PARTIE IV - ÉPILOGUE

Stefan Ihrig : "Atatürk in the Nazi Imagination", Harvard University Press, November 2014.

LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE

"REPÈRES CHRONOLOGIQUES

DÉTAILLÉS"

DOC AA-20 FR-07-2015

PARTIE IV : ÉPILOGUE 

1. LES GRAVES ERREURS DES ALLIÉS OU COMMENT LA TURQUIE VAINCUE DEVIENT VAINQUEUR ET DICTE LES CONDITIONS DE PAIX À LAUSANNE

 

     Au lendemain de la Grande Guerre, les relations internationales se modifient profondément : les acteurs changent, les territoires également. Quatre empires s’écroulent : l’Empire allemand (traité de Versailles : 28.06.1919) ; l’Empire Austro-hongrois (traité de Saint-Germain-en-Laye avec l’Autriche : 10.09.1919 et traité de Trianon avec la Hongrie : 04.06.1920) ; l’Empire russe (Révolution d’octobre 1917, traité de Brest-Litovsk : 03.03.1918) et l’Empire ottoman (traité de Sèvres : 10.08.1920).

Sur les ruines de l’Empire ottoman, la formation d’une Turquie kémaliste directe héritière du régime "Jeune-Turc" de 1908 constitue l’un des événements majeurs de l’histoire du Proche-Orient au XXème siècle. L’étude de cette période semble tout à fait pertinente au moment où la Turquie fait valoir sa demande d’adhésion à l’Union Européenne, en brandissant l’étendard d’un héritage kémaliste prétendument «laïc» [1].

En mai 1916, avant même d’avoir gagné la guerre, les Alliés divisent «l’Homme malade de l’Europe», comme ils nomment la Turquie, en zones d’influences. Les accords «Sykes-Picot » prennent prétexte des traditionnels intérêts économiques et culturels français au Liban, en Syrie ainsi qu’en Cilicie, pour placer ces régions sous mandat français. Le Moyen-Orient est démantelé en cinq zones. La Grande-Bretagne obtient la Palestine et la Mésopotamie et une sorte de protectorat sur l’Iran.

Fin 1918, les troupes alliées occupent Constantinople, la capitale de l’Empire, ainsi que de nombreux territoires ottomans : les forces britanniques contrôlent la Mésopotamie et une bonne partie de la Syrie, la France occupe la Cilicie, les Italiens le sud-ouest de l’Anatolie et l’armée grecque se déploie en Thrace orientale et à Smyrne. L’avenir de la région est dorénavant largement entre les mains des puissances occidentales. Après plusieurs rencontres et conférences, les Alliés finissent par s’entendre sur les conditions de paix avec l’Empire lors de la conférence de San Remo, en Italie, en avril 1920. Un traité de paix est signé à Sèvres, en France, par le Sultan Mehmet VI (1861-1926), dernier sultan ottoman, qui choisit de coopérer avec les Alliés. Le traité de Sèvres (10.08.1920) punit sévèrement l'Empire ottoman d’avoir participé à la Grande Guerre aux côtés de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie :

- il détache de l'empire ses parties arabophones qui deviennent théoriquement indépendantes, mais passent de la tutelle des Turcs à celle des Européens ;

- la Société des Nations octroie à la France un mandat sur la Syrie et le Liban pour conduire progressivement ces nouveaux États à l'indépendance ;

- la Grande-Bretagne reçoit quant à elle un mandat sur les nouveaux États de Palestine, Transjordanie et Irak. L'Arabie devient virtuellement indépendante.

- l'Italie obtient une zone d’influence en Asie-mineure et la possession de l'archipel du Dodécanèse, dont l'île de Rhodes.

- il impose la démilitarisation des détroits qui unissent la mer Égée à la mer Noire, sous la supervision d'une commission internationale.

- il offre à la Grèce la Thrace orientale (sauf Constantinople) et une partie de la côte occidentale de l'Anatolie, y compris la grande ville de Smyrne, (sous certaines conditions).

- il prévoit la création d'une Grande Arménie indépendante par le regroupement des territoires arméniens de Russie et de Turquie.

- il prévoit aussi un Kurdistan autonome dans les parties orientales de l'Anatolie.

- la Turquie est réduite à un territoire de 120.000 km2 sur le plateau anatolien.

Enfin, les «Capitulations» [2] sont rétablies et même élargis à tous les vainqueurs. Les finances et l’administration turques sont placées sous contrôle anglo-franco-italien. Les droits des minorités sont protégés. La Turquie est aussi sommée de livrer sa flotte, de réduire son armée à 15.000 hommes et sa force de police à 35.000 gendarmes.

Mais alors qu'en Europe l'Allemagne mise à genoux est tenue à l'œil, en Asie Mineure les vainqueurs, travaillés par les mêmes rivalités qu'au XIXème siècle, se gardent de désarmer l'Empire ottoman vaincu et se contentent de regarder la rébellion kémaliste qui se déclenche sous leurs yeux, les uns avec scepticisme et curiosité (les Britanniques), les autres avec intérêt et complaisance (les Français et les Italiens). En ce faisant, ils tombent droit au piège allemand qui fomente cette rébellion dans le but d'entretenir en Orient un foyer d'anarchie et de confusion mettant les Alliés aux prises avec des difficultés inattendues et compromettant même leurs relations internes.

Déjà au début des années 1920, des observateurs lucides perçurent le désir de revanche allemand, qui devait se concrétiser 20 ans plus tard avec l’assaut tous azimuts d’Adolf Hitler (caporal durant la 1ère Guerre mondiale), ainsi que la stratégie et les tactiques correspondantes que cette revanche nécessitait.

La stratégie allemande est maline. Elle vise à combattre le traité de Versailles non pas en Europe, mais en Anatolie en détruisant celui de Sèvres. Pour cela, l’Allemagne compte sur la complicité de l’Empire ottoman, son fidèle allié durant la Grande Guerre où l’influence allemande est omniprésente en milieu gouvernemental et militaire.

Il n'est point d’anecdote, mais d’une réelle conspiration qui s’en sert de tous les moyens et ruses possibles pour atteindre son but. Nul argument dans ce sens ne pouvait être plus favorable à la thèse allemande que le mouvement kémaliste d'Angora contre le traité de Sèvres. En éveillant la résistance des kémalistes, l’Allemagne cherche à démontrer le caractère inapplicable du traité de Sèvres afin d'en obtenir la modification, tout en tirant l'avantage d'entretenir en Orient un conflit qui s’éternise et qui épuise et divise les Alliés.  Il n'était pas d'arme meilleure pour saper ultérieurement le traité de Versailles. Le traité de Sèvres, qui fut l'objectif unique du mouvement d'Angora et que l'on voudrait faire croire comme étant seul en cause, fait pourtant partie de l'édifice de la paix, tel que la Conférence de Paris l'avait conçu. Il fut rédigé dans les mêmes principes, sur les mêmes bases, et dans le même esprit que les autres par les puissances qui voyaient dans le traité de Versailles la règle de l'Europe nouvelle. Donc, porter atteinte au traité de Sèvres, c'est porter atteinte directement aux principes et aux idées de la paix de la Conférence de Paris et, par conséquent, au traité de Versailles. La stratégie allemande était parfaite, les Alliés furent aveugles de ne pas la repérer.

Très vite, les Allemands, réduits à l'impuissance sur leur sol, vont exploiter les dissensions entre les vainqueurs et - parfaitement conscients de leurs vieilles rivalités, qui ne demandaient qu'à resurgir en Asie Mineure - vont repasser à l'action en Anatolie avec le soutien inattendu des Bolcheviks, leurs alliés contre l'Entente depuis le funeste traité de traité de Brest-Litovsk (03.03.1918). La tactique allemande consistera à combattre les Alliés en Anatolie, à les épuiser et à parachever leur lassitude. Les Allemands trouveront en Mustafa Kemal l’homme qui leur faut, un personnage ambitieux, habile et rusé, un admirateur fervent de la pensée allemande et de l'esprit d'organisation germanique, dévoué à leur cause depuis longtemps et qui déjà servi lors de la bataille de Gallipoli sous les ordres du général allemand Liman von Sanders (dénommé "Liman-Pacha" pour son amour et services en faveur de la cause ottomane). 

Le plan allemand est facilité par une grande partie de la presse et classe politique de l’occident (notamment française) qui, dans leur ignorance de la situation d’Orient, critiquent ouvertement le traité de Sèvres, qu'ils osent qualifier de "humiliant pour les Turcs", et mettent en exergue la personnalité de Mustafa Kemal et l’importance de sa mission salvatrice [3].

C’est principalement sur les dissensions des Alliés que le kémalisme a pu prendre son essor et s’imposer en Turquie. On peut aisément imaginer que si l’entente franco-britannique avait été réelle, elle aurait soutenu la Grèce et l’Arménie et dépecé l’Empire ottoman. Mais la France choisit de ne pas combattre, mais d’encourager l’orgueil turc. Elle signe un accord séparé en mars 1921, suivi d’traité en octobre 1921 en se pliant aux exigences kémalistes, et elle devient même le fournisseur d’armes et de matériel de guerre d’Angora, à titre gracieux ! C’est pourquoi le paradoxe est patent lorsqu’en 1922, la France devient la cible de cet orgueil «Jeune-Turc» qu’elle-même a contribué à galvaniser. Le fiasco du  traité franco-turc est évident pour les Français, et ceci seulement un an après sa signature. Le partenariat économique et commercial promis par la Turquie ne s’est pas concrétisé. De surcroît, la Turquie, encouragée par la mollesse des politiciens français, ne se limite pas à ne pas honorer les termes de son accord avec la France, mais lui crée des difficultés supplémentaires dans le mandat syrien. À Damas, les Turcs tentent d’exacerber l’opinion publique grâce à une propagande encourageant les Syriens à la révolte. Au lieu de combattre la perfidie turque, la France choisit d’évacuer la Cilicie, d'abandonner les Arméniens à leur sort et de faire des concessions territoriales en rectifiant la frontière turco-syrienne en faveur de la Turquie.

