PARTIE II - LES TRAITÉS DE PAIX (1919-20)

 LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE

"REPÈRES CHRONOLOGIQUES

DÉTAILLÉS"

DOC AA-20 FR-07-2015 

PARTIE II : LES TRAITÉS DE PAIX

(1919 - 1920)

 

1919

1er janvier 1919 : le colonel Édouard Brémond est désigné gouverneur de Cilicie dans la zone française d’occupation du sud de l’Empire ottoman. Particulièrement sensible au sort des Arméniens, il se charge de l'accueil des familles arméniennes rescapées des déportations que les Alliés renvoient en masse vers la Cilicie. Il voit le mouvement kémaliste se renforcer et progresser dans la continuité du mouvement «Jeunes-Turcs» et il en informe le Général Gouraud, nommé par Clemenceau comme haut-commissaire de la République en Syrie et au Liban et commandant en chef de l'armée française du Levant. Ce dernier constate que le Colonel Bremond déborde de son rôle et veut imposer sa vision "du terrain" pour définir la politique de la France. Il est perçu comme incapable de faire "balance égale" entre toutes les communautés et de s'adapter aux fluctuations de la politique qui se décide à Paris. Après des polémiques et des soupçons injustifiés, le 4 septembre 1920, le colonel Brémond sera démis de ses fonctions le 4 septembre 1920 [1]. 

3 janvier 1919 : le président américain Wilson est reçu à Rome, puis au Vatican.

3 janvier 1919 : l'Armée Rouge poursuit sa progression dans les pays baltes en faisant son entrée dans Riga, capitale de la Lettonie.

3 janvier 1919 : accord signé entre l'émir Faysal ibn Hussein et Chaim Weizmann [2], à l'occasion de la conférence de paix de Paris de 1919. Fayçal accepte, par cet accord, les termes de la déclaration Balfour, à condition que les Britanniques tiennent les promesses d'indépendance faites aux Arabes pendant la guerre y compris la création d’un État arabe en Palestine. Elles ne furent pas respectées et l'accord resta donc lettre morte.

4 janvier 1919 : le baron Zorn de Bulach, ancien secrétaire d'État allemand pour l'Alsace-Lorraine, est expulsé avec sa famille vers l'Allemagne.

4 janvier 1919 : le prince hachémite Fayçal et le leader sioniste Chaïm Weizmann parviennent à un accord qui stipule que Fayçal accepte la «Déclaration Balfour» à la condition que soit créé le grand royaume arabe promis par les Britanniques.

5 – 15 janvier 1919 : déclenchement de la «Révolution spartakiste» [3] à Berlin. Celle-ci s'étend même à d'autres villes allemandes et dure jusqu'au 12 janvier 1919. Le 15 janvier, es leaders spartakistes, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, sont arrêtés et exécutés le jour même par les forces armées allemandes qui contrôlent alors Berlin.

5 janvier 1919 : Munich voit la fondation du Parti ouvrier allemand par l'ouvrier Anton Drexler et le journaliste Karl Harrer. Parti socialiste et nationaliste, le Parti ouvrier allemand accueille un nouveau membre le 12 septembre de la même année, Adolf Hitler. Le 8 août 1920, il devient le «Parti national-socialiste allemand des travailleurs», ou Parti nazi.

16 janvier 1919 : Deuxième renouvellement pour la convention d'armistice. Affirmant que les Allemands font preuve de mauvaise volonté, le maréchal Foch impose une nouvelle clause disant que : «Le haut commandement (de l'Entente) se réserve d'occuper, quand il le jugera convenable, à titre de garantie, la zone neutre de la rive droite du Rhin».

16 janvier 1919 : instructions du gouvernement allemand à ses délégués auprès de l'Entente: «S'opposer à toutes prétentions de nos ennemis allant au-delà du programme de M. Wilson», et demande formelle de rapatriement de tous les prisonniers de guerre allemands.

18 janvier 1919 : négociations d'armistice à Posen, entre représentants du gouvernement polonais et autorités allemandes en vue d'une cessation des hostilités en Posnanie.

18 janvier 1919 : ouverture solennelle au quai d’Orsay de la conférence de la paix (Conférence de paix de Paris), qui s’achève le 28 juin 1919. Elle aboutit à la signature du traité de Versailles et à celles des traités dites de la «banlieue parisienne». 53 délégués représentant 21 pays y participent. Georges Clémenceau est élu président de la Conférence. Plus qu’un règlement entre vainqueurs et vaincus, cette conférence est le lieu de vifs débats entre vainqueurs : entre les tenants de la paix des nations et de la paix de conciliation prônées par Wilson d’une part, et les tenants de la paix de vengeance demandée par Clemenceau d’autre part. Les deux thèmes principaux de cette conférence sont les réparations et la sécurité. L’administration de la Sarre est confiée à la France pour un temps déterminé en dédommagement des destructions subies dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, mais un vif débat oppose les Alliés et les Français sur l’occupation de la rive gauche du Rhin, puis entre Clemenceau et Foch, qui veut couper la rive gauche de l’Allemagne et y constituer des États autonomes. Finalement, il est décidé qu’elle sera occupée pendant quinze ans et que Coblence, Cologne et Mayence constitueront des têtes de ponts sur la rive droite. La question des réparations est aussi sujette à de vives discussions. Le célèbre économiste britannique John Maynard Keynes, désireux que l’on prenne en compte les capacités de paiement de l’Allemagne, s’oppose violemment à André Tardieu, partisan d’un remboursement total des dommages subis. La position française l’emporte : un acompte de 25 milliards de franc-or à rembourser dans les deux ans par l’Allemagne est établi. Une commission des Réparations est constituée et fixe par la suite les montants des remboursements. La Conférence de Londres (février 1921) évaluera le montant des dommages subis par les Alliés à 150 milliards de marks-or et fixera le montant des réparations que devra payer l’Allemagne à 132 milliards de marks-or. Cette question des réparations empoisonnera les relations franco-allemandes, mais aussi les relations entre la France et ses anciens alliés, en particulier les États-Unis, et exacerbera le nationalisme allemand que Hitler et les nazis exploiteront par la suite dans leur conquête du pouvoir [4]

19 janvier 1919 : élections en Allemagne. Une élection générale devant former une Assemblée constituante pour l'Allemagne se déroule dans le calme. Cette Assemblée constituante se réunira à Weimar en février 1919 et donnera à l'Allemagne une constitution fédérale et démocratique (suffrage universel).

21 janvier 1919 : le gouvernement de Belgrade déploie une division d’infanterie et deux escadrilles d'aviation dans la région de Zagreb pour réprimer le mouvement croate hostile à l'union de la Croatie avec la Serbie.

21 janvier 1919 : 12 navires néerlandais qui avaient été saisis par le Royaume-Uni pendant la guerre sont rendus aux autorités des Pays-Bas. 38 autres suivront.

22 janvier 1919 : le maréchal Foch voit refusé son projet d'intervention massive de l'Entente contre les bolcheviks en Russie.

24 janvier 1919 : plus d'empire colonial pour l'Allemagne. Les participants à la Conférence de la paix de Paris adoptent le principe de la non-restitution à l'Allemagne de son empire colonial.

26 janvier 1919 : victoire diplomatique pour le président Wilson. Le président Wilson fait adopter le principe de la création d'une Société des Nations en séance plénière de la Conférence de la paix de Paris.

27 janvier 1919 : Les délégués nippons à la Conférence de paix de Paris demandent que tous les biens allemands en Chine soient attribués au Japon.

27 janvier 1919 : en Pologne, cumul des fonctions de chef de l'État et de général en chef pour Józef Pilsudski.

29 janvier 1919 : venu rencontrer les délégués à la Conférence de la paix à Paris, l'émir Fayçal réitère sa demande d'une reconnaissance internationale des États arabes «existants et à créer».

30 janvier 1919 : date officielle du contrôle politique de la Cilicie par la France. Débarquement à Mersin du colonel Edouard Brémond (cf. supra). Il prend ses fonctions à Adana ou il établit sa résidence le 1er février 1919.

1er février 1919 : début de la démobilisation en France. Démobilisation de la Vème armée française. C'est la première grande unité militaire française à subir ce sort.

2 février 1919 : du lest pour l'Armée Rouge. Les soldats du 58ème Régiment d'Infanterie français, engagé dans le sud de la Russie contre les Bolcheviks, refusent d'attaquer Tirasopol.

3 février 1919 : tenue de la première séance de travail sur la question des réparations de guerre à la Conférence de la paix de Paris. La délégation française annonce sa position: «l'Allemagne doit réparer l'intégralité des dommages qu'elle a causés».

4 février 1919 : de grandes ambitions pour la Grèce. Le premier ministre grec, Elefthérios Venizélos, est reçu à la Conférence de la paix de Paris. Il y présente les revendications territoriales grecques qui comprennent, entre autres, la totalité de la Thrace et les régions côtières de l’Asie-mineure. C’est la réalisation de la «Grande Idée» : la reconstitution de la Grande Grèce de trois continents et de cinq mers. L’appui des Puissances à ces revendications est cependant très mitigé, car elles placent leurs propres intérêts politiques et économiques par-dessus de revendications territoriales grecques.

5 février 1919 : au tour de la Tchécoslovaquie de faire connaître ses revendications territoriales aux délégués à la Conférence de la paix de Paris. C'est Edvard Benes, ministre des Affaires étrangères, qui y représente le jeune gouvernement tchécoslovaque.

5 février 1919 : le Grand Quartier Général français donne ses instructions sur la récupération des munitions non explosées sur les champs de bataille.

6 février 1919 : Ouverture de l'Assemblée constituante allemande à Weimar. Celle-ci doit donner une nouvelle constitution à l'Allemagne et ratifier le traité de paix à venir avec l'Entente. Le 11 février, l'Assemblée constituante de Weimar nomme Friedrich Ebert président de la République à titre provisoire. Le 21 février, elle vote unanimement en faveur de l'«Anschluß» (rattachement de l'Autriche à l'Allemagne).

7 février 1919 : la délégation italienne à la Conférence de paix de Paris présente officiellement ses revendications territoriales. L'appui de la France à ces revendications est très mitigé. Toutefois, c'est l'opposition du président Wilson, qui défend la création de la Yougoslavie, qui laissera un goût amer chez les Italiens.

8 février 1919 : le général Franchet d'Espèrey, commandant en chef des forces alliées d’occupation dans l’Empire ottoman, arrive à Constantinople. Il coordonnera les activités du gouvernement ottoman sous l’occupation alliée. C’est la 1ère fois que la ville change de mains depuis sa prise par les Ottomans turcs en 1453. Cependant les Alliés ne permettent pas aux forces grecques - qui avaient entretemps libéré la Thrace orientale et sa capitale, Adrianople - d’entrer dans la ville. Cela a fort déplu aux Grecs qui nourrissaient des légitimes aspirations centenaires de reprendre l’ancienne capitale de l’Empire byzantin. 

11 février 1919 : les représentants de la Belgique sont reçus par les Quatre Grands (États-Unis, France, Royaume-Uni et Italie) à la Conférence de la paix de Paris. Ils y réclament l'annexion à la Belgique d'Eupen, Malmedy et Moresnet.

12 février 1919 : création par les délégués à la Conférence de la paix de Paris d'une commission ayant pour tâche d'étudier le futur tracé des frontières polonaises.

14 février 1919 : Séance plénière de la Conférence de la paix de Paris où le président Wilson présente son projet de pacte de la Société des Nations. Le lendemain Wilson quitte la France pour un bref retour aux États-Unis.

16 février 1919 : Dernière prolongation de l'armistice de Réthondes. L'échéance du renouvellement de l'armistice avec l'Allemagne étant arrivée, un dernier renouvellement de celle-ci est décidé. L'Armistice se terminera désormais avec la signature du traité de paix par l'Allemagne.

16 février 1919 : intervention de Clémenceau devant le Sénat français. Afin de sécuriser la France contre une éventuelle résurgence du militarisme allemand, il envisage la création d'un État autonome en Rhénanie, lié à la France.

19 février 1919 : Clémenceau est blessé par l'anarchiste Émile Cottin qui tire 9 fois en direction de la limousine où loge le président du Conseil français. Clémenceau sera atteint par trois balles qui le blessent légèrement.

19 février 1919 : Congrès panafricain à Paris.

21 février 1919 : les délégués à la Conférence de la paix de Paris entendent les revendications des représentants du Danemark sur le Schleswig.

