la Tanzanie en 1961, la «Tanzania Railways Corporation» (TRC) a assuré le fonctionnement du bateau. En 1970, le bateau a subi sa dernière révision, au cours de laquelle le moteur traditionnel à charbon a été remplacé par un Diesel et la cabine a été améliorée, permettant une augmentation du nombre de passagers de 430 à 600. En 1997, la division de transport marin intérieur de la TRC devint une entité séparée, la «Marine Services Company Ltd».[

[13] La performance des chars d'assaut anglais se révéla décevante malgré le succès de l'attaque. Peu fiables, ils tombent presque tous en panne pendant l'offensive. En fait, un seul de ces engins termine la bataille et entre dans la ville.

[14] Avec quatre-vingt victoires confirmées, il est l'as des as de l'aviation officiel de la Première Guerre mondiale. Sa célébrité est liée à celle de son Fokker Dr.I peint d'un rouge vif, ce qui lui valut son surnom.

[15] C'est à Thiepval qu'on trouve aujourd'hui un des plus importants mémoriaux britanniques de la Première Guerre mondiale.

[16] Héros de la guerre des Balkans 1912-1913. Au commandement de la marine de guerre grecque avec son navire le «Georgios Averoff» il obtient d'importantes victoires contre la flotte turque : Bataille d’Elli en décembre 1912; bataille de Lemnos en janvier 1913. Ses victoires, obtenues en grande partie grâce à des tactiques audacieuses mais couronnées de succès, lui valent le statut de héros national. Il est promu vice-amiral pour service de guerre exceptionnel, premier Grec depuis Constantin Kanaris (héros de la révolution de 1821) pour atteindre ce grade habituellement réservé aux membres de la famille royale. (Cf. l’ouvrage «L’épopée du croiseur cuirassé grec «Georgios Averoff», www.angelidis.be

[17] Le roi Constantin Ier, a suivi une bonne partie de sa formation militaire en Allemagne et a épousé la princesse Sophie de Prusse (il est donc le beau-frère de l’Empereur Guillaume II d’Allemagne). Il penche plutôt pour les puissances centrales. À l'inverse, le premier-ministre Elefthérios Venizélos préfère quant à lui l'Entente en espérant des gains territoriaux pour la Grèce à l’issue du conflit. Les Alliés aideront Venizélos pour prendre le pouvoir et faire entrer la Grèce à la guerre à côté de l’Entente, mais les gains territoriaux que le pays réalisera ne sont pas en rapport avec son effort de guerre et sa contribution à la victoire. Pire encore, après la victoire, la France et l’Italie vont armer les révolutionnaires Turcs pour combattre et chasser les Grecs de l’Asie-mineure et de la Thrace orientale. Les navires alliés ancrés au port resteront les bras-croisés durant la mise à feu et à sang de Smyrne où plus de 100.000 civils grecs et arméniens furent massacrés par les Turcs (septembre 1922).

[18] La «Grande Catastrophe» (en grec : «Μικρασιατική Καταστροφή») ou «Catastrophe d’Asie-mineure» est la phase finale de la Guerre gréco-turque (1920-1922), que la Grèce perd suite au revirement politique et militaire de ses alliés durant la 1ère Guerre mondiale en faveur de la Turquie kémaliste, et qui aboutit au massacre ou à l’expulsion des populations chrétiennes d’Anatolie. En Grèce même, la «Grande Catastrophe» provoque d'importants bouleversements politiques (coup d'État de 1922, procès et exécution des Six, etc.) et aboutit finalement à la chute de la monarchie en 1924 (cf. ANNEXE I).

[19]  Lloyd George souhaitait faire la destruction de l’Empire ottoman l’un des principaux objectifs de la guerre. Il donnera ainsi à l’armée britannique les moyens pour vaincre les Ottomans sur le front du Moyen-Orient et les chasser définitivement de la Palestine et des pays arabes. Sa pensée inspirera aussi le traité de Sèvres, désastreux pour la Turquie, pour lequel Clemenceau sera son allié. Malheureusement le départ de ce dernier, remplacé par Aristide Briand, marquera un changement profond de la politique française qui devient turcophile à outrance, au détriment de l’Arménie, de la Grèce et des propres intérêts de la France au Moyen-Orient (cf. PARTIE II).

[20] Déclaration de guerre qui reste toutefois à sens unique, car ces deux pays ne reconnaissaient pas le gouvernement de Thessalonique. En réalité, Venizélos s’empressa d’entrer en guerre à côté des Alliés pour deux raisons principales : l’invasion du territoire grec par des troupes germano-bulgares (la Bulgarie étant alliée des Empires centraux) et la présence d’une armée serbe importante dans le camp retranché de Salonique (la Serbie étant alliée de l’Entente), car les deux pays slaves voisins de la Grèce nourrissaient des visions d’annexion sur la Macédoine grecque et le port de Salonique qui leur assurerait une sortie sur la mer Égée.

[21] Charles François Joseph de Habsbourg-Lorraine, fils aîné de l'archiduc Otto de Habsbourg-Lorraine et de Marie-Josèphe de Saxe, et petit-neveu de l'empereur François-Joseph, devient l'héritier du trône le 28 juin 1914 après l'assassinat de son oncle l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo. Il prend la succession de son grand-oncle à la mort de celui-ci le 22 novembre 1916. Il a été le dernier empereur d'Autriche sous le nom de Charles Ier,, le dernier roi apostolique de Hongrie sous le nom de Charles IV (IV. Károly) et le dernier roi de Bohême, sous le nom de Charles III, du 22 novembre 1916 au 12 novembre 1918 Il n'a jamais été couronné empereur d'Autriche, ni roi de Bohème. Charles signe sa renonciation au trône  dans le salon chinois bleu du château de Schönbrunn, à midi le 11 novembre 1918, le même jour que l'armistice et fin de la Première Guerre mondiale, scellant ainsi la fin de plus de 600 ans de règne des Habsbourg sur l'Autriche. Le 12 novembre 1918, la République est proclamée en Autriche. Charles est contraint de quitter son pays et de demander asile à la Suisse le 23.03.1919. Le 03.04.1919, les députés autrichiens votent la loi sur les Habsbourg, loi d'exil qui bannit la famille Habsbourg d'Autriche et confisque leurs biens. Pendant ce temps, la défaite de l'Autriche-Hongrie est officialisée par le Traité de Saint-Germain le 10.09.1919 et par le Traité de Trianon le 04.06.1920. Soutenu par le pape Benoît XV, l'ex-empereur tente de remonter sur le trône de Hongrie en mars et en octobre 1921, mais le régent Horthy, ancien officier de marine et proche du défunt empereur François-Joseph, refuse de lui remettre le pouvoir. Ne désirant pas être à l'origine d'une nouvelle guerre civile, Charles se constitue prisonnier. Remis à l'Angleterre, Charles et son épouse Zita, sur décision de la conférence des Ambassadeurs, sont exilés sur l'île de Madère où le Portugal accepte de les accueillir. Il arrive dans l'île le 19.11.1921 à bord d'un croiseur anglais et s'installe à Funchal où il meurt le 01.04.1922 d'une pneumonie, dans la pauvreté, à l'âge de 34 ans.

 

 


 

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Commentaires

02.02 | 10:40

Texte très bien pensé et structuré. Félicitations.

...
11.08 | 18:22
01.06 | 18:03
BATAILLE DU DNIEPR a reçu 1
07.02 | 23:01
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