L’accord séparé de Londres de mars 1921, suivi par celui d'Angora d'octobre 1921 - négocié par Henry Franklin-Bouillon, un politicien inexpérimenté en politique internationale, louangeur de la personnalité de Kemal (les deux personnages étant d’ailleurs liés par des convictions franc-maçonniques) - marquent le début de la fin de l'influence multiséculaire française au Moyen-Orient. Tout d’abord, la France n’honore pas son engagement de puissance mandataire en abandonnant la protection des minorités de Cilicie. Des décennies de construction de l’influence française au Levant, grâce à l’appui des minorités chrétiennes, sont annihilées puisque la France espère trouver un relais plus déterminant de son influence dans le gouvernement kémaliste. Aristide Briand fut le premier à dénoncer le traité de Sèvres (pourtant rédigé par les Alliés et signé par les représentants du sultan), parce «qu’il heurtait trop violemment les traditions françaises, qu’il était trop violemment en contradiction avec nos intérêts, et du moment, et de l’avenir, et que c’était une nécessité de le remettre à l’étude et de le modifier». Briand justifie les nationalistes de Kemal qui «ont des préoccupations dont les unes sont peut-être excessives, mais dont les autres sont respectables et doivent, en effet, être respectées, car elles dérivent d’un sentiment très juste de la souveraineté nationale de leur patrie» et que, de toute façon,  «au point de vue militaire (ils) tiennent la clef de la situation», d’où la nécessité pour la France de faire un accord particulier avec eux pour «régler une situation qui lui devenait intolérable».  Pour justifier son changement de cap politique, Aristide Briand ira même jusqu’à alléguer que «la France est une puissance musulmane» (sic) [4] !

L’accord d’Angora, considéré comme un «accord local», ne fut pas soumis par le gouvernement français à la ratification des Chambres. Il y donna lieu néanmoins à des discussions, tant au point de vue des pertes territoriales qu’il comportait pour la France en comparaison avec le traité de Sèvres qu’au point de vue de la situation qu’il créait aux Arméniens. À la séance du Sénat français du 27 octobre 1921, Aristide Briand (alors Président du Conseil), donna quelques explications sommaires. Il insista à nouveau sur la nécessité pour la France, vu l’impossibilité de ramener la paix générale en Orient, de conclure un accord local avec les Turcs en Cilicie. Et - après avoir constaté que les premières tentatives d’arriver à cet accord (en faisant référence à l’accord de Londres de mars 1921 qui ne fut pas ratifié par l’assemblée d’Ankara) s’étaient heurtées «à l’intransigeance de l’Assemblée d’Angora», mais que depuis les conversations avaient pu être reprises avec la Turquie par l’intermédiaire de M. Franklin-Bouillon - il ajouta : «Nous avons trouvé en Turquie des sympathies ardentes pour la France, un vif désir et de réparer une faute, en grande partie du reste imposée à ce peuple, et de reprendre les traditions anciennes. L’accord a été signé. Au cours d’un long débat dans lequel les représentants d’Angora ont défendu leur point de vue national, leurs idées d’indépendance, des concessions ont été faites et on s’est mis d’accord sur une frontière, sur les conditions dans lesquelles l’évacuation se fera et la protection de la minorité sera assurée» [5].

Des belles paroles politiciennes qui cachent pourtant une réalité toute à fait différente.

Après une campagne sanglante aux Dardanelles, en Asie-mineure et au Moyen-Orient, l’évacuation de la Cilicie passe pour une victoire à la Pyrrhus aux yeux des militaires français. Ces derniers sont conscients de l’engagement des populations chrétiennes de la région dont beaucoup se sont enrôlés volontairement dans l’armée française pour former la Légion d’Orient. Mais l’abandon de la France amène les Ciliciens à fuir, sous la crainte de subir un nouveau massacre turc [6], ce qui profite au nationalisme kémaliste. En effet, les nationalistes turcs accélèrent le départ des minorités chrétiennes, par des menaces, des persécutions, des  déportations, des exactions…, et dépouillent les minorités arméniennes et grecques de leurs biens conservés dans des banques françaises. C’est au prix du massacre des Arméniens et des Assyro-Chaldéens, de l’expulsion des Grecs et de l’assimilation plus ou moins forcée des Kurdes, que Mustafa Kemal réalise un État national homogène sur un vaste territoire conquis aux Byzantins où les Turcs n’ont jamais constitué une majorité ethnique. La défaite de l’armée grecque en 1922 - à laquelle la France a beaucoup contribué en fournissant aux Turcs un important appui politique et militaire [7] (!) - permet à Mustafa Kemal de parfaire l’épuration ethnique déjà entamée par le comité Union et Progrès en 1915. Par la suite, Kemal pousse les derniers survivants chrétiens à l’exil après les avoir spoliés de leurs biens, pourtant à l’abri des banques françaises.

Ainsi, à l’issue de la 1ère guerre mondiale, la France se comporte tel un Janus politique en présentant deux visages différents, un en Europe et un autre au Levant. Elle se montre ainsi extrêmement dure envers l’Allemagne en lui imposant la «paix dictée» du traité de Versailles, ainsi que de lourdes réparations. La Turquie fait elle aussi partie du camp des vaincus, mais c’est dans un climat de grande sympathie, voire de turcophilie, que la France mène le traité franco-turc d’Angora (20.10.1921). Il est d’ailleurs patent que non seulement les clauses du traité favorisent davantage Angora, mais aussi que la France apporte une légitimité au gouvernement dissident kémaliste. En contrepartie, elle se contente de quelques engagements trop élastiques, promettant un avenir culturel et commercial français en Turquie, qui ne seront finalement pas honorés par le gouvernement kémaliste.

En réalité, en permettant la concrétisation de la révolution kémaliste, la France a fait plus que légitimer ce gouvernement. En effet, dès que le mouvement nationaliste se trouve en difficulté, les généraux français qui veulent l’attaquer et l’anéantir, ne trouvent ni l’appui des diplomates, ni celui des politiques. En 1918, les Turcs étant «craintifs et soumis», il était alors possible d’organiser le pays sur des bases «favorables aux Alliés». Mais la France désavoue ses militaires, elle déclare ouvertement qu’elle est une «puissance musulmane» [8] et qu’elle ne combattra donc jamais les Turcs, et elle perd alors tout prestige. En d’autres termes, l’indulgence française est appréhendée comme une politique d’abdication et de faiblesse, qui entrave ses véritables intérêts.

Manifestement, la France n’a donc pas mené une politique de vainqueur, mais de vaincu, face au mouvement nationaliste turc. Cette attitude ne constitue certainement pas un hommage au sacrifice de ses soldats morts pour la France pendant la Grande Guerre, notamment ceux de l’Armée Française d’Orient à Gallipoli, en Asie-mineure, au Moyen-Orient, etc.

Les renoncements français en Cilicie, conséquence d’une manifeste faiblesse politique face aux attaques des nationalistes Turcs, amènent à penser que le traité d’Angora fait partie d’une sorte de répétition générale au traité de Lausanne du 24 juillet 1923, qui enterrera définitivement le traité de Sèvres.

Le traité de Lausanne réglera désormais l’ensemble du contentieux international de la Turquie, qu’il résulte de la guerre mondiale ou de la guerre gréco-turque, de laquelle les Alliés ont cru bon de se dissocier. Ce traité est donc très différent de ceux qui ont été imposés par les vainqueurs aux vaincus de la Première Guerre mondiale. A Lausanne, la Turquie vaincue devient vainqueur et y reçoit sa consécration internationale. Ses forces militaires ne sont plus limitées, les «Capitulations» sont abolies. Le traité de Lausannesanctionne la défaite militaire grecque en Asie-mineure (conséquence de la défection de ses alliés occidentaux) et concède à la Turquie kémaliste la totalité de l’Anatolie, ainsi qu’un territoire de 24.000 km² en Europe (la Thrace orientale et Constantinople), équivalent à celui que le traité de Sèvres cédait aux Grecs autour de Smyrne.

Le résultat immédiat et concret de la conférence de Lausanne est la convention bilatérale gréco-turque, qui prévoit un échange de populations obligatoire et déséquilibré entre la Turquie et la Grèce : 1.500.000 Grecs, contre 350.000 Turcs. Pour la première fois de son histoire, l’Asie-mineure devient entièrement turquifiée. L’existence grecque prit fin après 3.000 ans de présence en Anatolie. C’est la fin de la «Grande Idée», qui visait à unir tous les Grecs dans un seul État-nation avec pour capitale Constantinople. L’Asie-mineure où pendant des siècles la civilisation gréco-romaine - puis byzantine - a brillé, plonge dès lors dans l’obscurcie turco-musulmane, et des noms des régions et villes historiquement célèbres telles que Paphlagonie, Bithynie, Phrygie, Mysie, Lydie, Carie, Pamphylie, Lycie, Cilicie, Pisidie, Chaldie, Galatie, Cappadoce, Sébastée, Colonée, Ephèse, Tralles, Smyrne, Trapézonte, Sinope, Héraclée, Lampsaque, Pruse, Nicée, Nicomédie, Callipolis, Chalcédoine, Cyzique, Abydos, Pergame, Perinthe, Miletus, Halicarnasse, Clazomènes, Colophon, Thyateira, Myre, Attaleia, Théodosioúpolis, Aspendos, Xanthos, Ainos… sont transformés en noms turcs [9].

Le traité de Lausanne, dont on peut dire qu'il fut la plus grande mascarade diplomatique du XXème siècle - au mieux présentée comme une justice rendue à la Turquie "envahie et occupée" par les Alliés, au pire passée sous silence par bien des historiens, chercheurs et intellectuels français - fut jouée aux dépens notamment des nations chrétiennes de l'Empire ottoman martyrisées par le régime «Jeune-Turc» pendant la Grande Guerre, puis par ses continuateurs kémalistes à partir de 1919, et auxquelles les Alliés avaient cependant promis l’indépendance et la liberté. Ce traité fut une somme de compromissions, de renonciations, de trahisons, de violations d'accords et d'engagements solennels, de lâchetés commis par presque tous les dirigeants européens d'alors, qui trouvent leur origine dans le traité de paix séparée de Brest-Litovsk de mars 1918 entre la Russie des Soviets et l'Empire ottoman gouverné par les «Jeunes-Turcs» du Comité Union et Progrès depuis juillet 1908, puis dans les accords de Moscou du 16 mars 1921 et d'Angora du 20 octobre 1921.

Auréolé de sa victoire sur les Grecs trahis par l'Italie d'Orlando, la France de Briand/Millerand et la Grande-Bretagne de Lloyd George, c’est avec un air fier de conquérant qu'Ismet-pacha İnönü se présentera à Lausanne en novembre 1922 à la tête de la délégation turque.  Il n'aura en face de lui que des diplomates européens vieillis, timorés et désunis, des ronds-de-cuir, représentant des gouvernements qui ont sur la conscience les lâches abandons des Arméniens en Transcaucasie, des Français et des Arméniens en Cilicie, des Grecs en Anatolie et dans le Ponte, et qui n'ont qu'une hâte : faire oublier les victimes de leurs trahisons qu'eux-mêmes ont classées dans leurs placards. Ismet-pacha İnönü tiendra bon face à eux jusqu'à ce qu'il leur ait arraché le honteux traité de Lausanne, l'acte de naissance de la Turquie kémaliste.  En octobre 1922, Lloyd George n'avait-il pas déjà donné le ton, pour ne pas dire le signal de la débandade, en affirmant devant son Parlement : "Les génies sont rares dans l'histoire de l'humanité. Mais, par malheur, la providence a fait naître chez les Turcs un génie qu'il nous a fallu combattre »… «Il nous était impossible de vaincre un génie comme Moustapha Kemal" (sic) ! 