23 février – 4 mars 1919 : Wilson veut convaincre les Américains. De retour aux États-Unis, le président Wilson prononce un grand discours à Boston en faveur de son projet de Société des Nations. Le 26 février, il réunit les présidents des Chambres et des commissions parlementaires à Washington pour les convaincre de la pertinence de la Société des Nations. Le 28 février, Le sénateur Knox prononce devant le Sénat américain le premier discours d'opposition au projet de Société des Nations du président Wilson. Le lendemain, il sera suivi d'une intervention allant dans le même sens de la part du sénateur Lodge. Le 4 mars, le président Wilson prononce un dernier discours sur la Société des Nations à New York avant de quitter les États-Unis pour rejoindre ses vis-à-vis à la Conférence de la paix de Paris.

24 février – 22 avril 1919 : Conférence pan-arménienne à Paris.

27 février 1919 : les délégués à la Conférence de la paix de Paris reçoivent la délégation sioniste. Les nombreux désaccords entre membres de la délégation comme entre les vainqueurs font repousser la question de la Palestine à des négociations ultérieures.

Début mars 1919 : Alexandre Millerand est nommé commissaire général en Alsace-Lorraine avec la charge de réorganiser les 3 anciens Départements redevenus français sans référendum.

2 mars 1919 : von Lettow-Vorbek de retour à Berlin. Surnommé «l'Hindenburg de l'Afrique orientale», le général von Lettow-Vorbek est accueilli à Berlin par une foule enthousiaste. Von Lettow-Vorbek eut droit à un accueil officiel tel qu'en reçoivent les souverains en Allemagne. À ce titre, on le fit défiler sous la célèbre porte de Brandebourg.

2 mars 1919 : Fondation de la 3ème Internationale socialiste à Moscou, sous les auspices de Lénine. Ce dernier considérait que la 2ème Internationale s'était déconsidérée en étant incapable d'empêcher l'éclatement de la guerre en 1914. La 3ème Internationale socialiste sera aussi connue sous le nom de Kominform.

2 - 9 mars 1919 : Bataille de Kherson. Le seigneur de la guerre Nikifor Grigoriev, appelé aussi l’«Ataman Grigoriev», vient de rejoindre l’Armée Rouge et intime l’ordre aux Alliés d’évacuer les localités du sud de l’Ukraine. Le 2 mars, il attaque Kherson. La place n’est défendue que par 700 Grecs, 150 Français, et une poignée de soldats Blancs. La bataille dure sept jours. La Marine alliée ne peut y engager ses croiseurs car Kherson est un port d’estuaire (sur le Dniepr) de trop faible profondeur. Mais la population se joint aux forces de Grigoriev pour faire le coup de feu contre les Alliés, et le 8 mars deux compagnies françaises arrivées en renfort refusent catégoriquement de se battre. Au matin du 9 mars, Grigoriev contrôle la gare (où il s’empare d’un train blindé) et le port. La garnison franco-grecque se retrouve alors encerclée dans la citadelle. Dans l’après-midi une contre-attaque navale et terrestre est organisée. Un bataillon grec réussit à débarquer, à reprendre le port et à rétablir les liaisons avec la citadelle. La garnison est finalement réembarquée. Le désastre a été évité de justesse, mais il s’agit bien d’une défaite, car Grigoriev a réussi à chasser les Alliés de la ville. Après l’évacuation de Kherson, les troupes alliées se voient forcées d’abandonner aussi Nikolaïev (12-14 mars) et Marioupol (30 mars 1919).

11 mars 1919 : refus de 146 soldats français de combattre à Arkhangelsk. Considérés «mutins», ils seront remplacés par un bataillon de la Légion étrangère.

12 mars 1919 : refus catégorique de Lloyd George à Clémenceau quant à son projet d’une «République rhénane» inféodée à la France. Lloyd George craint que toute mesure qui toucherait la frontière de la région rhénane ne provoque un sentiment de revanche chez les Allemands, comme l'annexion de l'Alsace-Lorraine l'a fait chez les Français à partir de 1871.

13 mars 1919 : les membres de l'Entente s'entendent pour que la livraison de la flotte de commerce allemande serve de compensation aux pertes subies à cause de la guerre sous-marine.

13 mars 1919 : démobilisation du capitaine Marc Bloch» [5] qui reprend sa carrière de professeur après avoir fait la guerre depuis 1914. Il fondera l'école historique des Annales en 1929 en compagnie de Maurice Febvre.

14 mars 1919 : le président Wilson propose un traité d'assistance et de garantie à la France. Lloyd George le soutient dans cette voie.

16 mars 1919 : avance de l'Armée Rouge en Russie du Nord. Les Bolcheviks s'emparent de Bolche et d’Ozerki, forçant Blancs et Français à se replier.

17 mars 1919 : note de la délégation française à la Conférence de la paix remise à Lloyd George et au président Wilson affirmant que l'occupation militaire de la région rhénane est, «dans l'état présent des relations internationales, une nécessité vitale pour la France».

17 mars 1919 : les délégués représentant l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie à la Conférence de la paix de Paris demandent la reconnaissance de leur indépendance aux participants.

18 mars 1919 : deux canonnières françaises débarquèrent leurs troupes respectives dans deux ports turcs sur la mer Noire, Zonguldak et Ereğli, pour commander la région minière ottomane. Confrontée à une résistance locale, la France commença à retirer ses troupes d’Ereğli le 8 juin 1920.

20 mars – 6 avril 1919 : évacuation d’Odessa. Le 20 mars 19119, le général Franchet d’Espèrey arrive à Odessa depuis Constantinople. Il y découvre une troupe sans moral, des officiers supérieurs très pessimistes et une ville presque à court de ravitaillement. Quelques renforts sont annoncés, mais Franchet d’Espèrey se rallie à la position de ses subordonnés et câble à Foch que la position n’est plus tenable. Les généraux grecs, arrivés à la même conclusion, consultent aussi leur gouvernement sur les modalités d’un rembarquement. Celui-ci est préparé sans en informer le commandant en chef des Russes Blancs Dénikine en qui personne n’a confiance et pour éviter les mouvements de foule dans la ville. Le 1er avril, après avoir obtenu le feu-vert de Clemenceau, Franchet d’Espèrey donne l’ordre d’évacuation. L’opération est considérable, mais se déroule en bon ordre : plusieurs dizaines de milliers de personnes embarquent sur des navires civils protégés par les canons de la flotte. Une partie des troupes prend la mer, mais le plus gros des soldats français et grecs quittent la ville en traversant le Dniestr et la Bessarabie pour marcher vers la Roumanie voisine. Le 6 avril tout est terminé. Le 7 avril, Grigoriev entre dans Odessa.

20 mars – 6 août 1919 : épisode communiste en Hongrie. Le 20 mars, Béla Kun proclame la République des soviets de Hongrie à Budapest. Les communistes hongrois tenteront de retrouver certains territoires autrefois sous autorité hongroise comme la Slovaquie et l'ouest de la Roumanie, s'attirant ainsi la désapprobation des chefs de l'Entente. Le régime communiste hongrois ne durera que 133 jours et sera délogé par une intervention militaire franco-roumaine le 6 août 1919.

23 mars 1919 : à Milan, Bénito Mussolini fonde les «Fasci italiani di combattimento» («Faisceaux italiens de Combat»), dont les adhérés sont recrutés en bonne partie chez les Arditi de l'armée italienne. Les membres des Faisceaux italiens de combat seront reconnus pour l'usage de la matraque et de l'huile de ricin qu'ils appliqueront à leurs adversaires. Les «Fasci italiani di combattimento» donneront naissance au Parti national fasciste en novembre 1921.

24 mars 1919 : création à Paris du Conseil des Quatre, ou Conseil suprême, qui comprend Clémenceau, Wilson, Lloyd George et Orlando. Le Conseil suprême doit, entre autres, statuer sur la question des réparations de guerre.

26 mars 1919 : mise en place d'une commission spécialisée chargée de préciser le projet wilsonien de Société des nations.

29 mars 1919 : fin de l'appui français aux Armées blanches de Russie. Déclaration gouvernementale (Gouvernement Georges Clemenceau (2)) devant l'Assemblée nationale française à propos de la Russie : «À partir de maintenant, aucun soldat n'ira en Russie et ceux qui s'y trouvent seront rapatriés».

1er^avril 1919 : les membres du Conseil des Quatre se mettent d'accord sur la démilitarisation de la rive gauche du Rhin. La même séance voit le président Wilson proposer que Dantzig devienne une «ville libre», suggestion qui sera adoptée par le Conseil des Quatre deux jours plus tard.

3 avril 1919 : des plébiscites en Prusse orientale. Les Quatre décident la tenue de plébiscites à Marienwerder et Allenstein sur les frontières de la Prusse orientale.

3 avril 1919 : le président Wilson reçoit le roi de la Belgique à Paris.

4 avril 1919 : le Conseil des Quatre décide de d'utiliser les anciennes frontières austro-allemandes pour fixer les frontières occidentales de la Tchécoslovaquie.

5 avril 1919 : la délégation française à la Conférence de la paix propose que la Sarre soit placée sous l'autorité de la Société des Nations et que la propriété des mines sarroises soit transférée à la France à titre de compensation. Un plébiscite à être tenu plus tard déciderait du statut définitif de la région. Le 8 avril suivant, Lloyd George proposera que le plébiscite soit tenu à l'intérieur d'une période de 15 ans.

9 avril 1919 : Décision sur la Sarre. La Conférence de la paix décide de donner un statut particulier à la Sarre sous le contrôle de la Société des Nations. Cette administration se termina en 1933 lors du plébiscite où la population sarroise décida à 90% son rattachement à l'Allemagne [6]. La même décision octroie à la France la pleine propriété des mines de charbon de la Sarre à titre de compensation pour les destructions commises par l'armée allemande dans les houillères du Nord de la France et du Pas-de-Calais. Lors du rattachement de la Sarre à l'Allemagne en 1933, cette dernière racheta les mines sarroises à la France pour la somme de 900 millions de francs.

12 avril 1919 : le Royaume-Uni lâche les Blancs de Russie. Déclaration de Lloyd George devant la Chambre des communes affirmant que son gouvernement ne reconnaît pas le gouvernement bolchévique de Russie, mais s'abstiendra dorénavant d'intervenir dans les affaires intérieures russes.

13 avril 1919 : massacre d'Amritsar. Un détachement britannique ouvre le feu sur des manifestants sans armes à Amritsar, capitale des Sikhs dans le nord de l'Inde. 379 manifestants y perdent la vie et 1.200 en sortent blessés. Le massacre d'Amritsar marque une rupture définitive entre l'opinion publique indienne et les autorités coloniales britanniques.

16 – 28 avril 1919 : mutineries de la mer Noire. Il s’agit d’une série de révoltes survenues dans les troupes terrestres et les bâtiments français de l’escadre de la mer Noire en 1919 [7], alors que le gouvernement français soutient les forces russes «blanches» (tsaristes) contre les révolutionnaires «rouges » (bolchéviques) pendant la guerre civile russe. L’intervention française, menée avec de trop faibles moyens navals et terrestres dans un pays hostile est un échec qui n’est pas dû aux mutineries, ces dernières n'intervenant qu'après la décision de mettre un terme aux opérations militaires [8].

18 avril 1919 : les membres de l'Entente, constatant l'avancement des travaux de la Conférence de la paix, demandent au gouvernement allemand l'envoi d'une délégation de négociateurs à Paris. Berlin accepte d'envoyer 6 représentants à la Conférence de la paix de Paris.

19 avril 1919 : demande de reconnaissance collective pour les petites nations de l'ex-Empire russe. Les représentants de l'Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie, de la Géorgie et de l'Ukraine demandent à être reçus ensemble par le Conseil des Quatre afin de leur faire part collectivement de leurs revendications.

20 avril 1919 : Accord sur l'évacuation des zones d'occupation en Allemagne. Les chefs de l'Entente se mettent d'accord pour évacuer les zones de Cologne, Mayence, Düsseldorf et Mayence après 15 ans d'occupation.

20 avril 1919 : la République des conseils de Bavière (d’inspiration bolchévique) est renversée par les Corps francs allemands du Wurtemberg commandés par l'officier d'extrême droite Franz von Epp, que viennent épauler des troupes régulières. Les  combats ont fait plus de 600 morts.

24 avril 1919 : Brouille entre Wilson et Orlando. Le premier ministre italien, Vittorio Emanuele Orlando quitte Paris pour Rome afin de signifier son profond désaccord avec la position du président Wilson sur la question des «terres irrédentes». Giorgio Sonnino, resté seul délégué italien à la Conférence de la paix de Paris, boycotte la Conférence et le Conseil des Quatre.

12 - 25 avril 1919 : évacuation de Sébastopol. Le 3 avril, les défenses de l’isthme de Perekop, qui verrouillent la presqu’île de Crimée, sont enfoncées par les Bolcheviks après une résistance symbolique des troupes blanches. L’Armée Rouge progresse vers le sud, exposant Sébastopol à une attaque. Le 12 avril, l’évacuation de la ville est décidée. Le général Franchet d’Espèrey veut en finir rapidement, mais il faut mobiliser une logistique importante, ce qui demande du temps. De plus, le cuirassé «Mirabeau», qui s’était échoué en février devant le port, vient à peine d’être dégagé et ses avaries sont trop graves pour qu’il reprenne seul la mer. Il est bien-sûr impossible de laisser aux Bolcheviques un pareil trophée, aussi l’amiral Amet obtient un sursis le 15 avril. La population civile commence aussi à se retourner : plusieurs milliers de personnes, issues essentiellement de la bourgeoisie urbaine et craignant les représailles communistes, se massent sur les quais en espérant pouvoir monter sur les navires français. C’est dans cette ambiance dramatique que, le 16 avril, l’Armée Rouge se lance à l’assaut de Sébastopol. L’attaque est repoussée grâce à l’intervention des cuirassés et des croiseurs alliés dont les obus de gros calibre écrasent les assaillants qui finissent par se replier. Une trêve de plusieurs jours est conclue. Chacun y trouve son compte car les Français peuvent organiser l’évacuation en bon ordre et les Bolcheviks attendre l’arme au pied que la ville leur soit tranquillement cédée. Le 25 avril, les troupes de l'Armée Rouge entrent à Sébastopol. Les derniers soldats de l'Entente avaient quitté la ville le jour précédent.

28 avril 1919 :la conférence de la paix adopte le pacte constitutif de la Société des Nations.

30 avril 1919 : Règlement de la question du Shandong à la faveur du Japon. Le Conseil des Quatre se rend à la demande japonaise voulant que les intérêts allemands dans le Shandong chinois soient transférés aux Japonais. La question de la restitution du Shandong à la Chine devient donc une matière de négociations directes entre la Chine et le Japon.

1er mai 1919 : le Conseil des Quatre confirme la responsabilité personnelle du Kaiser Guillaume II dans le déclenchement de la Guerre au moment où les délégués allemands sont reçus à l'hôtel Trianon Palace près de Versailles.

1er mai 1919 : Fin officielle de la démobilisation de l'armée impériale allemande. Le même jour voit la naissance de la «Reichswehr», armée allemande de la République de Weimar.

2 mai 1919 : à Varsovie, la Diète polonaise demande à la Conférence de la paix «la possession de l'embouchure de la Vistule avec Dantzig».

5 mai 1919 : retour des Italiens à la Conférence de paix à Paris. Les représentants de l'Italie décident de revenir occuper leurs places à la Conférence de la paix. Ils quittent l'Italie le lendemain.

5 mai 1919 : le contenu du traité de paix est communiqué à toutes les délégations présentes à Paris lors de la sixième séance plénière de la Conférence de la paix.

6 mai 1919 : répartition des colonies allemandes. La France, le Royaume-Uni, les États-Unis et le Japon adoptent le plan de répartition des colonies allemandes entre les vainqueurs [9].

6 mai 1919 : prise de position du président Wilson en faveur de l'indépendance de l'Albanie. Sa position heurte les prétentions yougoslaves et italiennes. Venizélos perd l’occasion de faire valoir le droit à l’autonomie, voire à l’indépendance de l’Épire du Nord.

7 mai 1919 : les conditions de paix sont remises à la délégation allemande. Agissant au nom de l'Entente, Clémenceau remet à la délégation allemande à Versailles les conditions de paix qui sont imposées à l'Allemagne. La délégation allemande dispose de 15 jours pour faire connaître par écrit ses observations.

13 mai 1919 : communication du compte Ulrich Graf von Brockdorff-Rantzau, ministre allemand des Affaires étrangères à Clémenceau. Sa missive indique que l'Allemagne refuse de se reconnaître seule responsable du déclenchement de la guerre. Autre sujet abordé par von Brockdorff-Rantzau dans sa lettre, est la situation du Schleswig. En effet, il s'étonne que le projet de traité de paix prévoie d'amputer l'Allemagne d'une de ses provinces au profit du Danemark, pays resté neutre durant la guerre. Il convient cependant de rappeler que la famille Brockdorff est liée à l'histoire du Schleswig.

15 mai 1919 : fin des travaux de la Conférence de paix sur l'Autriche ayant pour but de définir les conditions militaires qui seront imposées à l'Autriche. La délégation autrichienne à la Conférence de la paix arrive à Saint-Germain le même jour.

15 mai 1919 : débarquement des forces grecques à Smyrne. En application de l'article 7 du traité d'armistice de Moudros, qui permet aux Alliés d'«occuper n'importe quel point stratégique [du territoire turc] dans n'importe quelle situation menaçant la sécurité des Alliés», les Britanniques donnent le feu vert et 20.000 soldats grecs de la 1ère Division (composée des 4ème et 5ème régiments d'infanterie et du I/38ème régiment d'Evzones) débarquent à Smyrne et prennent aussitôt le contrôle de la ville. Le Haut-commissaire Aristide Stergiadis, personnage controversé choisi par Venizélos avec l’accord des Britanniques, s’y installe [10]. C’est le début de la réalisation de la «Grande Idée» [11]. Les populations chrétiennes sur place reçoivent les troupes grecques en libératrices, mais les Turcs les considèrent comme des envahisseurs. À peine le débarquement opéré, Hasan Tahsin [12],  un nationaliste turc, tente d'assassiner le commandant des forces grecques et déclenche ainsi le début de la guerre d'indépendance turque. L'attentat est un échec ;  Tahsin rate sa cible et ne parvient qu'à tuer un soldat grec. Il est immédiatement arrêté et exécuté.

19 mai 1919 : Mustafa Kemal forme un gouvernement nationaliste à Samsun.

20 mai 1919 : un délai accordé à la délégation allemande. La délégation allemande à Versailles demande et obtient un délai pour examiner le texte du traité. La délégation allemande retourne à Berlin afin de discuter des conditions de paix avec son gouvernement. La nouvelle date butoir est fixée au 29 mai. Ordre est donné aux armées de l'Entente de se tenir prêtes à entrer en action le 27 mai suivant. L'objectif de cet ordre est de mettre de la pression sur le gouvernement allemand.

22 mai 1919 : lettre du général sud-africain Smuts à Lloyd George à propos des frontières de la Pologne. Il écrit : «Je suis convaincu que par une extension démesurée de la Pologne, non seulement nous renversons le verdict de l'histoire, mais nous commettons en politique une erreur capitale... Nous sommes en train de construire une maison de sable».

22 mai – 13 juin 1919 : occupation par les forces grecques de l’arrière-pays de Smyrne. Le 22 mai, le 5ème Régiment d'Infanterie s'installe à Mainemène ; le 24 mai, son 2ème Bataillon occupe Nymphaeum ; le 25 mai, ses 1er et 2ème Bataillons occupent Magnésie du Sipyle. Le 27 mai, le 4ème Régiment d'Infanterie s'installe à Aydin, d'où il est chassé le 30 juin par une contre-attaque turque. Les troupes turques en représailles font 6.500 morts dans la population civile chrétienne. La ville est reprise par les Grecs le 3 juillet. Le 29 mai, deux compagnies du 8ème Régiment (Crétois) débarquent à Ayvalik. Le 30 mai, le I/38ème Bataillon d'Evzones occupe Thyateira [13], dans la préfecture d'Aydin, où il est accueilli de façon enthousiaste par la population. Le 2 juin, le I/38ème Bataillon d'Evzones occupe Ödemish. Le 6 juin, le 5ème Régiment d'Infanterie occupe Akhisar près de Smyrne. Le 13 juin 1919, le 1er Bataillon du 8ème Régiment d'Infanterie et une compagnie du 3ème Régiment de Cavalerie de l’armée grecque s'installent à Pergame.

26 mai 1919 : contre-ordre pour le 27 mai. Le maréchal Foch annule l'ordre donné aux armées de l'Entente d'entrer en Allemagne le lendemain, 27 mai 1919.

29 mai 1919 : réponse de la délégation allemande sur les conditions de paix. Présidée par le comte von Brockdorff-Rantzau, la délégation allemande à Versailles remet officiellement ses remarques sur les conditions de paix. La réponse allemande nie toute responsabilité allemande dans le déclenchement des hostilités en 1914. Elle en rejette la faute sur la Russie et, dans une moindre mesure, sur l'Autriche-Hongrie. Autre point de vive contestation de la délégation allemande : le rattachement de la Haute-Silésie à la Pologne.

30 mai 1919 : le Conseil des Quatre examine les remarques allemandes sur le projet de traité de paix.

30 mai 1919 : Accord anglo-belge sur la cession à la Belgique des anciens protectorats allemands du Rwanda-Burundi en Afrique orientale.

2 juin 1919 : Lloyd George convainc ses vis-à-vis français et américains d'organiser un plébiscite en Haute-Silésie pour permettre à la population de cette région de choisir entre l'appartenance à l'Allemagne ou à la Pologne.

2 juin 1919 : la délégation autrichienne reçoit le projet de traité de paix de l'Entente à Saint-Germain-en-Laye. Le 3 juin, le projet de traité de Saint-Germain-en-Laye arrive en Autriche.

5 juin 1919 : le gouvernement américain annonce qu'il reconnait le nouveau Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, aussi connu sous le nom du «Royaume de Yougoslavie» (qui signifie «Royaume des Slaves du Sud» et qui deviendra le patronyme officiel du pays en 1929).

13 juin 1919 : vers une reprise des combats le 25 juin. Clémenceau convainc les autres chefs de gouvernement de l'Entente de préparer leurs armées à reprendre le combat contre l'Allemagne en date du 25 juin, si cette dernière refuse de signer le traité de paix.

16 juin 1919 : réponse de l'Entente aux remarques allemandes sur le projet de traité de paix. Les représentants de l'Entente remettent à la délégation allemande leur réponse aux observations allemandes sur le projet de traité de paix. En gros, cette réponse est une fin de non-recevoir aux demandes de modifications allemandes. Prévenue qu'en cas de refus de signer le traité le maréchal Foch reprendra les armes contre l'Allemagne, la délégation allemande rentre immédiatement à Berlin.

19 juin 1919 : demande allemande de suppression des «articles honteux». Vifs débats en Allemagne autour du texte du projet de traité de paix qui a été remis à la presse le jour même. Les hauts gradés de l'Armée allemande demandent que soient retirés du traité les articles sur la responsabilité de la guerre et la livraison des «criminels de guerre», surnommés «articles honteux».

19 juin 1919 : victoire de l'Armée Rouge contre l'Armée Blanche de Sibérie du général Alexandre Vassilievitch Koltchak. Plusieurs unités militaires changent de camp en faveur des Rouges. Pendant l'été 1919, le gouvernement blanc de Sibérie s'effondra après la capture et l'exécution par l'Armée Rouge du général Koltchak. Les forces alliées (Royaume-Uni, France, Italie, États-Unis, Canada) qui furent envoyées en Sibérie pour soutenir les Armées Blanches, se replient vers Vladivostok.

20 juin 1919 : chute du cabinet Scheidemann en Allemagne. Le comte von Brockdorff-Rantzau, ministre des Affaires étrangères, refuse de signer le traité de paix au nom de son gouvernement, entrainant la chute du cabinet dont il fait partie. Le poste de ministre des Affaires étrangères passe aux mains d’Hermann Müller le lendemain à titre de membre du nouveau cabinet Bauer-Erzberger.

21 juin 1919 : sabordage de la flotte allemande à Scapa Flow. Refusant de livrer ses navires aux vainqueurs, l'amiral allemand von Reuter ordonne le sabordage de la marine allemande, regroupée dans le port de Scapa Flow en Ecosse, depuis novembre 1918. A l’exception des sous-marins, tout le reste de la flotte allemande était dans ce port. Forte réaction de Clémenceau au sabordage de la flotte allemande, qui menace le gouvernement allemand de prolonger l'occupation de la rive gauche du Rhin à titre d'indemnisation. Réaction moins forte du côté britannique, pour qui la menace navale allemande disparaît avec la flotte sabordée.

22 juin 1919 : le nouveau cabinet allemand annonce devant l’Assemblée nationale que l'Allemagne signera le traité de paix avec l'Entente, si les clauses de responsabilité unique de l'Allemagne et de livraison des «criminels de guerre» sont supprimées.

22 juin 1919 : multiplication des incidents en Posnanie où la population allemande refuse d'être rattachée à la Pologne. À cet effet, le gouvernement allemand rappelle aux puissances de l'Entente qu'il «se voit obligé de décliner toute responsabilité pour les difficultés éventuelles qui pourraient naître de la résistance des habitants à leur séparation d'avec l'Allemagne».

23 juin 1919 : l'Assemblée nationale allemande vote par 237 voix contre 138 pour donner son aval à la signature du traité de paix. La délégation allemande à Versailles reçoit le mandat de signer le traité de paix.