Mais, en réalité, Mustafa Kemal résulte être un génie face à des médiocres politiciens européens [10], qui se sont trompés par sa ruse, qu’ils ont envoyé pour négocier avec lui des incompétents voire des vendus à la cause turque (tels que le député Henry Franklin-Bouillon [11] et le colonel Louis Mougin) ou des militaires vieux et inexpérimentés (tels que les généraux Ian Hamilton et Frederick Stopford), qu’ils l'ont combattu avec une mollesse exemplaire [12]...

Elefthérios Venizélos, toujours en exil volontaire en France, est choisi pour représenter la Grèce lors des négociations de paix qui se déroulent à Lausanne à partir du 21 novembre 1922. On compte sur lui pour transformer la défaite militaire en victoire diplomatique. Mais les jours de gloire de Venizélos, lorsqu’il négociait le traité de Sèvres en tant que vainqueur, sont passés. Il se bat principalement pour conserver à la Grèce la Thrace et les îles du nord-est de l'Égée, les régions d'Asie-mineure étant considérées comme définitivement perdues. Il échoue, la Thrace orientale et les îles grecques d’Imbros et de Ténédos sont attribuées aux Turcs. Il négocie aussi sur l'échange de populations, exigé par la Turquie victorieuse. La pierre d'achoppement est bien entendu Constantinople, où se trouve le Patriarcat orthodoxe œcuménique. Dans la négociation, Venizélos accepte que les migrations soient obligatoires, mais il demande et que les Grecs de Constantinople ne soient pas concernés en contrepartie du maintien des Turcs en Thrace occidentale. Il commet là une première erreur, car la Turquie poursuivra imperturbable sa politique d'épuration ethnique notamment lors des troubles anti-grecs de Constantinople en 1955 ("pogrom d'Istanbul") [13], puis en 1964 et 1974. Résultat, il ne reste aujourd'hui que 2.500 Grecs à Constantinople rassemblés autour du Patriarcat orthodoxe, contre plus de 120.000 Turcs en Thrace occidentale !!!

Alors que les négociations aboutissent, fin janvier 1923, le représentant turc, Ismet-Pacha Inönü, demande une rectification des frontières (il veut que la frontière gréco-turque passe au talweg de la rivière Maritsa (Evros) et non sur sa rive gauche) et il exige que la Grèce verse des indemnités de guerre à la Turquie. Venizélos commet une deuxième erreur : il reconnaît que la Grèce devrait verser des compensations pour les destructions que l’armée grecque avait causées durant son avancée en Anatolie, mais il ne réclame pas des réparations pour les destructions et spoliations par les Turcs des biens appartenant aux Grecs victimes de la politique turque d’épuration ethnique  Mais la Grèce, en faillite, ne peut verser d'argent. Un accord est finalement trouvé en juillet : la Grèce reconnaît devoir des indemnités de guerre à la Turquie ; la Turquie prend acte que la Grèce ne peut les verser ; la frontière est donc rectifiée, la ville de Karagatch (près d'Adrianople), grecque dans la première version du traité, devient turque dans la nouvelle version. De plus, les Alliés exigent à la Grèce d’évacuer la Thrace orientale en 15 jours. Cela signifie que 250.000 Grecs supplémentaires devront abandonner leurs foyers et prendre le chemin de l’exil sans retour. Le général Nikólaos Plastiras[14] marque son désaccord et menace de marcher contre les Turcs avec l’armée d’Evros récemment reconstituée après le retrait des forces grecques de l’Asie-mineure. L’armée d’Evros est suffisamment puissante et son commandant un tacticien audacieux, distingué sur plusieurs fronts, notamment lors de la bataille de Skra-di-Legen (mai 1918). Plastiras peut donc renverser la situation militaire en Thrace orientale, où la population est majoritairement grecque et où les Britanniques sont encore présents. Mais, se pliant aux pressions des Puissances, Venizélos cède et signe le 24 juillet 1923 en tant que représentant de la Grèce, le Traité de Lausanne avec la Turquie. Ce faisant, il rend à son pays le pire service. Il enterre définitivement la «Grande idée» [15], et il fait de la Grèce un petit pays plongé dans la misère car obligé d’accueillir 1,5 millions de réfugiés horrifiés par les atrocités commises par les Turcs et complètement dépouillés de leurs biens.

Le 27.10.1923, des officiers royalistes grecs tentent un contre-coup d'État qui échoue, mais qui convainc les généraux démocrates d'abolir la monarchie. Le 18.12.1923, le général Plastíras éloigne le roi Georges II. Le 25.12.1923, Venizélos rentre en Grèce. Il est nommé premier-ministre, le 11.01.1924. Mais, les luttes politiques sont trop ardentes pour sa santé fragile. Il s'évanouit deux fois en pleine séance au parlement. Il doit se résoudre à démissionner le 03.02.1924. Il reprend immédiatement le chemin de l'exil vers la France. Le 25.03.1924, la République Hellénique est proclamée [16].

Outre les conséquences catastrophiques pour la Grèce, la conférence de Lausanne voit l’abandon définitif de la question arménienne. Tant la «Grande Arménie» à l’est que la «Petite Arménie» à l’ouest du plateau anatolien sont définitivement rayées de la carte. Winston Churchill écrit dans ses mémoires : «Dans le traité de Lausanne qui rétablit l’état de paix entre la Turquie et les alliés, l’Histoire cherchera en vain le mot d’Arménie».

Le traité de Lausanne est méprisable car il accepta tacitement les faits et violences de guerre sur des populations locales innocentes : le génocide des Arméniens, le massacre des Assyriens, la déportation de Kurdes, le massacre et l’expulsion des Grecs commis au profit d’une turquification complète de l’Anatolie. Les réfugiés arméniens deviennent des «apatrides», avec mention «retour interdit» (qui deviendra «sans retour possible») écrite sur les documents officiels. La diaspora vient de naître.

L'historien H.-L. Kieser commente [17] :

«Pour les perdants aussi bien que pour les humanitaires internationaux, l’ombre de la conférence était écrasante. Le traité acceptait tacitement les faits de guerre : le génocide des Arméniens ottomans, le massacre d’Assyriens ottomans, la déportation de Kurdes ottomans (1915-1916) et l’expulsion des Ottomans gréco-orthodoxes (1914 et 1919-1922), commise au profit de la turquification de l’Anatolie. Le nouveau gouvernement d’Ankara cachait à peine sa naissance au sein du parti Jeune-Turc, directement responsable des crimes perpétrés entre 1914-1918. Le traité complétait les faits de guerre par un transfert de populations jusqu’alors inouï, celui de Grecs musulmans (356.000) et d’Ottomans anatoliens de confession orthodoxe (290.000, avec ceux déjà expulsés comptant environ un million et demi de personnes). Avec quatre générations de retard, on a tout récemment commencé à déplorer publiquement ce transfert, même en Turquie. Pour ce qui est des crimes antérieurs, le négationnisme et l’apologie parfois grotesques, mais tacitement autorisés par le traité, prévalent toujours largement».

Le succès emporté par un Mustafa Kemal rusé, audacieux et déterminé face à des politiciens occidentaux déjoués, timorés et hésitants, fut un élément déterminant dans la  prise du pouvoir par Adolf Hitler, lequel a été grandement négligé dans les analyses des historiens expliquant l’ascension du mouvement national-socialiste et l’émergence du IIIème Reich.

Dans son nouveau livre très documenté, «Atatürk in the Nazi Imagination», (Atatürk dans l’imaginaire nazi) [18], Stefan Ihrig en fait la convaincante présentation de cette histoire inédite qui permet de réévaluer notre compréhension des racines de l’idéologie et de la stratégie nazies.

Après la Première Guerre mondiale, les Allemands – en particulier les conservateurs – ont été submergés par l’idée qu’ils avaient été injustement traités à la Conférence de Paix de Paris («violés» est un mot qu’ils utilisaient souvent) et poignardés dans le dos par des bureaucrates soumis et les minorités de Berlin. Toutefois, alors même que les Allemands s’apitoyaient sur leur sort, une autre super puissance vaincue – l’Empire ottoman – subissait une transformation spectaculaire.

Lorsque les derniers vestiges de l’Empire ottoman ont été démantelés par les Alliés, à partir de 1919 les nationalistes turcs menés par Mustafa Kemal, rompent avec le gouvernement du sultan à Constantinople et partent à Ankara, où ils se sont transformés de perdants assiégés en une force déterminée qui a repoussé les Arméniens, les Grecs, les Français et les Anglais sur de multiples fronts. En quelques années difficiles, ils ont vaincu les forces apparemment invincibles déployées contre eux et, plus important encore, ils ont été en mesure de négocier un nouveau traité, le traité de Lausanne, en 1923, qui restituait à la Turquie tout-ce que le traité de Sèvres lui avait enlevé.

Dès le lendemain de la signature du traité de Versailles, la presse allemande a entamé ce que l’on peut seulement décrire comme une histoire d’amour avec Mustafa Kemal. Les articles sur la Turquie et son leader bravache allaient remplir les journaux et les hebdomadaires allemands. Au cours des quatre ans et demi suivants, le journal conservateur «Kreuzzeitung» allait publier un total de 2.200 articles et rapports sur la Turquie. Le journal affilié aux Nazis, «Heimatland» a accordé un huitième de son espace, chaque semaine du 1er septembre au 15 octobre 1923, à des présentations de Mustafa Kemal. Dans tout le pays, les journaux se référaient à la Turquie en tant que «modèle» pour l’Allemagne. Les faiseurs d’opinions nationalistes encensaient ce qu’ils voyaient comme des puissantes tactiques de négociations de la Turquie – consistant essentiellement au leitmotiv : «donnez-nous tout ce que nous voulons ou nous continuerons à nous battre» – et décriaient l’acceptation par l’Allemagne des conditions des Alliés. Certains, tel que le pasteur et homme politique influent, Max Maurenbrecher, ont même commencé à déclarer que si les Allemands s’étaient battus pour leur liberté et leurs frontières comme les Turcs, ils ne souffriraient pas des conditions onéreuses de Versailles. La révolution turque était un «rêve nationaliste-révisionniste devenu réalité, et même une version fétichisée, car il s’était réalisé par l’épée, sur le terrain, avec de grandes batailles et de nombreux rebondissements épiques», écrit Ihrig.

De fait, dit Ihrig, la Turquie allait devenir une sorte de «Fürstenspiegel» pour les conservateurs allemands [19], qui écrivaient sur la Turquie et louaient le rôle militant actif qu’elle jouait pour forger son destin national, ainsi que le fait Kemal qui était allé à Ankara et non à Constantinople pour diriger un mouvement «völkisch» unifié. Le fait qu’Atatürk soit à Ankara était important, car Hitler et ses alliés pensaient que leur mouvement était fort en raison de ses racines à Munich et non à Berlin. Par la suite, l’histoire de la vie d’Atatürk a été utilisée pour promouvoir l’importance d’un Führer.