26 juin 1919 : le gouvernement allemand désigne Hermann Müller, ministre des Affaires étrangères, et Dr. Johannes Bell, ministre des transports, comme signataires du traité de paix de Versailles.

28 juin 1919 : Signature solennelle du Traité de paix de Versailles entre l’Allemagne et l’Entente dans la galerie des Glaces du palais de Versailles[14] [15]. Les conditions de paix imposées par les Alliés à l'Allemagne sont dures et comprennent des cessions de territoires en Europe, ainsi que celle de toutes ses colonies, la démilitarisation de la Rhénanie et de sévères restrictions quant aux forces armées permises à l'Allemagne après la signature du traité. De plus, le traité de Versailles force l'Allemagne à se reconnaître «responsable» de la guerre et prévoit le paiement de réparations dont le montant n'est pas défini dans le texte du traité. Si la satisfaction est énorme chez les Alliés, en revanche on note en Allemagne une condamnation unanime des clauses du traité, qui sera surnommé le «diktat» de Versailles.

29 juin 1919 : «retour à la maison» pour Lloyd George et Woodrow Wilson. Lloyd George regagne Londres alors que le président Wilson embarque sur le paquebot «George Washington», escorté par huit navires de guerre américains, à destination des États-Unis.

9 juillet 1919 : Ratification du traité de Versailles par l'Assemblée nationale allemande.

12 juillet 1919 : l'Entente met officiellement fin au blocus maritime de l'Allemagne qui avait été mis en place en 1914.

13 juillet 1919 : selon la volonté de Clemenceau, chef du Gouvernement français, une cérémonie est organisée en l'honneur des soldats morts au combat au cours de la guerre : on installe sous l'Arc de Triomphe un cénotaphe doré de 30 tonnes.

14 juillet 1919 : le défilé de la Victoire a lieu sur les Champs-Elysées. La mise en scène sera grandiose. Sous l'Arc de Triomphe, une grande scène est flanquée de quatre victoires taillées dans des entoilages d'avions de guerre. L'arme renversée, des fantassins, des cavaliers, des artilleurs, des aviateurs et des marins veillent en silence dans la lumière dorée, sous l'inscription "Aux morts pour la patrie". Des contingents des pays alliés défilent par ordre alphabétique - l'Amérique en tête - suivis des Belges, des Britanniques, des Grecs, des Portugais, des Polonais, des Serbes, des Tchécoslovaques...

23 juillet 1919 : Mustafa Kemal réunit à Erzéroum un Congrès nationaliste turc, qui vota des résolutions, appelées le Pacte national. Il proclame les vilayets orientaux partie intégrante de l'Empire ottoman et s'oppose à toute intervention des puissances étrangères en faveur des Grecs et des Arméniens. Il définit les objectifs du mouvement nationaliste : tout d’abord, l’indépendance des territoires turcs ; ensuite, la lutte contre l’occupation et l’intervention étrangère, ainsi que la création d’un gouvernement provisoire pour défendre l’indépendance de la patrie. Le sultan exige le retour de Kemal à Istanbul. Devant son refus, la Sublime Porte ordonne son arrestation, mais sans succès.

29 juillet 1919 : Accord secret gréco-italien «Tittoni-Venizélos». Ilamène une entente entre la Grèce et l’Italie qui se désistait de ses droits sur Smyrne, dérivant de l’accord de Saint-Jean de Maurienne, contre l’appui de ses autres revendications en Asie- mineure.

31 juillet 1919 : nouvelle constitution pour l'Allemagne. Adoption de la constitution de la République de Weimar par le gouvernement allemand. Elle entrera en vigueur le 11 août 1919.

4 septembre 1919 : Mustafa Kemal réunit tous les représentants de la Turquie dans un second congrès nationaliste, à Sivas [16]. Le Pacte national y est confirmé et Kemal est élu président. Pour tenter une conciliation avec les nationalistes, le sultan annonce des élections qui remplaceront le Parlement, dissout en novembre 1918. Finalement, le nouveau Parlement – à majorité nationaliste – adopte le Pacte national en janvier 1920.

10 septembre 1919 : Signature du traité de paix de Saint-Germain-en-Laye entre l'Autriche et l'Entente [17]. Des traités complémentaires sont signés par les principales Puissances alliées avec les autres Puissances alliées, bénéficiaires de territoires transférés : Pologne, Tchécoslovaquie, Roumanie, État serbe-croate-slovène, Grèce, afin de confirmer la reconnaissance de l'indépendance du pays, de garantir les droits des minorités et d'assurer l'ouverture du pays au commerce international. Le traité de Saint-Germain-en-Laye officialise le démembrement de ce qui était l'Autriche-Hongrie, ne laissant au gouvernement autrichien que le territoire correspondant à l'Autriche actuelle. Ce traité affirme aussi la responsabilité de l'Autriche dans le déclenchement de la guerre et prévoit des réparations aux pays de l'Entente, réparations qui ne seront cependant jamais payées. Ce traité comprend des restrictions quant aux forces militaires du nouveau pays et lui interdit de s'unir à l'Allemagne sans en avoir obtenu l'autorisation de la Société des Nations. Il contient aussi des clauses forçant l'Autriche à se départir d'une multitude d'œuvres d'art amassées au cours des siècles précédents par la dynastie des Habsbourg.

15 septembre 1919 : les troupes anglaises furent relevées par des troupes françaises en Cilicie et dans la Syrie côtière (zone bleue).

12 octobre 1919 : la France ratifie le traité de Versailles. En date du 12 octobre 1919, les deux chambres du Parlement français ont voté la ratification du traité de Versailles.

13 octobre 1919 : la Belgique ratifie le traité de Versailles.

30 octobre 1919 : conformément aux termes de l’armistice de Moudros, et succédant aux Anglais, les troupes françaises entrent dans Marache (Cilicie), accueillis avec enthousiasme par les chrétiens, tandis que les kémalistes s’apprêtent à distribuer armes et munitions aux populations turques.

1er novembre 1919 : incident de Sütçü Imam, nommé ainsi d'après le défenseur de trois femmes turques harcelées à Marache par des auxiliaires de la Légion arménienne. L’incident déclencha une série d’événements qui amena la population turque à se dresser contre les forces d’occupation, et dont le point culminant se traduisit par une guérilla urbaine à grande échelle deux mois après l’incident. Après vingt-deux jours de combat urbain, le 11 février 1920, les troupes d’occupation françaises furent forcées d’évacuer Marache, suivies de la communauté arménienne de la ville, (cf. infra).

19 novembre 1919 : refus du Sénat américain de ratifier le traité de Versailles. Devant l'inflexibilité du président Wilson quant au renforcement des pouvoirs de l'exécutif dans le cadre de la participation des États-Unis à la Société des Nations, le Sénat américain refuse de ratifier le traité de Versailles [18].

26 novembre 1919 : le général Henri Joseph Eugène Gouraud (ex-chef du corps expéditionnaire français des Dardanelles du 14.05 au 30.06.1915), fut nommé haut-commissaire le 26 novembre 1919 à Beyrouth, succédant à François Georges Picoty [19].

27 novembre 1919 : Signature du traité de paix de Neuilly-sur-Seine entre la Bulgarie et l'Entente [20]. La Bulgarie doit céder la Dobroudja orientale àla Roumanie, la Thrace occidentale à la Grèce etquelques territoires à la Yougoslavie.

2 décembre 1919 : le général Julien Dufieux, commandant militaire et administratif de Cilicie à partir de septembre 1920, arrive à Adana. Fin 1919, les troupes françaises occupaient les provinces ottomanes d’Antep, Marache et Urfa en Cilicie et  Anatolie du sud, cédées par les troupes britanniques comme convenu. Cependant, la résistance turque locale prend de l’ampleur encadrée et armée par des officiers nationalistes envoyés par Mustafa Kemal, qui avait émis l’idée qu’avec une pression exercée sur les Français, la Cilicie serait facilement laissée aux nationalistes turcs ; une fois les Français éliminés, les Turcs pourraient alors se concentrer sur les Grecs qui représentaient la principale menace militaire contre le mouvement kémaliste. Mustafa Kemal a vu juste, car le gouvernement français (Aristide Briand) n’a pas voulu engager des forces suffisantes pour contrôler un territoire aussi vaste que la Cilicie. Le petit contingent français débarqué à Mersin en novembre 1918, composé principalement des volontaires de la Légion arménienne, accompagnés de 150 officiers français, fut largement débordé et forcé à se replier en Syrie.



[1] Le Colonel Brémond explicite clairement sa pensée dans une lettre adressée à M.de Peretti della Rocca, ministre plénipotentiaire: Cette lettre devrait faire beaucoup réfléchir ceux qui soutiennent la folie d’une adhésion de la Turquie à l’Union Européenne.

" Adana, le 9 février 1920,

Monsieur le Ministre,

Votre lettre du 1er janvier me parvient aujourd'hui 9 février. Je suis infiniment sensible à votre bonne attention de nous envoyer vos vœux pour la nouvelle année. Vous êtes assuré, je pense, ainsi que Madame de Peretti, que la smala Brémond vous conserve un souvenir aussi affectueux que permanent.

Je regrette encore plus que vous n'ayez pas le temps de suivre notre œuvre au Levant. Elle est infiniment plus intéressante et de portée infiniment plus considérable que l'œuvre locale que nous poursuivons au Maroc.

La Cilicie est en effet le point de contact entre la Mer Méditerranée et la voie ferrée Londres et Paris à Calcutta et Shanghaï; elle a au point de vue des communications terrestres ou aériennes une importance de même ordre que le Canal de Suez pour les communications maritimes. [...]

La Cilicie a produit 180.000 balles de coton en 1913; en 1919 elle n'a donné que 30.000 balles. Nous espérons cette année arriver de 60 à 100.000 balles. Mais il nous manque le charbon et les machines à labourer, la main-d'œuvre, les semences sélectionnées. 1920 ne sera encore qu'une année d'attente mais en 1921 nous pouvons espérer rattraper et dépasser 1913. Les mémoires Allemands que nous avons retrouvés sur place évaluaient à un million de balles la récolte possible de la Cilicie organisée. Nous avons mis la main sur la presse à coton allemande d'Adana. Mais la culture du coton ne prendra tout son développement qu'avec des sociétés financières puissantes capables d'organiser l'irrigation la récolte et le transport; des capitaux importants sont absolument nécessaires; jusqu'ici il n'y en a pas en Cilicie et le loyer de l'argent atteint souvent 30%; la banque agricole que j'ai améliorée mais que je n'ai pu réorganiser comme je l'aurai voulu faute de Personnel, prête à 9% et ce taux est trouvé très modéré; c'est vous dire le besoin que nous avons de capitaux français. Il est possible ici de constituer un domaine de 30 à 40 mille hectares en majeure partie irrigables sans grandes difficultés; [...]

Quant au sort futur de la Cilicie, il est écrit. Par la force des circonstances 120.000 Arméniens y ont été amenés. Ils y forment plus du quart de la population, le quart de beaucoup le plus actif et le plus homogène; dans 15 ans ils auront facilement doublé, et formeront la majorité. D'autre part si l'occupation française et l'Administration française cessaient ici, le massacre recommencerait une heure après notre départ. Enfin la Cilicie est pour nous un espoir de consolation de l'Egypte tant par sa valeur propre que par sa situation sur une grande [ligne] de communication mondiale.

Il n'est pas douteux que les Turcs ont fait ici en face de nous figure d'ennemis irréductibles; ils continuent à s'inspirer des traditions allemandes et font à l'exécution des conditions de l'armistice des oppositions sournoises calquées sur celles qu'on nous oppose à Berlin. On parle de l'amitié du Turc pour la France : la vérité est que le Turc est boche, qu'il reste boche avec enthousiasme, qu'il ne compte que sur le relèvement de l'Allemagne pour se relever et que nous le retrouverons contre nous à côté de l'Allemagne dans la prochaine guerre. Tous travaillent contre nous de manière sournoise quand ils nous sentent forts ou résolus, de manière impudente ou même insolente quand ils croient nous avoir aveuglés par leurs protestations de fausse amitié.  Malgré tous mes efforts, malgré ma volonté arrêtée de travailler avec eux, je n'ai jamais pu trouver un seul Turc qui ait agi avec nous autrement qu'en ennemi.

Ce sont là des vérités qui sont mal connues à Paris, à Constantinople ou même à Beyrouth; des directives de conciliation avec la Turquie continuent à être ordonnées, et nous faisons ici des efforts continuels et d'ailleurs malheureux pour les suivre. Constantinople a trouvé à nous envoyer comme vali à Adana un homme qui parle allemand, qui a été élevé en Allemagne et qui a pour nous les mêmes sentiments qu'un Allemand.

C'est vous dire que la vie n'est pas tous les jours facile ici; et que ce n'est pas sans une certaine fierté que nous voyons la Cilicie rester tranquille au milieu de l'insurrection générale soulevée d'Ourfa à Marache et à Alep, en attendant qu'elle nous vienne de Konia. [...].

En résumé à l'heure actuelle nous ne pouvons compter ici que sur les chrétiens; encore les Arméniens ont-ils des buts nationaux qui les mettent fréquemment en opposition avec nous.

Quant aux Musulmans, si nous faisons de la politique turque, les Turcs les coaliseront entièrement contre nous. Si au contraire nous faisons de la politique musulmane, ne donnant aux Turcs que la situation qui leur revient d'après leur nombre et leur importance commerciale, industrielle ou financière, nous pouvons rallier la majeure partie d'entre eux. Il y a en effet en Cilicie des Tcherkess, des Kurdes, des Arabes, mais très peu de Turcs; si on faisait partir les fonctionnaires, il faudrait chercher pour trouver une population turque.

Au point de vue du principe des nationalités les Turcs n'ont donc rien à faire en Cilicie, où ils sont des étrangers oppresseurs sans rapports avec la population : la seule chose en leur faveur est l'emploi de leur langue, qui tenait à la défense faite aux autochtones d'employer leur langue propre, défense qui était appuyée de procédés violents. [...] "

CHAN 594 AP /4

Source : http://www.eliecilicie.net/bremond.htm

[2] Homme politique britannique puis israélien, premier président de l'État d'Israël entre 1949 et 1952.

[3] La révolte dite «spartakiste» de Berlin (qualification donnée en souvenir du courage légendaire des gladiateurs de Spartacus lors de sa rébellion désespérée contre les Romains) ou «révolte de janvier» est le nom donné à la grève générale et aux combats qui l'ont accompagnée en Allemagne entre le 5 janvier et le 12 janvier 1919. Son déclenchement, puis sa répression sanglante par des Corps francs sur ordre du ministre de la défense Gustav Noske, constitue l'un des principaux épisodes de la révolution allemande de 1918-1919. L'adjectif «spartakiste» est en général utilisé pour parler de ces événements, même si le Parti communiste d'Allemagne, fondé quelques jours plus tôt par la Ligue spartakiste, n'a ni lancé ni mené le soulèvement, et n'y a participé qu'après qu'il eut véritablement commencé.

[4] C'est ainsi que la France faisait dépendre le remboursement de ses dettes de guerre aux États-Unis, au paiement par l'Allemagne des réparations imposées à l'Allemagne vaincue par les vainqueurs. De leur côté, les États-Unis, bien qu'ils n'aient finalement ratifié ni leur adhésion à la Société des Nations, ni le traité de Versailles, se posèrent en arbitres et s'efforcèrent de trouver un compromis entre l'Allemagne qui se déclarait insolvable, et les pays qui, comme la France, persistaient à vouloir la faire payer. Le plan Dawes (1924) accorde un prêt américain à l'Allemagne pour l'aider à effectuer ses premiers versements et fait adopter le principe d'annuités progressives fondées sur le redressement économique de l'Allemagne. Le plan Young (1929) abaisse le montant des réparations à 38 milliards de Reichsmarks payables en 59 annuités jusqu'en 1988. Le moratoire Hoover qui a suspendu pendant un an (1931) le paiement des réparations allemandes et des dettes interalliées porte le nom du président républicain qui a succédé à Wilson aux États-Unis. La Conférence de Lausanne (1932) ramène le total des réparations à 3 milliards de marks qui ne seront jamais payés, car - parvenu au pouvoir - Hitler met fin définitivement au paiement des réparations (1933). Au total, la France n'a touché que 9,5 milliards de marks, alors qu'elle devait en percevoir plus de 68 milliards.

[5] Issu d'une famille juive d'optants, Marc Léopold Benjamin Bloch, né le 6 juillet 1886 à Lyon (Rhône) et mort le 16 juin 1944 à Saint-Didier-de-Formans (Ain), est un historien français, fondateur avec Lucien Febvre des «Annales d'histoire économique et sociale» en 1929. Marc Bloch a donné à l'école historique française une renommée bien au-delà de l'Europe. C'est un combattant de la Grande Guerre décoré de la Croix de guerre, de la médaille militaire et de la Légion d'honneur, ainsi qu'un membre de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale. Il est arrêté à Lyon le 8 mars 1944 par la Gestapo, torturé, et meurt le 16 juin, fusillé par la Milice aux côtés de vingt-neuf autres résistants.

[6] Paradoxalement, la Sarre avait vu l'arrivée de nombreux opposants au nazisme sur son territoire à partir de janvier 1933. Ceux-ci demandaient le maintien de l'autorité de la Société des Nations sur la Sarre pour échapper aux nazis.

[7] Parmi les bâtiments touchés, l’on trouve les suivants : «France», «Jean Bart», «Vergniaud», «Mirabeau», «Waldeck-Rousseau», «Guichen», «Diderot», «Provence», «Justice», «Voltaire»

[8] Après le retour de l’expédition, les mutineries reprennent et touchent presque tous les ports où stationnent des navires de guerre : à Brest, Cherbourg, Bizerte, Lorient et Toulon, avant de se terminer par une ultime poussée en Méditerranée orientale. Une centaine de marins sont condamnés par les tribunaux militaires, mais assez rapidement amnistiés. Ces événements sont par la suite récupérés par le Parti communiste français, car plusieurs de ses membres y ont participé et revendiquent un rôle majeur dans l’organisation des mutineries. Ces troubles sont aujourd’hui analysés et compris dans le contexte de la vague révolutionnaire qui frappe l’Europe à la fin de la Première Guerre mondiale à la suite de l'épuisement des belligérants et aux espoirs mis par une partie de l’opinion dans la Révolution russe de 1917. L’enquête qui suit contribue à faire prendre conscience au pouvoir politique de l’état de délabrement de la Marine au lendemain de la Première Guerre Mondiale et de la nécessité d’engager les réformes qui vont permettre le renouveau de la flotte française dans les années 1920-1930.

[9] Le Traité de Versailles (28.06.1919) entérine la fin de l'Empire colonial allemand, dont les vainqueurs se partagent les colonies sous mandat de la Société des Nations :

La France obtient la majeure partie du Cameroun et la partie orientale du Togo, qu'elle partage avec l'Empire britannique ;

La Belgique obtient le Ruanda-Urundi qui faisait partie de l'Afrique orientale allemande ;

Le Royaume-Uni obtient, outre les territoires camerounais et togolais non-administrés par la France : le Tanganyika, détaché de l'Afrique orientale allemande ; le Sud-Ouest africain, administrée par le dominion de l'Union d'Afrique du Sud ; la Nouvelle-Guinée et Nauru, administrés par le dominion d'Australie, et les Samoa par le dominion de Nouvelle-Zélande ;

Le Japon obtient les îles Mariannes, Marshall et Carolines, dont l'île de Palau, et occupent également les comptoirs et territoires allemands de Chine jusqu'en 1922, date à laquelle ils sont rendus à la République de Chine.

[10] Aristide Stergiadis (en grec : Ἀριστείδης Στεργιάδης). Né à Héraklion, en Crète, en 1861, mort à Nice, en France, en 1949. Avocat, spécialiste du droit ottoman, président du Conseil municipal mixte et de sa commission exécutive de la ville d'Héraklion de 1900 à 1911, gouverneur général de l'Épire de 1917 à 1919, haut-commissaire de la Grèce à Smyrne de 1919 à 1922. Il fut ami personnel et conseiller légal de Venizélos. Au-delà de l'amitié entre les deux hommes, le lien de la franc-maçonnerie les unissait (les deux appartenant à la loge "Athena"). Il semblerait même que fut Stergiadis qui a initié Venizélos à la franc-maçonnerie. Les Grecs d'Asie-mineure détestèrent Stergiadis. Ils le considéraient de traitre pour ses politiques turcophiles. Stergiadis a même fait fusiller des Grecs afin de faire preuve aux Turcs de sa bonne foi (bona fides) comme représentant du parti oriental turcophile qui prônait la politique d’un helléno-turquisme conciliant ! A cause de son caractère particulièrement violent, il fut surnommé le «dictateur d'Ionie». Cependant, jamais Venizélos, jusqu'à sa mort à Paris, en 1936, ne critiqua Stergiadis, il a par contre fait l'éloge à plusieurs reprises de son action en Asie-mineure. Lorsque la Grèce perdit la guerre, Stergiadis abandonna lâchement son poste et s’embarqua sur un navire britannique pour trouver refuge à Nice dans le sud de la France, afin d'échapper à la fureur de la foule des réfugiés grecs. Il ne retournera jamais en Grèce. De septembre 1922 à sa mort en juillet 1949, Stergiadis fut transformé (probablement à cause de ses remords) en «cadavre vivant». Les frais de ses obsèques, à 89 ans, furent couverts par le consulat grec de Nice et son cercueil fut suivi par le consul seul, qui d'ailleurs était un avocat français faisant fonction de consul honoraire, ainsi que la servante et une Grecque veuve d'un officier français. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Aristide_Stergiadis

[11] La «Grande Idée», «Μεγάλη Ἰδέα» pour les Grecs, est l’union de toutes les régions peuplées de Grecs ethniques, la création d’une très grande Grèce. Cette idée s’est développée à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème : à cette époque, le Royaume de Grèce, qui, au départ, en 1832, ne comprenait qu’une infime partie des terres habitées par des Hellènes, s’était agrandi. En 1864, les Iles ioniennes autour de Corfou se joignent au royaume. En 1881, c’est au tour de la Thessalie. En 1913, les Grecs récupèrent la Crète et une partie de l’Épire et de la Macédoine. Lors des traités de la région parisienne de 1919, le premier-ministre Venizélos réclame l’annexion de toute la Thrace, y compris Constantinople. Venizélos demande aussi le retour à la mère –patrie de toutes les îles de l’Egée, la région de Smyrne sur la côte occidentale de l’Anatolie jusqu’à l’actuelle Antalya, une bande territoriale de 400 km de long et de 50 km de profondeur sur la côte méridionale de la Mer Noire (le territoire peuplé de Grecs pontiques) et, enfin, Chypre. Le Traité de Sèvres ne satisfait pas les Grecs. Ils reçoivent certes toute la Thrace, sauf Istanbul. Egalement les îles de l’Egée, à l’exception de l’archipel du Dodécanèse donné à l’Italie, et la région de Smyrne (sous conditions). Le littoral méridional de la Mer Noire reste turc. Les Britanniques ne cèdent pas Chypre (contrairement à leur promesse faite aux Grecs en 1914), car l’île est pour eux un élément stratégiquement trop important sur la route des Indes. Ils comploteront plus tard pour faire revenir les Turcs sur scène, monter le coup d’état pour évincer le président Makarios, provoquer l’invasion turque et diviser l’île, ce qui leur permettra de perpétuer la permanence de leurs bases militaires.

[12] De son vrai nom, Osman Nevres, il est né en 1888 à Thessalonique. Il a étudié les sciences politiques à la Sorbonne. Pendant la Grande Guerre, il a été recruté par les services de renseignements turcs. Arrêté à Bucarest en 1916, il a réussi à s'évader. À Izmir, où il vivait à l'époque, il a tiré la première balle contre les forces d'occupation grecques le 15 mai 1919. Il fut aussitôt exécuté sur la place Konak. Son action est perçue comme le coup d'envoi de la guerre d'indépendance turque. Un grand monument commémore cet événement à Izmir.ir.

[13] Ville citée dans le livre de l’Apocalypse de Saint-Jean l’Évangéliste.

[14] Pour la forme, les représentants de 27 pays alliés font face aux Allemands. Mais le traité de Versailles a été concocté en cercle fermé par quatre personnes seulement,  les plénipotentiaires allemands ayant été tenus à l'écart des débats sur la préparation du traité : le Français Georges Clemenceau, le Britannique David Lloyd George, l'Américain Thomas Woodrow Wilson et l'Italien Vittorio Orlando. Ce sont des hommes du centre gauche, méfiants à l'égard de l'Église et des catholiques autrichiens, hostiles d'autre part aux communistes qui tiennent le pouvoir en Russie

- Le président Wilson est un idéaliste qui veut imposer le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes conformément à ses 14 Points de janvier 1918, au risque de créer en Europe centrale des États-croupions non viables. Malgré la contribution tardive des troupes américaines, il se présente en véritable leader du monde civilisé. À la différence des pays européens, les États-Unis ont en effet accru leur puissance économique du fait même de la guerre et des ventes d'armement aux Alliés franco-britanniques.

- Le premier-ministre britannique Lloyd George lorgne sur les colonies allemandes et le marché intérieur des vaincus.