La compréhension populaire de la montée au pouvoir d’Hitler souligne souvent l’influence de Mussolini et sa marche sur Rome. En fait, argumente Ihrig, «la fonction supposée du modèle de Mussolini, principalement déduite de l’importance de l’Italie fasciste par la suite, a conduit de nombreux auteurs à surestimer l’Italie» et par conséquence «seuls de rares historiens mentionnent Atatürk comme faisant partie de l’atmosphère générale pré-putsch». En fait, comme le souligne Ihrig, Mussolini s’appelait lui-même «le Mustapha Kemal d’une Ankara milanaise», quand il est arrivé au pouvoir.

Ihrig cite que les deux principaux journaux nazis allemands «Heimatland» et «Völkischer Beobachter», faisaient l’apologie des «méthodes turques» dès 1921. Les Nazis affirmaient qu’une force brutale avait été nécessaire pour que la Turquie obtienne son indépendance, et, insidieusement, ils mettaient l’accent sur la répression menée par Atatürk sur les minorités et toutes les voix dissidentes. Un idéologue nazi, Hans Trobst, a explicitement écrit sur la «purification nationale» menée par la Turquie pour se débarrasser des «suceurs de sang» et des «parasites», tels que les Arméniens et les Grecs. Trobst a ensuite été invité à rencontrer Hitler, après que le leader a lu ses articles sur la Turquie. Ihrig note que le secrétaire d’Hitler a écrit à Trobst de la part d’Hitler, lui disant : «Ce à quoi vous avez assisté en Turquie est ce que nous devrons également faire à l’avenir afin de nous libérer ».

Ces louanges de l’agression turque ont jeté les bases du «putsch de la Brasserie» pour Hitler, lors duquel il a tenté, en vain, de prendre le pouvoir à Munich en 1923. Ce n’est qu’après cet échec, soutient Ihrig, qu’Hitler a vu qu’il était nécessaire d’emprunter une voie politique plus «légitime», comme l’a fait Mussolini. Dans son discours final lors de son procès, Hitler a cité Atatürk (et ensuite Mussolini) comme exemples illustrant pourquoi sa tentative de prise de pouvoir n’était pas assimilable à une trahison – c’était, a-t-il dit, pour «obtenir la liberté pour sa nation».

Une décennie plus tard, en 1933, Hitler déclarera au journal turc «Milliyet» qu’Atatürk était, selon ses mots, «le plus grand homme du siècle» et il avouera au journal que lors des «sombres années 1920», «le combat victorieux pour la libération qu’Atatürk a mené afin de créer la Turquie lui avait donné confiance dans la réussite du Mouvement national-socialiste». Hitler appelait le mouvement nationaliste turc son «étoile scintillante». En 1938, le jour de son anniversaire, Hitler a déclaré aux journalistes et aux hommes politiques «qu’Atatürk a été le premier à montrer qu’il est possible de mobiliser et de régénérer les ressources qu’un pays a perdu. À cet égard, Atatürk était un professeur. Mussolini a été son premier étudiant et moi le second».

Même si l’obsession d’Hitler pour la Turquie et son leader Mustafa Kemal était stratégique, elle était aussi profondément personnelle. Ihrig fait un travail minutieux, détaillant les liens historiques de l’Allemagne avec l’Empire ottoman, et même potentiellement son implication dans le génocide arménien, mais l’attachement personnel du leader nazi à la Turquie et à Atatürk est particulièrement fascinant.

Hitler, par exemple, considérait un buste d’Atatürk offert par Josef Thorak comme étant «l’un de ses biens les plus précieux», selon le photographe officiel du Führer, Heinrich Hoffmann. Avec son cadeau d’une Mercedes blindée à Atatürk, Hitler fait la preuve irrefutable de cette admiration. En déchirant le traité de Versailles (se référant au traité de Sèvres), sa phrase «ce que Atatürk a fait il y a 10 ans, nous sommes en mesure de le faire que maintenant» reste célèbre. Lorsqu’Atatürk meurt le 10 novembre 1938, son décès est le principal sujet des journaux en Allemagne, en dépit du fait qu’il est survenu un jour après la terrible «Nuit de cristal» [20].

Hitler accordait une importance unique à la Turquie dans les affaires de l’État. En 1934, un jour avant son anniversaire, les drapeaux ont été mis en berne au quartier général des SA («Sturm Abteilung», Sections d’assaut) à l’occasion de la mort de l’ambassadeur turc Kemalettin Sami-Pacha — et selon Ihrig, Hitler lui-même a ordonné qu’il y ait un cortège funèbre pratiquement national pour le diplomate décédé.

De fait, l’obsession allemande pour la Turquie kémaliste était si flagrante sous les Nazis, que le ministère allemand de la Propagande s’est plaint en 1937, que la couverture médiatique positive de la Turquie devenait «insupportable». Le paroxysme atteint son point culminant lorsque les propagandistes nazis dépeignent les Turcs aussi racialement associés aux Aryens !

Joseph Goebbels était aussi un grand fan de Mustafa Kemal. En 1937, Goebbels écrit dans son journal : «Un vol agréable. J’ai terminé le livre sur Atatürk. Une fière vie de héros. Vraiment admirable. Je suis heureux»! Puis, le 21 octobre 1938, le jour même où Hitler ordonne le démantèlement de la Tchécoslovaquie, Goebbels écrit que le décès d’Atatürk «serait une perte irremplaçable».

Le lien le plus évident à faire entre les Nazis et le régime d’Atatürk ce sont, bien sûr, les tragédies que sont le génocide juif et le génocide arménien. Si Ihrig esquive adroitement un débat sur ce qui est exactement arrivé aux Arméniens en Turquie, il soutient qu’en ce qui concerne les Nazis, ce qui s’est exactement passé importe peu. Ils pensaient que les Arméniens étaient les «Juifs de l’Orient» et que leur mort et leur extermination jouaient un rôle clé dans l’émergence d’une Turquie moderne. Dans ses discours, Hitler se référait constamment aux Arméniens, comme étant au même niveau que les Juifs, et dans un article il a déclaré que le «misérable Arménien» est «vil, corrompu, sordide, sans conscience, ils sont comme des mendiants, soumis, même comme des chiens». Les textes nazis proclamaient que l’extermination ou l’expulsion des Arméniens était une «nécessité impérative». Les Nazis voyaient en Turquie ce qu’ils voulaient voir, indépendamment de la façon dont Atatürk et ses compatriotes se voyaient eux-mêmes.

 

A la fin de cette épreuve historique, les constats suivants s’imposent :

1. A deux reprises – lors de la bataille de Gallipoli en 1915 et lors du sursaut de mouvement nationaliste kémaliste en 1918 – l’Allemagne sauvera la Turquie de la déroute.

2. Ayant les mains liées en Europe, l’Allemagne cherchera à se venger des Alliés et à miner le traité de Versailles, en torpillant l’application du traité de Sèvres et en créant un foyer de belligérance majeur en Orient pour leurrer et diviser les Alliés. La Turquie, son ancien allié vaincu et dépecé à la fin de la grande Guerre, sera l’instrument de cette stratégie.

3. L’Allemagne sera aidée par la Russie communiste, qui a conclu avec elle le traité odieux de Brest-Litovsk et qui partage le même objectif : chasser les Alliés de l’Asie. La Russie communiste fournira à la Turquie kémaliste une aide économique et militaire très significative pour combattre les Grecs. La reconnaissance de cette aide est reflétée par le monument de la république à la place Taksim  d’Istanbul  où deux personnalités soviétiques figurent derrière Mustafa Kemal.

4. Les Alliés vainqueurs seront divisés devant les Turcs vaincus et commettront des erreurs colossales. Ils vont ainsi :

4.1 Rater une occasion unique pour renverser le cours d’histoire en éliminant définitivement la menace turque en Europe [21].

4.2 Oublier les énormes pertes subies par les Alliés en matériel et en hommes lors des affrontements avec les Turcs durant la grande Guerre (250.000 hommes morts, blessés ou malades, pour la seule bataille de Gallipoli).

4.3 Permettre aux Turcs vaincus à ne pas respecter un traité de paix qu’ils avaient pourtant signé.

4.4 Rompre les principes de l’Entente (front commun des Alliés contre la Triplice, abstention de signer des accords séparés avec quiconque des pays ennemis) et procéder à des négociations et conclusions d’accords séparés avec la Turquie (l’Italie et la France avec la Turquie, la Grande Bretagne avec la Russie communiste), motivés par des présumés bénéfices commerciaux et autre bénéfices bilatéraux).

4.5 Trahir le Grecs qui ont supporté le poids de l’effort militaire allié contre les Turcs.

4.5 Aider politiquement et militairement les Turcs (Italie, France) à vaincre les Grecs.

4.6  Rester passifs devant la destruction de Smyrne et le massacre des populations chrétiennes durant la prise de la ville par le Turcs en septembre 1922.

4.7 Admettre que les Turcs vaincus puissent revenir comme vainqueurs à la table des négociations et dicter les conditions de paix.

4.8 Admettre les exigences des Turcs à Lausanne, notamment l’échange forcé des populations sans droit de retour.

4.9 Forcer la Grèce d’accepter des conditions de paix désastreuses qui ont conduit à l’élimination de la civilisation millénaire gréco-romaine en Ionie et dans d’autres régions de l’Asie-mineure et en Thrace orientale.

4.10 Abandonner la Grèce à faire seule face au problème de réinstallation de 1,5 million de réfugiés expulsés de Turquie, qui avaient tout perdu.

4.11 Tolérer des génocides, purifications ethniques, massacres, déportations, déplacements de populations, spoliations de biens et autres atrocités et irrégularités commises par les Turcs [22].

4.12 Reconnaître le régime de Kemal et faire entre de plein droit la Turquie dans la Société des Nations, et ce en dépit des crimes contre l’Humanité à grande échelle commis par les Turcs, confirmés par plusieurs témoins et reconnus par plusieurs pays, alors que la Turquie persiste à les nier en se moquant du droit pénal international.

En conclusion, la politique erronée des Alliés vainqueurs de la Grande Guerre a eu pour effet de faire basculer la Turquie vaincue du statut d’«Homme malade d’Europe» d’avant 1914, à celui d’«Homme en bonne santé», désormais courtisée pour faire des bonnes affaires. Ainsi la Turquie s’en tire beaucoup mieux que son alliée l’Allemagne des conséquences d’avoir participé à la Grande Guerre à ses côtés, puisque elle devient finalement le vainqueur paradoxal d’une guerre qui avait pour but d’achever l’Empire ottoman. Son territoire ne diminue pas (comme cela fut le cas de l’Allemagne), mais par contre il augmente au détriment des Grecs et des Arméniens qui eux les ont pourtant combattu pour le compte des Alliés (les Arméniens pour les Français, les Grecs pour les Français et les britanniques).

Il n’y aura non plus de procès de genre Nürnberg ni pour les commanditaires, non plus pour les auteurs des génocides et autres crimes de guerre turcs commis contre des millions de civils Grecs, Arméniens, Assyriens, etc., dont le chiffre exacte restera inconnu. Pourtant, il ne manque pas de témoignages des atrocités commises par les Turcs en Arménie, en Ionie, en Cilicie, au Ponte…, qui sont aussi terrifiantes que celles commises par les nazis durant la IIème Guerre mondiale.

Ayant appris la leçon de son expérience d’alliance avec l’Allemagne durant la Ière Guerre mondiale, qui a failli lui couter très cher, la Turquie restera prudemment «neutre» pendant la IIème Guerre mondiale et maintiendra des bonnes relations tant avec les Alliés qu’avec l’Allemagne afin de tirer le maximum de bénéfices des deux côtés.Mais les sympathis turques obliquent davantage du côté allemand. Un pacte de non-agression fut signé en 1941 entre l’Allemagne et la Turquie, quatre jours seulement avant le déclenchement de l’opération «Barbarossa» [23]. D’autre part, les Allemands maintiennent un contact direct avec la Turquie ayant occupé eux-mêmes (à la place des Bulgares) la région d’Evros en Thrace occidentale grecque face à la Thrace orientale turque, à l’issue de leur offensive victorieuse aux Balkans («bataille de Grèce» : avril-juin 1941).

Comme les relations turco-allemandes vont en s'améliorant, les Britanniques observent les développements avec une grande anxiété. Ils déclarent que les quatre sous-marins que la Turquie leur a commandés et dont ils ont retardé la livraison, sont maintenant prêts à être livrés. Le gouvernement britannique exige qu'une mission militaire turque vienne en prendre livraison en Angleterre dès que possible. Le navire turc de cette mission, le «Refah», qui devait aller de Mersin (en Turquie) en Angleterre via Port-Saïd en Égypte sous contrôle britannique, trouve une fin tragique le 23.06.1941 lorsqu'il est torpillé peu après son appareillage par un sous-marin non identifié (probablement allemand) et que la majeure partie du personnel militaire turc est tuée. Les Allemands affirment en revanche que le torpillage du «Refah» est l'œuvre des Britanniques et des Français libres.

Cependant, lorsqu’il est devenu clair que la défaite allemande est irréversible, la Turquie n’hésite pas de déclarer la guerre à son bienfaiteur l'Allemagne (fin février 1945). Ce geste, résultat d’un calcul délibéré, n’avait plus aucun sens militaire car les armées allemandes avaient déjà évacué la Grèce et la Bulgarie et elles se battaient loin de la frontière turque contre les Russes en Hongrie et en Autriche. Les Turcs visaient essentiellement à se trouver du côté des vainqueurs et en tirer des bénéfices politiques dans l’évolution de la situation mondiale d’après-guerre. Ils se tourneront aussi contre leurs ex-alliés soviétiques, qui les avaient tant aidés pour affronter les Alliés après la signature du traité des Sèvres, pour se ranger du côté des américains durant la guerre froide. Ainsi ils bénéficieront de leur complaisance/complicité pour éliminer les Grecs d d'Istanbul (pogrom des 6 et 7 septembre 1955), envahir Chypre (20.07.1974) et créer le «contentieux de l'Égée» (délimitation des eaux territoriales et de l’espace aérien en mer Égée) qui a provoqué des crises répétées entre la Grèce et la Turquie proches de l'affrontement militaire (notamment lors de la crise d’Imia en 1996) [24].

Le "syndrome de Sèvres" [25] est toujours omniprésent chez les Turcs et il détermine leur politique étrangère. Les Turcs ne sont pas prêts à oublier l’occupation de Constantinople par les forces alliées en 1919, non plus l’avancée de l’armée grecque à 50 km d’Ankara. Ils chercheront toujours la revanche appuyés sur leur vision de «pantouranisme» [26]. Ils réussiront un premier coup contre le petit état Chypriote en 1974, avec la complicité des Américains (Henry Kissinger) et des Britanniques (James Callaghan). Ils commettront impunément des nouveaux crimes de guerre (massacres, déportations, exactions…) et continueront à occuper illégalement le 37% de l’île sous les yeux indifférents des occidentaux, qui admettent même la candidature turque pour adhésion à l’Union Européenne !

Les Grecs doivent être très attentifs : 250.000 soldats turcs, hors commandement de l’OTAN, sont stationnés en permanence en face des îles grecques de la mer Égée. Ils attendent le moment opportun pour s’emparer d’une ou de plusieurs îles de la mer Égée. La Grèce, très affaiblie par la crise financière, semble être une proie facile. Les brouilles de la Grèce avec ses partenaires européens au sujet de l’endettement et des mesures collatérales d’austérité pourraient lui couter cher si elles aboutissaient à un renversement des alliances au profit de la Turquie à l’instar de ce qui s’est passé en novembre 1920, (cf. supra).

 


[1] Plusieurs études ont démontré que les kémalistes, par leur idéologie et actes, étaient les dignes successeurs des Jeunes-Turcs de 1914-18, ce qui démythifie la laïcité turque. L'une des causes principales du laïcisme soudain des chefs de la Turquie révolutionnaire fut le mal d'argent. Douze années consécutives de guerre avaient mis le Trésor public a sec.  A sa portée, cependant, dormaient les richesses incalculables de la liste civile et des biens wakoufs. Le terme laïc n'a pas d'équivalent en turc ; force a été de l'emprunter à la langue française pour l'adjoindre en qualificatif à celui de république.  Cependant la langue turque  possède le vocable laïc qui signifie "comme il faut". Et de la sorte le brave paysan ou artisan turc, et aussi bon nombre de hodjas, en lisant les journaux ou les proclamations, se réjouissent de se savoir citoyens d'une République laïque (Laïc Djumhouriète), autrement dit d'une "République comme il faut"!

Cf. http://www.armenews.com/forums/viewtopic.php?id=3915

[2] Les «Capitulations turques» étaient des accords successifs signés par les sultans auprès des nations chrétiennes, accordant des droits et privilèges en faveur des sujets chrétiens résidant dans les possessions ottomanes, à la suite de la chute de l'Empire byzantin.C’est la France qui la première a obtenu une capitulation d'un caractère général. Elle date de 1535 et se rattache à l'alliance conclue par François 1er avec Soliman le Magnifique, alliance qui fit scandale dans le monde chrétien. Cette capitulation de 1535 est la base et le type de toutes celles qui ont suivi; la France en a obtenu 12 dans l'intervalle qui sépare 1535 de 1740, époque de la dernière capitulation, qui sera encore en vigueur au début du XXe siècle. Les sujets des autres nations ne pouvaient d'abord naviguer et commercer dans le Levant que sous la bannière de France; puis les divers Etats de l'Europe sont entrés en relations directes avec la Porte et ont obtenu des concessions analogues à celles de la France. Aussi la situation des étrangers dans l'empire ottoman est-elle devenue à peu près identique, quelle que soit la puissance dont ils relevaient. Par la suite, les relations continuèrent ainsi jusqu'à la fin de l'existence de l'Empire ottoman en 1923.

[3] Les successeurs contemporains des politiciens occidentaux ignorants et incompétents de l’époque, qui militent maintenant pour l’adhésion de la Turquie à l’UE, poussent le culot jusqu'à comparer Mustafa Kemal à Charles de Gaulle ! Peut-être saura-t-on un jour ce qu'ils auraient pensé si un général allemand SS charismatique, profitant de la lassitude et des dissensions des vainqueurs après la fin de la 2ème Guerre mondiale, s'était retranché dans les montagnes de Bavière pour - avec l'aide et le soutien de l'un ou de l'autre - les fasse harceler d'une guerilla sans merci et les oblige finalement à s'asseoir à une table de négociations...

[4] Cf. «L’Asie française», n° 194, juillet-août 1921, p. 312-329.

Cf. http://www.imprescriptible.fr/mandelstam/c10#nf287

[5] Ces affirmations d’Aristide Briand furent démenties par la suite des évènements, car les nationalistes de kemal n’ont pas respecté les droits des minorités, qui ont été éliminées excepté ceux qui ont pu fuir en suivant l’évacuation des forces françaises de Cilicie.

Cf.  «L’Asie française», décembre 1921, n" 197, p. 482.

Cf. http://www.imprescriptible.fr/mandelstam/c12#nf322

[6] Après le génocide de 1915-16, les survivants arméniens sont réfugiés en Arménie russe, d'autres en Perse, et une partie survivant aux camps de concentration de Syrie et de Mésopotamie sont réinstallés dans des camps de réfugiés à la frontière entre la Syrie et la Turquie. Près de 200.000 Arméniens sont réinstallés en Cilicie protégés par les troupes françaises mandataires de la Syrie. Mais en février 1920, celles-ci furent attaquées par les Turcs de Mustapha Kemal. Les Français évacuent dans la nuit du 10 au 11 février 1920 la ville de Marache sans en prévenir les habitants chrétiens qui seront massacrés par les Turcs le matin du 11 février 1920. Au total, 30.000 Arméniens furent massacrés par les Turcs lors de l'abandon de la Cilicie par l'armée française, dont 12.000 à Marache, 13.000 Arméniens et Grecs à Hadjine et dans les villages environnants, 3.000 à Zeïtoun. Les Arméniens survivants s'exilent en Syrie, au Liban ou dans les pays européens.

Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9nocide_arm%C3%A9nien#cite_note-118

[7] Suite à l’accord franc-turc d’Ankara (20.101921), la France a cédé gratuitement aux armées turques 10.000 uniformes, 10.000 fusils mauser, 2.000 chevaux, 10 avions Bréguet, ainsi que le centre télégraphique d'Adana et les ports de Méditerranée qu'elle contrôlait. La France a construit finalement une usine de munitions à Adana pour fournir l'armée révolutionnaire turque.

Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_gr%C3%A9co-turque_(1919-1922).

[8] Cf. supra et note de bas de page N° 4.