- Pour Clemenceau, la récupération de l'Alsace-Lorraine, annexée en 1871 par l'Allemagne, est un minimum. Il veut faire payer l’Allemagne des réparations de guerre, il se souvient que 50 ans seulement auparavant, Bismarck inventait ce type de réparations en faisant payer à la France 5 Md de francs-or plus les frais de d'occupation. Le «Tigre» veut par ailleurs humilier de toutes les façons possibles l'Allemagne et détruire l'Autriche-Hongrie.

- Le premier-ministre italien Vittorio Orlando, plein de loquacité, ne souhaite rien d'autre que des annexions autour de la mer Adriatique, au détriment de l'Autriche-Hongrie (il quitte provisoirement la table des négociations en mai 1919 pour appuyer ses revendications).

[15] Le premier des traités de paix et le plus important mettant fin à la Première Guerre mondiale est signé entre l'Allemagne et les Alliés dans la galerie des Glaces du château de Versailles, sur les lieux mêmes où fut fondé l'empire allemand le 18 janvier 1871. Selon les termes de celui-ci, leur nation est en premier lieu amputée du huitième de son territoire et du dixième de sa population. Elle est par ailleurs soumise à des limitations de souveraineté humiliantes.

–  L'Allemagne perd l'Alsace et la Lorraine du nord (Metz), annexées en 1871. Le territoire est restitué à la France sans référendum mais conserve ses particularités de l'époque impériale. À la différence du reste de la République française, les trois départements demeurent ainsi soumis au Concordat de 1801 qui régit les rapports entre l'État et l'Église catholique.

–  L'Allemagne perd aussi les villes d'Eupen et Malmédy au profit de la Belgique et surtout une grande partie de ses provinces de l'Est à l'exception de la Prusse orientale (Königsberg) au profit d'une Pologne ressuscitée.

–  L'Allemagne est dépouillée de ses colonies africaines au profit de la France, de la Belgique, de la Grande-Bretagne et de l'Union sud-africaine ; elle cède aussi la province chinoise du Chan-tong au Japon, ce qui provoque les protestations de la Chine, qui quitte la conférence en mai 1919.

–  Aux marges orientales de la nouvelle Allemagne, le traité ressuscite une Pologne hétérogène (avec une forte minorité germanophone) dont le seul accès à la mer passe par les territoires allemands. C'est le corridor de Dantzig qu'elle se montrera inapte à défendre.

– Les royaumes et les principautés qui composaient l'Empire allemand et pouvaient servir de contrepoids à l'autoritarisme prussien sont dissous. Il est vrai que leurs souverains avaient abdiqué avant même l'armistice du 11 novembre 1918. À la place de l'Allemagne impériale s'installe un État démocratique et républicain, ce dont se réjouissent les Français. Mais cette «République de Weimar», du nom de la ville où se réunit l'assemblée constituante, aura bien des difficultés à résister aux pressions de la rue.

– L'armée allemande est réduite à 100.000 soldats de métier et la marine de guerre à 16.000 hommes. Les forces armées sont interdites d'artillerie lourde, de cuirassés et d'avions. Il ne leur est pas permis de faire appel à des conscrits.

– Les Alliés prévoient d'occuper militairement pendant 15 ans la rive gauche du Rhin ainsi que trois têtes de pont sur le Rhin (Mayence, Cologne, Coblence). Il est prévu également une zone démilitarisée de 50 km de large sur la rive droite du Rhin.

– Le gouvernement allemand doit reconnaître sa responsabilité dans le déclenchement de la guerre, ce qui relève d'une interprétation pour le moins tendancieuse de l'Histoire. On lui demande qui plus est de livrer l'ex-empereur Guillaume II (alors en exil) pour le juger comme criminel de guerre ainsi que quelques autres hauts responsables.

– Enfin, l'Allemagne est astreinte à de très lourdes «réparations» matérielles et financières. Le montant final en sera fixé après la signature du traité de Versailles, en 1921, à 269 milliards de mark-or. C'est plus qu'une année du revenu national de l'Allemagne. L'économiste britannique John Maynard Keynes, qui recommandait de ne pas aller au-delà de 70 à 80 milliards pour ne pas compromettre la reconstruction de l'économie allemande et les échanges internationaux, démissionne de sa fonction d'expert à la conférence.

– Le traité de Versailles prévoit par ailleurs la création d'une Société des Nations pour le règlement des conflits à venir, selon les généreux principes du président américain.

Très dur à bien des égards, le traité de Versailles ne sera qu'en partie appliqué et suscitera un très vif ressentiment chez les Allemands. Dans les faits, l'incapacité et la mauvaise volonté de l'Allemagne à payer les réparations seront à l'origine de graves crises financières et politiques dans l'ensemble de l'Europe.

[16] Sivas (anciennement Sébaste ou Sébastée ; en grec Σεβάστεια,est une ville du nord-est de la Cappadoce et autrefois située en Arménie occidentale.

[17] Débutées en mai 1919, les négociations de paix à Saint-Germain-en-Laye excluent la délégation autrichienne. Des Autrichiens manifestèrent alors leur mécontentement en brûlant l'ambassade de France à Vienne, le 23 mai 1919. Le traité est rédigé en français, anglais, italien et russe, mais pas en allemand ; il est précisé que le texte en français fera foi en cas de divergence. L’ancien Empire des Habsbourg est démantelé et remplacé par une demi-douzaine d'États successeurs selon le principe, posé dans le 9e des 14 points du président américain Woodrow Wilson, du «droit des peuples à disposer d'eux-mêmes». Le traité entre en vigueur le 16 juillet 1920. La Roumanie le signe seulement le 9 décembre 1919. La Pologne (nouvel état) intègre la Galicie et la Roumanie la Bucovine. L’Italie reçoit le Tyrol du Sud et le Trentin. Dans le Haut-Adige, outre 90.000 Italiens, 200.000 Allemands sont intégrés malgré eux à l'Italie. L'Italie annexe également Trieste, l'Istrie et des parties de la Dalmatie (que revendiquaient également les Slovènes, les Croates et les Serbes). La Tchécoslovaquie (nouvel état) intègre les territoires du royaume de Bohême, de la Slovaquie et de la Ruthénie subcarpathique. Les Allemands des Sudètes, population germanophone majoritaire à la frontière allemande, se retrouvent avec le statut de minorité linguistique au sein du nouveau pays. La revendication des Slovènes, des Croates et des Serbes d'Autriche-Hongrie de se doter d'un pays commun englobant également la Serbie et le Monténégro, est reconnue et le traité officialise l'existence du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Quelques zones germanophones de la Basse-Styrie, ainsi que la vallée de Mieß en Carinthie, font partie de ce nouvel État. Quatre districts germanophones de l'ancien royaume de Hongrie sont rattachés à l'Autriche sous le nom de Burgenland. Comme l'exige Georges Clemenceau, la République d'Autriche allemande (en allemand Deutschösterreich) est renommée en Autriche (en allemand Österreich) et la revendication d'une partie de sa population de bénéficier du 9e point de Wilson, en intégrant la nouvelle république d'Allemagne, est formellement rejetée, le Traité interdisant ce rattachement. L'Autriche est obligée de procéder à des réparations. Le service militaire obligatoire est interdit.

[18] En conséquence du refus du Sénat américain de ratifier le traité de Versailles, un traité de paix mettant officiellement fin à l'état de guerre entre l'Allemagne et les États-Unis  fut signé le 25 août 1921.

[19] Le Général Gouraud négligeant les appels de renforts réclamés instamment par le général Dufieux et le colonel Brémond qui en Cilicie combattaient les nationalistes de Kemal avec l'aide de la légion arménienne, prit la responsabilité de faire évacuer Marache, Ourfa, Hadjin, Bozanti, Aïntab, Ousmania, Sis... provoquant les massacres de 7 à 8.000 civils Arméniens et la perte de 1.200 soldats français. Michel Paillarés journaliste au «Bosphore» à Constantinople écrivit que le drame de Marache restera une des pages les plus tristes de l'histoire française. Ce faisant, le Général Gouraud préparait en réalité le retrait de la France de Cilicie. Les archives du gouvernement turc contiennent une notice émanant de Mustafa Kemal lui-même, datée du 23 septembre 1922 ainsi libellée : "Le département des affaires Etrangères a l'honneur de communiquer à Monsieur le Colonel Mougin de bien vouloir transmettre à Monsieur le Général Gouraud qui est un des grands combattants de ce siècle et un grand ami de la Turquie ses sentiments et les remerciements des autorités militaires turques". (Cf. extrait du livre inachevé du Général Mougin "Un empire s'est écroulé" archivé à la Bibliothèque de l'Assemblée Nationale), (cf. infra).

[20] La Bulgarie perd à l'ouest, les districts de Stroumitza, Tsaribrod, Timok et Bossilevgrad qui sont cédés à la Yougoslavie; au nord-est, la Dobroudja méridionale  est rétrocédée à la Roumanie; au sud, la Grèce reçoit la Thrace occidentale, privant la Bulgarie d'un débouché sur la mer Égée. En outre, la Bulgarie doit payer plus de deux milliards de francs-or au titre des réparations de guerre,somme si astronomique qu'elle sera finalement réduite. Enfin, les forces militaires et de police de la Bulgarie seront limitées.

 


 

1920

18 janvier 1920 : démission du gouvernement Clemenceau, remplacé le 19 janvier 1920 par le gouvernement Millerand (turcophile), qui obtient la confiance.

20 janvier 1920 : insurrection de Turcs forcenés dans la ville de Marache (Cilicie) faisant la chasse aux «ghiavours» (infidèles) et égorgeant des soldats français. Les Turcs en surnombre investissent les cantonnements français et les quartiers chrétiens et coupent toute communication entre eux. Ils imposent un ultimatum demandant l’abandon des armes et l’emprisonnement des soldats. Le rejet de ces conditions provoqua une bataille qui dura 21 jours, durant lesquels Marache sera un enfer. 50 soldats français et 2.000 chrétiens qui s’y étaient réfugiés, brûlèrent dans l’église arménienne de la Sainte-Vierge.

 8 - 11 février 1920 : évacuation de Marache par les troupes françaises. Une colonne de secours venant d’Adana pilonna la ville du 8 au 10 février, pour préparer la retraite des Français avant une évacuation prévue dans la nuit du 10 au 11 février, mais tenue secrète. 2.000 chrétiens, s’apercevant de ce départ, coururent à travers les rues et furent massacrées par les habitants turcs de Marache. Grosse de 3.200 chrétiens, la colonne s’éloigna de Marache, sous les assauts répétés des révolutionnaires turcs. Au matin, les Turcs hissèrent leur drapeau sur les débris de la caserne française en signe de victoire. Après deux jours de marche par beau temps et chemins secs, la colonne atteignit Bel-Pounar le 12 février au soir. Mais l’étape suivante jusqu’à Islahié, dans le froid et la neige, dura quatorze heures au lieu de cinq. Se reposer, c’était mourir. Faute de pouvoir les porter, les parents abandonnaient leurs enfants. La route était jonchée de cadavres, 1.200 Arméniens succombèrent. Les rebelles turcs de Marache continuèrent les assauts contre d’autres villes de la région, forçant les Français à se retirer graduellement, ville par ville [1].

16 mars 1920 : l'armée britannique occupe Constantinople et arrête 30 députés ottomans et les déporte à Malte, où d'autres les suivront.

19 – 26 avril 1920 : Conférence de San Remo (en Ligurie, dans le nord-ouest de l'Italie). Un comité supérieur, composé de représentants britanniques, français, italiens, belges, grecs et japonais et s'y réunit afin de fixer le sort des provinces arabes de l’Empire ottoman libérées après la Première Guerre mondiale et de préparer les conditions du traité de paix avec l’Empire ottoman prévu pour le mois d’août de la même année, à Sèvres. L’article 22 du Pacte de la Société des Nations naissante, adopté en avril 1919, prévoit, pour les anciennes provinces arabes de l’Empire ottoman, la mise en place d’un système de mandats. Cette formule rompt définitivement avec les idées de sphère d’influence élaborées dans les accords Sykes-Picot et pose le principe de tutelle des populations par des puissances chargées de les porter vers l’indépendance. On y fixe définitivement l’attribution de la Palestine à la Grande-Bretagne, sous la forme d’un mandat qui lui est accordé par la jeune Société des Nations. Londres hérite également du mandat sur la Mésopotamie (actuel Irak). Le vilayet de Mossoul, dont les droits sont abandonnés par la France depuis décembre 1918, est placé sous tutelle britannique contre l’octroi à la France d’une participation de 25 % à l’exploitation des gisements de pétrole. La France quant à elle reçoit mandat pour administrer la Syrie et le Liban. Face aux pressions exercées par la Grande-Bretagne et par l’Italie, la France renonce à son droit de protection sur les chrétiens d’Orient qui entravait fortement l’autorité britannique sur la Palestine (fin du protectorat religieux français). Elle cherche cependant à faire valoir les droits des populations arabes et affirme que l’établissement d’un foyer national juif dans le pays, prévu par la Déclaration Balfour de 1917, ne doit pas annoncer la formation d’un Etat juif. Les aboutissements des discussions de San Remo n’ont pas force juridique : il revient à la conférence de Sèvres de les acter. Les décisions mandataires de San Remo sont officiellement entérinées par la Société des Nations en 1922.