[9] Les propres Grecs portent aussi une lourde responsabilité pour leur défaite en Asie-mineure. Parmi les erreurs de la Grèce, il conviendrait de souligner le changement de gouvernement, le retour du roi Constantin et le départ en exil de Venizélos peu après la signature du Traité de Sèvres (1920), l’entrée en guerre contre la Turquie sans l’appui des alliés occidentaux, la perte des soutiens alliés durant l'automne 1920, les erreurs stratégiques et opérationnelles de la campagne de l’Asie-mineure. Les Grecs avancent en territoire turc sans objectif stratégique clair et les mois passent en longues marches devant un ennemi qui fuit le combat. L'état-major grec cherche à donner un coup fatal aux révolutionnaires turcs afin de les forcer à accepter le traité de Sèvres. Cette approche en l’absence d’objectifs militaire précis se révèle finalement être une grave erreur de calcul. De fait, les Grecs combattent un ennemi qui ne fait rien d'autre que battre en retraite en tirant profit de l’immensité du territoire pour renouveler ses lignes de défense, afin d'éviter l'encerclement et la destruction. La logistique fut également un grave problème récurrent. Bien que l'armée grecque ne manque pas de soldats, de courage et d'enthousiasme, elle manque rapidement de presque tout le reste. Sa faiblesse économique et démographique empêche la Grèce de supporter une mobilisation prolongée, et elle atteint rapidement ses limites. L'armée hellène outrepasse ses capacités logistiques et se montre incapable d'occuper un territoire aussi vaste, d'autant qu'elle doit constamment faire face aux attaques de troupes de réguliers et d'irréguliers turcs, qui combattent sur leur propre terrain. L'idée qu'une armée importante que celle du corps expéditionnaire grec pourrait soutenir son offensive en s’approvisionnant principalement sur les territoires occupés inhospitaliers du plateau anatolien se révèle également une erreur. Pour l'historien Malcolm Yapp : «Après l'échec des négociations de mars 1922, la marche à suivre évidente était, pour les Grecs, de se retirer vers une ligne défensive autour de Smyrne mais, à ce moment-là, la déraison a commencé à diriger la politique grecque ; les Grecs sont restés sur leurs positions et ont même planifié de s'emparer de Constantinople, projet qui a cependant été ensuite abandonné en juillet du fait de l'opposition des Alliés». Mais, la raison principale de la défaite grecque en Asie-mineure fut sans doute le «Grand schisme», càd la grave division politique interne entre royalistes et venizélistes, qui a fait que - pendant qu'elle combattait - l'armée hellène devrait faire face à l'agitation politique et aux divisions de la mère patrie.

[10] Mustafa Kemal dit Atatürk est né de la famille d'un commis insignifiant des douanes à Salonique, en 1881. Atatürk s'appelle Mustafa à la naissance. Son deuxième nom, Kemal, signifie la perfection ou la maturité. Selon son biographe, Andrew Mango, il est possible que Mustafa ait choisi le surnom Kemal lui-même comme un hommage au poète nationaliste Namık Kemal Il perd son père qui a fait de mauvaises affaires et meure quand il était jeune. Il n'y a aucune preuve de la croyance, largement répandue parmi les Juifs et les Musulmans en Turquie, que sa famille venait de la «Doenme», une secte souterraine des Sabbetaians, Juifs turcs qui ont pris des noms musulmans et vers l'extérieur se comportaient comme des musulmans, mais secrètement croyaient en Sabbetai Zevi, le faux Messie du XVIIe siècle, et réalisaient de prières et de rituels soigneusement gardés en son nom.Il commence son éducation à l’école coranique Hafız Mehmet Efendi, puis il entre à l’école laïque privée Şemsi Efendi en 1886. Il garde un très mauvais souvenir des cours coraniques. Dès lors, il se présente au concours d’entrée au collège militaire sans en parler à quiconque. Diplômé du collège militaire de Salonique en 1896, il est admis à l'École des cadets à Monastir. Durant son séjour à Monastir, il revenait régulièrement à Salonique pour les vacances scolaires, y passait de longues soirées dans les cafés et y découvrit les plaisirs charnels tarifés.Entré à l’école de guerre d'Istanbul le 13 mars 1899, Mustafa Kemal ne figure pas parmi les bons élèves. Depuis son arrivée à Istanbul, sa vie, jadis studieuse, avait sérieusement été perturbée.Kemal adopte un mode de vie très libéral. Durant ses permissions, il se rend dans les quartiers européens réputés pour leurs salles de spectacles, leurs bars et maisons closes.Il contracte des maladies contagieuses et vénériennes et il devient dépendant à l’alcool. La boisson le stimulée, lui donné de l'énergie, mais augmenté son irritabilité. En privé et en public, il devient sarcastique, brutal et brusque. Mustafa Kemal Atatürk a eu des aventures amoureuses avec des femmes et des hommes, ce qui est, d'après son biographe Patrick Balfour Kinross symptomatique d'un comportement bisexuel masculin qu'on retrouve largement dans l'ensemble de l'Empire ottoman finissant. Le nom de Mustafa est associé à quatre femmes : Eleni Karinte, Fikriye Hanım, Dimitrina Kovacheva et Latife Uşaklıgil. On connaît peu de relation de Mustafa avec Eleni Karinte, qui est tombé amoureux d’elle alors qu'il était étudiant à Bitola (Manastir), en Macédoine serbe, mais la relation a inspiré une pièce de théâtre par l'écrivain slavo-macédonien Dejan Dukovski, plus tard filmé par Aleksandar Popovski. Fikriye Hanım était une cousine de Mustafa Kemal, bien que non liés par le sang. Ils sont devenus très proches après que Fikriye divorcé de son mari égyptien et retourne à Istanbul ; pendant la guerre d'indépendance, elle a vécu avec lui à Çankaya, Ankara, comme son assistante personnelle. Cependant, après que l'armée turque entre Izmir en 1922, Mustafa Kemal a rencontré Latife Uşaklıgil pendant son séjour à la maison de son père, le magnat du transport maritime Muammer Uşakizade (later Uşaklı). Latife est tombé amoureuse de Mustafa Kemal. On ne connaît pas l'étendue à laquelle ce sentiment était réciproque, mais il a été certainement impressionné par l'intelligence de Latife : elle a été diplômée de la Sorbonne et étudiait l'anglais à Londres lorsque la guerre éclata. Le 29 janvier 1923, ils sont mariés. Latife était jalouse de Fikriye et a exigé qu'elle quitte la maison à Çankaya. Fikriye a été dévastée et selon des rapports officiels, elle s’est tirée elle-même une balle à la tête avec un pistolet que Mustafa Kemal lui avait donné comme cadeau. Cependant, il y a des rumeurs qu'elle a été assassinée. Le triangle Mustafa Kemal-Fikriye-Latife devint le sujet d'un manuscrit de son ami proche, Salih Bozok qui est resté inédit jusqu'en 2005. Latife fut brièvement et littéralement le visage de la nouvelle femme turque promu par Kemal, apparaissant en public vêtue de vêtements occidentaux. Cependant, leur mariage ne fut pas heureux ; après des disputes de plus en plus fréquentes, ils ont divorcé le 5 août 1925sans avoir eu d'enfant. Au cours de sa vie, Mustafa Kemal a adopté douze filles, toutes adultes. Pour l'historien français Alexandre Jevakhoff, ce choix s'inscrivait dans une sorte de marketing politique, ses filles qui occupaient des postes prestigieux devaient donner au monde une vision moderne et émancipée de la femme turque. Il adopte également un jeune garçon, Mustafa et il prend sous sa protection deux autres garçons, Abdurrahim et İhsan.

Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Mustafa_Kemal_Atat%C3%BCrk

[11] Parmi les soutiens à Franklin Bouillon, il convient de mentionner l'appui sans faille de Pierre Loti, de l’écrivain Claude Farrère et d’autres nouvellistes émerveillés par l’exotisme oriental d’Istanbul musulman, ainsi que des journaux comme "Le Temps" qui répandant des mensonges s'évertuaient à soulever l'opinion publique contre la présence française en Cilicie. Les soutiens les plus conséquents à Franklin Bouillon émanaient cependant de ses amis des loges maçonniques françaises et italiennes aussi qui souhaitaient vivement le succès de leur ami Kemal pour la création d'un état turc prétendument «laïc».

[12] Le «pogrom d'Istanbul», aussi connu sous le nom d'émeutes d'Istanbul, a eu lieu les 6 et 7 septembre 1955 et a été principalement dirigé contre la minorité grecque. Il fut provoqué par l’appel de la Grèce à l’ONU pour demander l’autodétermination de Chypre. Craignant la possibilité que la dispute puisse être qualifiée de guerre anticolonialiste, les Britanniques encouragèrent la Turquie de secouer la Grèce dans un but de faire apparaître un contentieux limité entre les deux pays. En août 1954, l'Ambassadeur Britannique en Turquie a prononcé un discours où il dit que les liens greco-turcs étaient superficiels, donc rien ne serait perdu si quelque chose devait arriver à la maison d'Atatürk à Thessalonique, par exemple. Plus clairement, un fonctionnaire du ministère des affaires étrangères a déclaré qu'un peu d'agitation serait bénéfique pour la Turquie. De son côté, le parlementaire John Strachey a déclaré que, dans tous les cas, la Turquie avait l'importante minorité ethnique grecque d'Istanbul comme une carte à jouer contre la Grèce, si elle a envisagait la possibilité d'annexer Chypre. Les émeutes sont orchestrées par la contre-guérilla turque, branche locale du réseau "Gladio" (réseau mis en place sous l'égide de la CIA et du MI6, comme structure de l'OTAN répondant directement au SHAPE), chapeautée par l'armée turque. Elles ont lieu après la diffusion de la nouvelle de l'explosion, la veille, d'une bombe dans le jardin du consulat turc de Thessalonique, lieu de naissance de Mustafa Kemal. L'enquête révèle très vite que cet attentat a été réalisé par  un membre des services de renseignements turcs nommé Oktay Engin, natif de Komotini (ville en Thrace occidentale), dans le cadre d'une opération montée de toutes pièces impliquant par ailleurs deux attachés du consulat turc arrêtés en flagrant délit par la police grecque.. Le fusible employé pour confectionner l'engin explosif fut envoyé de Turquie le 3 septembre 1955. Une manifestation en protestation aux événements de Chypre et à l'attentat de Thessalonique est organisée par les autorités turques dans la nuit du 6 septembre. Le rassemblement sert de couverture pour regrouper les émeutiers dont la plupart originaires d’Anatolie furent acheminés par avance dans la ville.Des camions du gouvernement et de la municipalité sont placés en plusieurs points stratégiques afin de procéder à la distribution d'outils (pioches, pelles, pinces-monseigneur, bâtons et bidons d’essence) devant servir à la destruction des biens des minorités. 3.000 taxis du syndicat turc : Şoförler Cemiyeti ve Motorlu Taşıt İşçileri Sendikası sont réquisitionnés pour transporter les émeutiers. De plus, des drapeaux confectionnés par le syndicat des ouvriers du textile (Tekstil İşçileri Sendikası) sont distribués. Le pogrom démarre à 17h sur la place Taksim. Les émeutiers prennent d'assaut le quartier grec d'Istanbul pendant neuf heures. Bien que les ordres reçus n'appellent pas explicitement au meurtre de leurs victimes, 17 personnes décèdent pendant ou après le pogrom, à la suite des bastonnades et des incendies volontaires. Trente-deux Grecs sont sévèrement blessés, de plus plusieurs dizaines de femmes grecques, ainsi que des hommes sont violés. Selon le témoignage de l'écrivain turc Aziz Nesin, des hommes, principalement des prêtres, subissent des circoncisions forcées et un prêtre arménien meurt des suites de l'opération. 4.348 magasins grecs, 110 hôtels, 27 pharmacies, 23 écoles, 21 usines, 73 églises principalement grecques-orthodoxes, 2 monastères, une synagogue, un millier de maisons appartenant à des Grecs sont soit détruits, soit sévèrement endommagés. Selon les estimations du consulat américain à Istanbul, 60 % des commerces détruits appartiennent à des membres de la communauté grecque, 18 % aux Arméniens, 12 % aux Juifs et 10 % à des chrétiens convertis à l’islam. Selon la même source, 80 % des maisons détruites ont des propriétaires grecs, le reste se répartit entre 9 % pour les Arméniens, 3 % pour les Juifs et 5 % pour les convertis. En tout, 90 % des biens du Patriarcat œcuménique de Constantinople sont touchés. L'église grecque de la «Panaghia» à Belgratkapi (Notre-Dame de Belgrade), datant de la période byzantine, est vandalisée et incendiée. L'église de Yedikule ainsi que celle de Saint Constantin de Psammathos sont gravement endommagées. Dans l'église de «Zoodochos Pighi» à Balikli, les tombes de plusieurs patriarches de Constantinople sont profanées et gravement endommagées. Le pogrom accélère le départ des Grecs d'Istanbul : la communauté passe de 135.000 membres avant l'attaque à 7.000 en 1978 et 2.500 en 2006. Selon les analystes, cet événement s'inscrit dans le processus de «nettoyage ethnique» commencé à la fin de l'Empire ottoman plus que dans le cadre d'un conflit bilatéral entre deux États. Cette fois ce n'est pas, comme dans la période 1912-1922, l'intégrité de la Turquie qui est en jeu, mais la question foncière : à l'époque des faits, environ 40 % des biens fonciers stambouliotes appartenaient aux minorités…

Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Pogrom_d%27Istanbul

[13] Notamment lors de l’expédition des Dardanelles (1915), où Kemal étant sous les ordres du général allemand  Otto Liman von Sanders (dénommé Liman-Pacha) a marqué des succès face à un commandement allié désespérément médiocre (le général britannique Ian Hamilton). Mais, trois ans plus tôt, il avait  essuyé une défaite cuisante sur le même lieu lors de lu débarquement amphibie turc à Bulair face à la tenace 7ème Division d'infanterie bulgare «Rila» sous le commandement de Stiliyan Kovachev.

[14] Le 5/42 Evzones était désigné par les Turcs comme Şeytanın Ordusu ("Armée du Satan") ou Şeytanın askerleri ("Soldats du Satan's") et son commandant Plastiras comme Şeytanın kumandanı ("Commandant du Satan") ou Kara Şeytan ("Satan Noir").

[15] La "Grande Idée" (en grec : Μεγάλη Ἰδέα / Megáli Idéa) était l'expression du sentiment national puis du nationalisme grec aux XIXème et XXème siècles. Elle visait à unir tous les Grecs dans un seul État-nation avec pour capitale Constantinople. Née dudiscours du politicien francophile Ioannis Colettis au Parlement, le 14 janvier 1844, en faveur de la cohésion nationale. elle exalte l'idéal d'une Grande Grèce «des cinq mers et des trois continents», recouvrant les frontières de l'ancien Empire byzantin à son apogée.

[16] Venizélos revient sur la scène politique grecque le 20.03.1927 et redevient premier-ministre en juillet 1928. Il apparaît à nouveau comme l'homme providentiel aux yeux de la population. Mais, comme Pétain a changé entre 1918 et 1940, Venizélos n’est plus le même qu’en 1917. Il prône désormais le rapprochement avec la Turquie. Renonçant définitivement à réaliser la Grande Idée, il propose et obtient la signature d'un «traité d'amitié, de neutralité et d'arbitrage» gréco-turc, le 30 octobre 1930. Le même jour, Venizélos et Mustafa Kemal signent aussi un accord commercial et une convention qui devrait permettre d'éviter un affrontement militaire direct entre les deux pays. Pour la signature de ces différents accords, Venizélos s'est rendu lui-même en Turquie. Il y retourne l'année suivante, à Constantinople, devenue Istanbul, pour rendre visite au patriarche œcuménique. Il visite aussi Ankara, la capitale turque, en 1932. Suite à l’intercession de la Turquie, Venizélos accepte, en raison de la crise économique mondiale, un arrêt du versement des réparations bulgares liées aux destructions de la Première Guerre mondiale. En octobre 1931, afin de maintenir de bonnes relations avec le Royaume-Uni, il désapprouve le soulèvement chypriote. En 1934, il présentera la candidature de Kemal au prix Nobel de la Paix !

[17] Cf. Hans-Lukas Kieser, «Macro et micro histoire autour de la Conférence sur le Proche-Orient tenue à Lausanne en 1922–23» [archive], sur http://hist.net/kieser/ma10/Lausanne1922-23.html [archive],‎ 2004. 

[18] “Atatürk in the Nazi Imagination”, Harvard University Press, Cambridge (Massachusetts), 2014.

[19] Le «Fürstenspiegel» ou «Miroir des Princes» est un genre littéraire qui utilise une histoire lointaine (géographiquement ou historiquement parlant) pour donner des conseils sur certaines actions dans le présent.

[20] La "Nuit de Cristal" (Kristallnacht) est le nom donné au violent pogrom qui eut lieu les 9 et 10 novembre 1938, dans toute l'Allemagne et les territoires récemment annexés (Autriche et Sudètes), à l'initiative des dirigeants du parti nazi et des S.A. («Sturm Abteilung», Sections d'assaut). L'origine du nom de cet événement est liée au nombre incalculable de vitres brisées des synagogues, magasins, centres communautaires et maisons appartenant à des Juifs qui furent mis à sac et détruits à cette occasion. Ce terme est devenu un euphémisme pour désigner cette brutale opération et n'exprime pas de façon appropriée les souffrances qu'elle causa.

[21] En 1914, l’Empire ottoman n’avait que 19 millions d’habitants. Il perdra plus de 5 millions jusqu’en 1922, suite aux génocides, déplacements, pertes au cours de combats, maladies, etc. Mais, contrairement aux puissances dont la démographie stagne suite aux pertes dans les combats durant la 1èere et la 2ème Guerre mondiale, la Turquie kémaliste connaitra une expansion démographique continue depuis 1923, qui amènera sa population à environ 78 millions d’habitants en 2014. La Turquie possède désormais l’avantage numérique.

[22] Les dommages matériels et financiers causés par les génocides massacres et autres atrocités turques n’ont jamais été évaluées à leur juste valeur. Dans le cas du génocide arménien, le gouvernement turc a formellement saisi les comptes bancaires et les polices d'assurance des victimes. Henry Morgenthau (ambassadeur des États-Unis à Constantinople, de décembre 1913 à janvier 1916) écrit dans ses mémoires, que Talaat Pacha (un des auteurs du génocide) lui demande en 1916 la liste des Arméniens qui possèdent une assurance-vie dans des compagnies américaines pour que l'argent de ces comptes soit transféré au gouvernement ottoman au motif qu'ils sont tous morts sans laisser d'héritiers. Une demande similaire fut envoyée à toutes les compagnies d'assurance à travers le monde. La liste des Arméniens possédant un compte saisi n'a toujours pas été révélée aujourd'hui. Le gouvernement turc a déposé en 1916 cinq millions de livres or turques à la Reichsbank provenant en grande partie des comptes bancaires des Arméniens spoliés. En plus, le gouvernement ottoman  saisit le patrimoine immobilier des Arméniens, dont l'emblématique palais de Çankaya, résidence présidentielle turque jusqu'en 2014, spoliée à la famille de Kasapyan lors du génocide. Les dommages immobiliers sont aussi très importants, estimés à 2.500 églises, 451 monastères et 1.996 écoles détruits ou spoliés. Un rapport récent estime que les dommages financiers en dollars courants varient de 49.800.000.000 $ à 104.544.260.400 $ sur la période 1915-1923.Il n’existe pas de telles évaluations pour le cas du génocide des Grecs pontiques et de Grecs de Smyrne, le gouvernement grec (Venizélos) ayant resté muet à ce sujet.

Cf.  https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9nocide_arm%C3%A9nien#cite_note-118

[23] Le Pacte d'amitié turco-allemand (en allemand : "Türkisch-Deutscher Freundschaftsvertrag") est un traité de non-agression signé à Ankara entre l'Allemagne nazie et la Turquie le 18 juin 1941, dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, par l'ambassadeur d'Allemagne en Turquie, Franz von Papen, et le ministre des Affaires étrangères de Turquie, Şükrü Saracoğlu1. Entré en vigueur le même jour, il durera quatre ans.

[24]La Commission européenne et le Parlement européen se sont rangés du côté grec sur le différend d’Imia et ont averti la Turquie à s'abstenir de toute opération militaire contre la souveraineté grecque et à résoudre tout différend avec la Grèce, sur base d’un processus légal devant la Cour internationale de Justice.

[25] "L’expression «syndrome de Sèvres» désigne un ensemble de peurs nationales turques cristallisées lors du dépeçage de l’Empire ottoman concrétisé par la signature du traité de Sèvres, en 1920. Sous la pression militaire des Européens, le sultan se laissa dépouiller de territoires entiers, que Mustafa Kemal Atatürk reprit dans une guerre de reconquête marquant le début de la réaction nationale turque. Le traité de Sèvres est révisé en 1923 par le traité de Lausanne qui fixe les frontières de la Turquie actuelle, incluant l’Anatolie et la Thrace orientale, regagnées sur les Grecs. Subsiste la peur atavique d’un nouveau démembrement, toujours imputable à des étrangers, que les minorités (Arméniens, Grecs) continueront d’incarner sur le sol turc.

[26] Le "panturquisme", que l’on appelle parfois aussi le "pantouranisme", vise l’unité de tous les peuples turcs et leur rassemblement au sein d’un seul Etat. Dès 1839, se constitue en Turquie une «Société Touranienne» qui se fixe comme objectif de fonder un «Empire du Touran». En 1915, les Jeunes-Turcs déclarent que leur objectif de guerre est l’unité de tous les peuples turcs. Aujourd’hui encore, la Turquie revendique pour elle-même le rôle de diriger l’ensemble des peuples turcs, qui comptent quelque 250 millions d’âmes, sur des territoires qui s’étendent jusqu’aux confins de la Chine et jusqu’aux coins les plus reculés de la Sibérie.