Printemps – été 1920 : offensive grecque en Asie-mineure. Les forces hellènes lancent une série d'offensives victorieuses et prennent Mainemène, Magnésie du Sipyle, Péramos, Philadelphie, Thyateira, Pergame, Ayvalik, Aydin, etc. (cf. supra) L'objectif de ces opérations est alors d’occuper l’arrière-pays de Smyrne et de fournir une profondeur stratégique à la défense de Smyrne. Elles aboutissent, à la fin de l'été 1920, à la domination de la Grèce sur l'ouest et une partie du nord-ouest de l'Asie Mineure.

17 mai 1920 : le Sénat des États-Unis reconnaît les droits de la Grèce sur l'Épire du Nord, dans le cadre de l'accord «Tittoni-Venizélos».

27 mai 1920 : combats en Thrace. Le 27 mai 1920, la Division grecque «Serrès» relève les troupes françaises qui stationnaient dans Komotiní, tandis que la Division «Xanthe» du 15ème Régiment d'Infanterie fait de même en débarquant à Alexandroúpolis (ex-Dedeağaç, renommée après la visite du roi Alexandre Ier). Cette division poursuit sa route et entre à Didymóteichon le 2 juin 1920, où elle succède aux troupes françaises. Le 25 juillet 1920, les troupes grecques entrent à Adrianople.

30 mai 1920 : Signature d’un armistice pour l’arrêt des hostilités en Cilicie entre le gouvernement français et le gouvernement de Mustafa Kemal, installé à Ankara. Cependant les nationalistes turcs ne respecteront pas le cessez-le feu et continueront à harceler les forces françaises.

4 juin 1920 : Signature du traité de Trianon entre la Hongrie et l’Entente [2] au palais du Grand Trianon à Versailles. La Hongrie voit ses frontières rétrécies au profit de tous ses voisins, Autriche, Yougoslavie, Roumanie et Tchécoslovaquie.

9 juin 1920 : les troupes nationalistes turques assiègent le corps expéditionnaire français qui s'est retranché dans la ville d'Adana. Les Français changent de stratégie et choisissent de s'allier avec Mustafa Kemal contre le Sultan Mehmet VI.

27 juin 1920 : Conférence interalliée de Boulogne.

6 juillet 1920 : à la Conférence de Spa fixation des parts des Alliés sur les réparations de guerre : 52% sont réservés à la France, 22% au Royaume-Uni, 10% à l'Italie et 8% à la Belgique. Les Français estiment que le montant total des dommages subis par les Alliés s'élève à 226 milliards de marks-or [3].

10 août 1920 : Signature du traité de Sèvres et de l’accord tripartite entre la Turquie et l’Entente[4]. Ce traité sanctionna les décisions de la Conférence de San Remo (cf. supra). Dès lors, la zone d’influence bleue prévue par les accords Sykes-Picot de 1916 ne passa pas tout entière sous le mandat français et l’Italie n’obtint aucun mandat en Asie Mineure. Cependant, en présence de l’accroissement du mandat anglais, la France et l’Italie se virent reconnaître des zones «d’intérêts spéciaux» dans de vastes parties de l’Anatolie restant sous la domination turque. L’accord qui consacra ces «intérêts spéciaux» est intitulé : «Accord tripartite entre l’Empire britannique, la France et l’Italie relatif à l’Anatolie», et il fut signé le même jour que le traité de Sèvres (10 août 1920). La Grèce reçoit la Thrace orientale (jusqu'à la ligne de Çatalca), les îles d'Imbros et de Ténédos, ainsi que le vilayet de Smyrne. Mais ces concessions ne satisfont pas le gouvernement grec : d'abord parce que Constantinople reste en dehors de sa sphère d'influence et ensuite parce que Smyrne et sa région ne sont pas complètement intégrées au royaume hellène. D'après le traité, la Grèce ne peut qu'administrer l'enclave smyrniote, qui reste nominalement sous la souveraineté du sultan. Un parlement local doit y être élu et c'est seulement après cinq ans qu'un référendum sera organisé sous l'égide de la SDN afin de consulter la population sur son désir d'intégrer ou non la Grèce. Autre aspect préoccupant est qu’il s’agit en réalité d’un petit enclave d’une superficie d’à peine 25.000 m2 qui est entouré de tous les côtés de vastes zones turques, donc impossible à défendre en cas de future conflit.

10 août 1920 : Venizélos signe un accord avec l'Italie qui y renonce au Dodécanèse, sauf Rhodes qui devait rester italienne jusqu'à un référendum dans les quinze ans sur son rattachement à la Grèce [5] !

12 août 1920 : Venizélos est victime d'une tentative d'assassinat à la gare de Lyon par deux officiers royalistes grecs. Après son rétablissement, Venizélos retourne en Grèce, où il est accueilli comme un héros. La foule l'acclame. Il est appelé le «Sauveur», le «Père de la Patrie». Une grande cérémonie est organisée en son honneur dans le stade panathénaïque, où le roi Alexandre 1er dépose sur sa tête une couronne de lauriers d'or.

13 septembre 1920 – 2 décembre 1920 : offensive surprise kémaliste sur le front du Caucase. Le 28 septembre, 4 divisions du 15ème corps marchent sur Sarikamis provoquant la panique dans les rangs arméniens. Mais les Arméniens parviennent à les empêcher de s'emparer de Kars. Malgré les appels à l'aide du gouvernement arménien, les Alliés n'interviennent pas, tandis que la Géorgie se déclare neutre. Le 24 octobre les Turcs lancent 12.000 hommes et 40 canons contre Kars que les Arméniens abandonnent finalement le 30 octobre. Une semaine plus tard les troupes turques prennent Alexandropole (l'actuelle Gümrü). Le 6 novembre elles atteignent la frontière orientale de la province de Kars et continuent d'avancer en territoire arménien s'emparant de la vallée d'Igdir et du mont Ararat. Le 12 novembre c'est le village stratégique d'Agin qui tombe aux mains des Turcs et leur ouvre les portes de la route pour Erevan. Les Arméniens acceptent finalement de signer un armistice le 18 novembre 1920, avant d'accepter le 2 décembre le traité d'Alexandropol (cf. infra), qui annule toutes les dispositions du traité de Sèvres en leur faveur. Mais il est déjà trop tard pour ce pays puisque le 28 novembre la 11ème Armée Rouge entre en Arménie et l'occupe totalement pour la transformer en une république soviétique. La victoire emportée contre les Arméniens sécurise les flancs nord et est de Kemal, mais surtout elle lui permet de libérer des troupes pour combattre les Grecs sur le front ouest.

20 septembre 1920 : les communes de Malmédy et d’Eupen deviennent officiellement parties intégrantes du Royaume de la Belgique d’après les résultats d'un plébiscite tenu sans vote secret.

2 octobre 1920 : le roi Alexandre Ier de Grèce est mordu dans des circonstances étranges par un singe domestique dans les jardins la résidence royale, sa plaie s’infecte et il meurt de septicémie (25.10.1920). La disparition soudaine du roi va provoquer un effet domino impliquant la défaite électorale de Venizélos (14.11.1920) et son départ en exil, le retour du roi Constantin 1er (fin décembre 1920), le renversement des alliances politiques en faveur de la Turquie et le bouleversement du rapport des forces sur le front d’Anatolie suite à la fourniture d’armement soviétique, italien et français à Kemal. Tous ces facteurs ont conduit à la «Grande catastrophe» ou la «Catastrophe d’Asie-mineure» (en grec : Μικρασιατική Καταστροφή), la plus grande catastrophe de l'histoire grecque récente [6].

8 novembre 1920 : la Chambre des députés et le Sénat votent le transfert des restes d'un soldat inconnu à l'Arc de Triomphe. Le 10 novembre 1920, les restes des corps de soldats ayant servi sous l'uniforme français et dont l'identité est impossible à établir, ont été placés dans huit cercueils rangés en deux colonnes dans une chapelle ardente de la citadelle de Verdun où une compagnie du 132ème régiment d'infanterie assure la garde d'honneur. À 15 heures, André Maginot, ministre des Pensions, s'avance vers un des jeunes soldats et, en lui exposant le principe de la désignation, lui tend un bouquet d'œillets blancs et rouges. C'est Auguste Thin, engagé volontaire de la classe 19, fils d'un combattant disparu pendant la guerre, pupille de la Nation qui, remplaçant au dernier moment un soldat antillais malade, reçoit la mission de désigner le cercueil. Accompagné du ministre, de monseigneur Ginisty, Évêque de Verdun, du commandant-major Lespinasse et du maire de Verdun, il s'arrête devant le sixième et pose son bouquet. Auguste Thin expliquera plus tard son geste : «Il me vint une pensée simple : j'appartiens au VIème».

11 novembre 1920 : Cérémonie solennelle à l'Arc de Triomphe de Paris pour l'inhumation du Soldat inconnu choisi la veille dans la citadelle de Verdun.

 

Dr. Angel ANGELIDIS

Ex-Conseiller au Parlement Européen

Bruxelles, juillet 2015

 


[1]  Source : http://denisdonikian.blog.lemonde.fr/2014/10/10/414-le-massacre-de-marache-fevrier-1920-par-le-r-p-materne-mure/

[2] Le traité de Trianon s'appuie sur le neuvième des 14 points du président américain Woodrow Wilson, du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, sauf que  - comme dans le cas du traité de Saint-Germain - ce point n'est pas appliqué aux Magyars et Allemands de l'ancienne Autriche-Hongrie, mais seulement aux autres peuples. Les nouvelles frontières de la Hongrie sont tracées par une commission internationale (la commission Lord). L’Europe centrale subit ainsi une refonte radicale de ses frontières :

- la Roumanie reçoit la Transylvanie (103 093 km²) qui, si elle est dans son ensemble peuplée majoritairement de Roumains, présente des enclaves où les Hongrois et les Saxons (germanophones) sont majoritaires ;

- la Croatie, la Bosnie-Herzégovine et la partie occidentale du Banat (la Voïvodine) (63.092 km²) intègrent le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes qui fédère les Slaves du Sud de l'ancien empire ;

- la Ruthénie et la Slovaquie (61.633 km²) rejoignent les Tchèques de Bohême et Moravie dans l'État nouvellement créé de la Tchécoslovaquie qui fédère les Tchèques, Slovaques et Ruthènes de l'ancien empire ;

- l'Autriche se voit attribuer le Burgenland majoritairement germanophone (4.020 km²).

- la Hongrie perd ainsi les deux tiers de son territoire, passant de 325.411 km² avant la guerre à 92.962 km² après la signature du traité. Le pays perd cinq de ses dix villes les plus peuplées ; 3,3 millions de Hongrois se retrouvent avec une nationalité roumaine, yougoslave ou tchécoslovaque. La Hongrie perd  aussi son accès à la mer via la Croatie, rattachée au Royaume des Serbes, Croates et Slovènes qui deviendra la Yougoslavie.

[3] La Conférence de Londres du 05.051921 fixa le montant que l'Allemagne devait payer à titre de réparations de guerre à 132 milliards de marks-or. Cette somme devait être répartie entre la France (52%), le Royaume-Uni (22%), l'Italie (10%) et la Belgique (8%), et la balance entre les autres vainqueurs dont les États-Unis. Le montant réel payé par l'Allemagne varie entre 19 et 32 milliards de marks-or selon les estimations quand arrive l'année 1932. Les réparations allemandes seront annulées lors de la Conférence de Lausanne du 09.07.1932 moyennant un dernier paiement de 3 milliards de marks-or qui ne sera pourtant pas honoré.

[4] Le traité de Sèvres est d’une grande sévérité et limite fortement la souveraineté turque. Il enlève à l’Empire ottoman les quatre cinquièmes de ses anciens territoires. Les détroits sont démilitarisés et placés sous le contrôle d'une commission internationale. Le passage devait rester libre en temps de guerre comme en temps de paix. La Thrace orientale qui comprend Adrianople et Gallipoli (sauf Constantinople), les îles d'Imbros et Ténédos, ainsi que la région de Smyrne sont restituées aux Grecs. La France se voit confier une zone d'influence comprenant la Cilicie avec Alexandrette (Adana) et s'étendant jusqu'au nord, bien au-delà de Sivas. L'Italie occupe la ville d'Antalya et toute la région avoisinante, et se voit confier une zone d'influence allant de Bursa à Kayseri, en passant par Afyonkarahisar. Les anciennes provinces arabes de l'empire furent placées sous mandat britannique (Irak et Palestine) et français (Liban et Syrie). Dans les provinces anatoliennes, la création d'un Kurdistan et d'une grande Arménie furent prévus. En comparaison avec ses 1.780.000 kilomètres carrés d'avant la guerre, le nouvel Empire ottoman n'est plus qu'un petit territoire composé en grande partie des steppes salées de l'Anatolie centrale, et aux possibilités de développement limitées à cause d'un système de «garanties» qui, entre-autres, mettent les finances du pays sous la tutelle de commissions étrangères. Toutes les ressources du pays doivent être affectées par priorité aux frais d'occupation et au remboursement des indemnités dues aux Alliés (art. 231-266). Enfin, les capitulations (accords successifs signés par les sultans auprès des nations chrétiennes, accordant des droits et privilèges en faveur des sujets chrétiens résidant dans les possessions ottomanes, à la suite de la chute de l'Empire byzantin) sont rétablies et même élargis à tous les vainqueurs. Les finances et l’administration turques, la police, le système fiscal, les douanes, les eaux et forêts, les écoles privées et publiques sont placées sous le contrôle permanent des Alliés. Les droits des minorités sont protégés. La Turquie est aussi sommée de livrer sa flotte, de réduire son armée à 15.000 hommes et 35.000 gendarmes. La notion de crime contre l’humanité se retrouve implicitement dans l’article 230 du Traité de Sèvres de 1920 qui obligeait la Turquie «à livrer aux Puissances alliées les personnes réclamées par celles-ci comme responsables des massacres qui, au cours de l’état de guerre, ont été commis sur tout territoire faisant, au 1er août 1914, partie de l’Empire ottoman». Malgré le fait que ce traité - signé par les mandataires du sultan Mehmed VI - n’est pas entré en vigueur, il demeure qu’il s’agissait d’un crime de droit commun punissable dans tout État et le caractère universel de sa condamnation en droit interne permet d’affirmer qu’il faisait partie des principes généraux du droit (au sens de l’art. 38 § 1, c du Statut de la C.P.J.I. ou de la C.I.J.) applicables à tous les États. Malheureusement le traité de Sèvres ne sera ratifié que par le gouvernement grec, et - suite à la défaite de la Grèce lors de la guerre gréco-turque de 1920-22 - il sera remplacé par le traité de Lausanne du 24 juillet 1923.

[5] Drôle d’accord pour une île peuplée entièrement par des Grecs !!!

[6] Deuxième fils du roi Constantin Ier de Grèce, le prince Alexandre succède à son père en 1917 après que les Alliés ont contraint ce dernier et son fils aîné, le diadoque Georges (considérés germanophiles), à partir en exil en Suisse. Sans réelle expérience politique, le nouveau souverain se montre cependant dévoué à sa tâche et accomplit son travail avec application. Alexandre Ier visite souvent le front pour soutenir les troupes grecques qui se battent contre la Bulgarie et l’Empire ottoman. Il devient finalement le souverain d’une Grèce considérablement agrandie après la Première Guerre mondiale et le début de la Guerre gréco-turque de 1919-1922.Le 2 octobre 1920, un incident survient pendant qu’Alexandre Ier fait une promenade sur les terres du domaine royal de Tatoï. Un singe domestique appartenant au régisseur des vignes du palais attaque le berger allemand d’Alexandre et ce dernier tente de séparer les deux animaux. Mais, ce faisant, le primate le mord profondément à la jambe. La plaie du souverain est nettoyée et pansée, mais pas cautérisée (faute de négligence ou intentionnelle ?). De fait, le roi ne prête guère attention à cette blessure et demande même que la nouvelle de l’incident ne soit pas diffusée. Cependant, Alexandre est atteint de forte fièvre dès le soir de l'événement : sa plaie s’infecte et évolue en septicémie. Devant la rapide évolution de son mal, les médecins envisagent de lui amputer la jambe, mais aucun ne veut prendre la responsabilité d’un tel acte. Opéré à sept reprises, il est veillé par son épouse Aspasie durant les quatre semaines que durera son agonie. Il  meurt le 25.10.1920 âgé seulement de 27 ans ! Dans l'immédiat, il laisse la nation sans souverain : Alexandre Ier a en effet conclu un mariage inégal et sa fille unique, la princesse Alexandra, n'est pas dynaste. Quant aux frères du souverain, les princes Georges et Paul, ils refusent de monter sur le trône tant que leur père, l'ex-roi Constantin, est vivant. Or un grave différend oppose l’ex-roi Constantin Ier au premier-ministre Venizélos (cf. supra). Cet impasse cause d’importantes difficultés politiques en Grèce et pose la question de la survie même du régime venizéliste. Les défenseurs de la cause de Constantin Ier emportent les élections du 14 novembre 1920 et le royaliste Dimítrios Rallis devient premier-ministre. Vaincu, Venizélos choisit de partir en exil. Peu après, le nouveau gouvernementroyaliste, organise un plébiscite destiné à rappeler Constantin Ier au pouvoir. Pourtant, à l'étranger, la restauration de Constantin, beau-frère du Kaiser, est mal vue et les Alliés font savoir à Athènes qu'ils priveraient la Grèce de tout soutien si l'ancien roi remontait sur le trône. Malgré tout, ce plébiscite est organisé en décembre et les résultats truqués donnent 99 % de voix en faveur du retour de l'ancien monarque. Les Alliés sont furieux et la Grèce se retrouve isolée sur la scène internationale. Le retour de Constantin et de ses partisans au pouvoir a aussi des conséquences graves ailleurs qu'au niveau diplomatique. Dans l'armée, la défaite électorale de Venizélos conduit à l'éviction de tous ses partisans du commandement militaire, et cela au moment où il est question de marcher sur Ankara. Les vétérans de la 1ère Guerre mondiale, expérimentés et victorieux en Thrace et en Asie Mineure, sont congédiés tandis que le commandement suprême de l'armée est confié au général Papoulas, un proche de Constantin, plus familier des cartes d'état-major que de la logistique des troupes. Fin 1920, les forces grecques avaient pénétré profondément en Anatolie et se trouvent à 32 km d’Ankara. Mais en mars 1921 tous les autres fronts sur lesquels se battaient les Turcs sont libérés, ce qui permet à Mustafa Kemal de disposer de davantage de ressources pour affronter l'armée grecque. Sentant le vent tourner, les Français et les Italiens signent des traités de paix séparés avec les révolutionnaires turcs et reconnaissent à ces derniers la possession des territoires auparavant disputés. Bien plus, les deux puissances occidentales acceptent de vendre des armes à leur ancien ennemi afin de contrer le gouvernement grec, désormais considéré comme un client inconditionnel du Royaume-Uni. Les Italiens utilisent aussi leur base d'Antalya pour armer et entraîner les troupes de Mustafa Kemal contre les Grecs. Le 07.10.1921, un accord conclu entre Ankara et Paris met fin à la présence militaire française en Cilicie. La France cède alors gratuitement aux Turcs 10.000 uniformes, 10.000 fusils mauser, 2.000 chevaux, 10 avions Breguet, ainsi que le centre télégraphique d'Adana et les ports de Méditerranée qu'elle contrôlait. La France construit aussi une usine de munitions à Adana pour fournir l'armée turque. Avec le matériel reçu des Français, Kemal pourra armer et équiper 30 à 40.000 soldats supplémentaires, ce qui diminue l’avantage numérique des Grecs. Outre ces liens étroits avec la France et l'Italie, les Mustafa Kemal entretient des bonnes relations avec la Russie soviétique. Le traité de Moscou de 1921, signé après la fin de la guerre turco-arménienne, renforce l'amitié russo-turque et permet à Ankara de recevoir de l’aide économique et de l’armement soviétique : 60 pièces d'artillerie Krupp, 30.000 obus, 700.000 grenades, 10.000 mines, 60.000 épées roumaines, 1,5 million de fusils ottomans capturés durant la 1ère Guerre mondiale, un million de fusils russes, un million de fusils Mannlicher, ainsi que de fusils britanniques Martini-Henry plus vieux et 25.000 baïonnettes Après l'échec de son offensive militaire (23 août-13 septembre 1921), la Grèce demande de l'aide aux Alliés. Cependant, début 1922, le Royaume-Uni, la France et l'Italie décident que la traité de Sèvres n'est plus applicable et doit être révisé. En accord avec cette décision, les troupes françaises et italiennes encore présentes en Anatolie sont évacuées, ce qui affaiblit davantage la position hellène. En mars, les Alliés proposent un armistice aux deux belligérants, mais Mustafa Kemal, sentant qu'il jouit désormais de l'avantage stratégique, refuse tout accord tant que les Grecs sont encore présents en Asie-mineure. Les révolutionnaires turcs lancent finalement leur contre-attaque le 26 août 1922. Le 30 août, l'armée grecque est vaincue à la bataille de Dumlupinar. En Grèce, le gouvernement démissionne, tandis que la cavalerie turque entre le 9 septembre dans Smyrne mise à feu et à sang. L'expulsion de l'armée grecque d'Anatolie est terminée le 14 septembre. Les forces de Mustafa Kemal prennent ensuite la direction du Nord et se dirigent vers le Bosphore, la Mer de Marmara et les Dardanelles, où les garnisons alliées sont renforcées par des troupes britanniques, françaises et italiennes venues de Constantinople. Les anglais décident de résister à l'avance turque dans les Dardanelles et demandent aux Français et aux Italiens d'aider les Grecs à rester présents en Thrace orientale. Cependant, les deux puissances occidentales évacuent leurs positions sur le détroit et laissent les Britanniques seuls face aux Turcs. Le 24 septembre, les troupes de Kemal se dirigent vers la zone des Détroits et s'opposent à la demande britannique de faire marche arrière. Le cabinet britannique est divisé pour et contre un conflit armé. Le général britannique Charles Harington, commandant allié à Constantinople, interdit à ses hommes de tirer sur les Turcs et met en garde son gouvernement contre toute aventure irréfléchie. La flotte grecque quitte finalement l'ancienne capitale byzantine et les Britanniques décident de forcer les Grecs à se retirer au-delà du fleuve Maritsa (Evros), en Thrace. Mustafa Kemal accepte alors d'ouvrir les pourparlers de paix. La France y précipite le turcophile Franklin-Bouillon, l’auteur tristement connu de l’Accord franco-turc d’Angora du 20.10.1921. L'Armistice de Moudanya est conclu le 11.10.1922, suivi par le traité de Lausanne (24.07.1923). Ses conséquences seront catastrophiques pour la Grèce et les populations chrétiennes de l’Asie-mineure.

[7] Nommé ministre de la Guerre dans le gouvernement Tardieu en 1930, et persuadé que des défenses fixes sont la meilleure solution de défense pour la France, André Maginot lance les travaux de construction d’une vaste série d’ouvrages fortifiés et de défense à l’est de la France, le long de ses frontières avec l’Italie, l’Allemagne, le Luxembourg et la Belgique, qui sera dénommée par la suite «ligne Maginot». Les travaux dureront de 1930 à 1936 et coûteront plus de 5 milliards de francs, ce qui représente environ 1,6 % du budget de l'État sur cette période. Les gros ouvrages couvrent en définitive 140 km sur la frontière du nord-est, mais dans le massif des Ardennes - jugé infranchissable par le haut commandement français – la ligne est composée de fortifications légères. Idem le long de la frontière avec la Belgique, où la ligne Maginot se réduit à quelques ouvrages fortifiés de modeste importance.De l'autre côté de la frontière, l’Allemagne réplique avec la «ligne Siegfried». Beaucoup plus légère que la «ligne Maginot», elle a surtout vocation à tromper les Français sur la capacité offensive de la Wehrmacht. La conception et réalisation de la ligne Maginot découle directement de la 1ère Guerre mondiale qui fut une guerre de positions. Son efficacité devient douteuse dans un contexte de guerre éclair (Blitzkrieg) pratiquée par les Allemands. En effet, le 10 mai 1940, la Wehrmacht passe à l'offensive à travers le Benelux. Son axe principal évite les secteurs les plus puissants de la ligne Maginot, longeant la position avancée de Longwy (11 au 13 mai, finalement évacuée par les Français), avant de percer le front à travers le secteur défensif des Ardennes (à Monthermé) et le secteur fortifié de Montmédy (à Sedan), du 13 au 15 mai 1940…

 


 

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Commentaires

02.02 | 10:40

Texte très bien pensé et structuré. Félicitations.

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11.08 | 18:22
01.06 | 18:03
BATAILLE DU DNIEPR a reçu 1
07.02 | 23:01
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