 


 

2. DES ERREURS QUI SE REPÈTENT OU COMMENT ON RECONNAÎT Á LA TURQUIE LE STATUT DE CANDIDAT OFFICIEL POUR ADHÉRER Á L’UNION EUROPÉENNE

 

     Fidèle à sa traditionnelle politique de pleine collaboration, du point de vue politique, économique et militaire, avec la Turquie, l’Allemagne d’après la 2ème Guerre mondiale soutient activement son rapprochement aux Communautés Européennes. Le processus débute le 12 septembre 1963, lorsque l’accord d’association entre la Turquie et la Communauté économique européenne, surnommé «Accord d’Ankara», est signé. Dans le texte de l’accord, l’article 28 précise : «lorsque le fonctionnement de l’accord aura permis d’envisager l’acceptation intégrale de la part de la Turquie des obligations découlant du traité instituant la Communauté, les parties contractantes examineront l'éventuelle possibilité d’une adhésion de la Turquie à la Communauté».

Il n’est pas accidentel que cet accord est promu sous présidence allemande de la Commission Européenne [1]. Dans son allocution prononcée à Ankara, lors de la signature de l'accord, Walter Hallstein, président de la Commission de la CEE et ancien secrétaire d'État allemand aux Affaires étrangères, loue la «compréhension» manifestée par «la délégation turque à l'égard des idéaux et des principes du traité de Rome» (sic !) et déclare que «la Turquie fait partie de l'Europe» et qu'«un jour le dernier pas sera franchi : la Turquie sera membre de plein exercice de la Communauté».

Le 27 juin 1967 le président de la République de Turquie est reçu à l’Élysée par Charles de Gaulle. Ce dernier se limita à évoquer une coopération avec la Turquie, sans jamais parler d'adhésion [2].

En novembre 1970, un «protocole additionnel» établit un programme pour l'abolition des tarifs et quotas sur les biens circulant entre la Turquie et la CEE.

Toutefois en décembre 1976, la Turquie, en s'appuyant sur l'article 60 du protocole additionnel, suspend unilatéralement ses engagements découlant du protocole additionnel qui la mènera à ne plus effectuer les réductions tarifaires prévues par ce protocole. Même si la signature du troisième protocole financier est effectuée en mai 1977, le gouvernement turc décidera à nouveau de suspendre les engagements de la Turquie sur le protocole additionnel, mais il exigera de la Communauté une aide financière (!)

Le 14 avril 1987, le PM turc Turgut Özal a adressé la candidature de la Turquie à l'Union européenne à Leo Tindemans, alors ministre belge des Affaires étrangères et président en exercice du Conseil des Communautés européennes.

Le 18 juin de la même année, le Parlement Européen publie la «Résolution sur une solution politique de la question arménienne» [3] , dans laquelle il conditionne l’intégration de la Turquie à la CEE à la reconnaissance du génocide arménien et au respect des minorités qui ne rentrent pas en compte dans les priorités turques, outre mesures du pays. Malheureusement cette résolution n'est qu'une prise de position non contraignante, l'avis du Parlement Européen n'est pas formellement requis pour une adhésion.

Le 18 décembre 1989, la Commission Européenne rend un avis négatif sur l’ouverture des négociations d’adhésion avec ce pays, en raison «du contexte économique et politique de la Turquie» ainsi qu'en raison de la pauvreté des relations avec la Grèce et du conflit avec Chypre qui créeraient un environnement non favorables au début des négociations. L’avis note également que «la situation des droits de l’homme et le respect de l’identité des minorités, quoique ayant fait l’objet d’une évolution au cours des dernières années, n’ont pas encore atteint le niveau nécessaire pour une démocratie».

En 1990, le 5 février, le Conseil des ministres européens adopte les grandes lignes de l’avis de la Commission.

Le 6 mars 1995, la Turquie signe avec l'UE un accord d'union douanière, poursuivant le processus d’intégration économique prévu par l’accord d’Ankara.

En décembre 1997, le Conseil européen de Luxembourg décide de «lancer un processus d’adhésion englobant les dix États candidats d’Europe centrale et orientale et Chypre», Malte ayant à cette époque retiré sa demande de candidature. Le Conseil européen «décide de convoquer au printemps 1998 des conférences intergouvernementales bilatérales pour commencer les négociations avec Chypre, la Hongrie, la Pologne, l’Estonie, la République tchèque et la Slovénie […]. Parallèlement, la préparation des négociations avec la Roumanie, la Slovaquie, la Lettonie, la Lituanie et la Bulgarie sera accélérée ».

Le Conseil européen de Luxembourg confirme l’éligibilité de la Turquie à l’Union Européenne, mais ajoute que «les conditions politiques et économiques permettant d’envisager des négociations d’adhésion ne sont pas réunies».

En novembre 1998, la Commission commence à publier pour chaque pays candidat à l’adhésion, dont la Turquie, un «rapport régulier sur les progrès accomplis sur la voie de l’adhésion».

Contre toute attente, le Conseil Européen d’Helsinki reconnaît le statut de candidat à la Turquie, en décembre 1999.

En décembre 2000, sous la présidence française du Conseil de l'Union Européenne, un partenariat pour l’adhésion a été conclu avec pour objectif d’offrir un programme politique et économique de «préparation de la Turquie à l’adhésion». Cette initiative française permet d’affirmer que «l’esprit Franklin-Bouillon» est toujours omniprésent chez certains politiciens Français.

En décembre 2002, lors du Conseil européen de Copenhague, les États membres prennent acte de la conclusion des négociations d’adhésion avec dix États membres et prévoient leur adhésion effective au 1er mai 2004. Parallèlement, «l’Union encourage la Turquie à poursuivre énergiquement son processus de réforme» et «si, en décembre 2004, le Conseil européen décide, sur la base d’un rapport et d’une recommandation de la Commission, que la Turquie satisfait aux critères politiques de Copenhague, l’Union européenne ouvrira sans délai des négociations d’adhésion avec ce pays».

En 2004, dans son rapport de progrès annuel, la Commission européenne reconnaissait que la Turquie «satisfaisait suffisamment aux critères politiques de Copenhague». Elle a recommandé que les négociations commencent en 2005, mais a également ajouté de nombreuses précautions. Le Conseil européen de décembre 2004 décida l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Turquie le 3 octobre 2005, et ce,  malgré une proposition du Parti populaire autrichien d'instaurer un partenariat privilégié avec la Turquie au lieu d'une véritable intégration. D’après les calculs de la Commission Européenne, la conclusion des négociations devrait prendre au moins une décennie.

Pour entrer dans l'Union Européenne, la Turquie doit, dans un premier temps, terminer les négociations avec la Commission Européenne sur chacun des 35 chapitres de l'acquis communautaire, qui regroupent l'ensemble du droit de l'Union. Après, les États membres doivent unanimement être d'accord sur l'entrée de la Turquie dans l'Union.

À la suite de l'adhésion en 2004 de dix nouveaux membres de l'UE, la Turquie a été invitée à signer l'actualisation de cette Union douanière. En 2005, la Turquie a signé cet accord, mais le lendemain, son ministre des Affaires étrangères a publié un communiqué dans lequel la Turquie annonçait qu'elle refusait de l'appliquer à la République de Chypre, pourtant membre de l'UE à part entière !

Au lieu de châtier la perfidie de la Turquie et défendre son État-membre la République de Chypre, l’UE approuve en 2006 un programme d’aide en faveur de l’autoproclamée «République turque de Chypre du Nord», (pseudo-état installé par la Turquie sur les territoires chypriotes conquis suite à son invasion de 1974) et non reconnu sur le plan International). Il s’agit d’un programme d’aide de € 259 millions sur cinq ans  (Règlement 389/2006/CE, du 27.02.2006, visant à encourager le développement économique de la communauté chypriote turque).

Depuis, les négociations ont été ralenties par un certain nombre de problèmes, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays. L'Autriche et la France ont toutes deux déclaré qu'elles organiseraient un référendum sur l'adhésion de la Turquie. En France, un changement apporté en 2005 à la Constitution avait rendu obligatoire un tel référendum. Le problème de la partition de Chypre reste un obstacle majeur à l'évolution des négociations. Plusieurs officiels européens ont signalé un ralentissement dans les réformes en Turquie, auquel s'ajoute la pérennisation de la division de Chypre, ce qui a conduit le commissaire à l'élargissement, Olli Rehn, à déclarer en mars 2007 qu'un arrêt des négociations était possible. Du fait de ces retards, les négociations ont à nouveau été interrompues en décembre 2006, et l'Union a gelé 8 des 35 dossiers en cours de négociation.

En 2007, les prévisions les plus optimistes prévoyaient l'adhésion de la Turquie à l'UE en 2013. Ankara espérait alors être en règle avec l'acquis communautaire à cette date. Cependant, Bruxelles refusait de considérer cette échéance comme une date limite. En effet, en 2006, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, considérait que le processus pourrait durer au moins jusqu'en 2021.

Une fois les négociations terminées, les États membres de l'Union doivent unanimement donner leur accord pour que l'adhésion de la Turquie puisse avoir lieu. Un certain nombre de pays pourrait s'y opposer, tel que l'Autriche, qui servit de rempart à l'Europe chrétienne face à l'Empire ottoman dont l'armée a assiégé deux fois Vienne en 1529 et 1683. Le mémoire des atrocités commises par les janissaires contre les civils reste toujours âpre [4].

Une autre complication pourrait venir de la Grèce, où les sondages d'opinion suggèrent que seul 25 % des Grecs considèrent que la Turquie a sa place dans l'Union Européenne. Mais la classe politique grecque se déclare favorable, ce qui est surprenant à la lumière des atrocités turques commises contre les populations grecques en Thrace et en Asie-mineure, qui sont de loin supérieures à celles subies par les Autrichiens.

À Chypre, dont 37% du territoire continue être occupé par les Turcs - qui en outre y ont installé plus de 100.000 colons venus d’Anatolie pour modifier le rapport des populations de l’île – l’«oui» à la demande d'adhésion turque semble prévaloir dans l’espoir d’un règlement pacifique du conflit. Les Chypriotes grecs commettent par là une grave erreur, car le véritable objectif d’Ankara est de s’emparer fut-ce par la force, le moment venu, du reste de l’île.

En 2009, 50 % des Français se réaffirment opposés à l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne, 35 % y sont favorables, et 15 % ne se prononcent pas, selon un sondage "CSA/le Parisien/Aujourd'hui". Les citoyens craignent qu'une vague supplémentaire d’immigrants musulmans n’arrive, alors que certains d’entre eux refusent de s'intégrer dans le pays. L'ancien président Jacques Chirac avait indiqué que l’adhésion de la Turquie était «son vœu le plus cher» (!), allant ainsi à l’encontre de la majorité des Français, contre son propre parti, et le président de celui-ci lors de son mandat, Nicolas Sarkozy. Cependant, Jacques Chirac a fait adopter une réforme constitutionnelle, visant à soumettre à référendum les futures adhésions, avant que le 21 juillet 2008, son successeur Nicolas Sarkozy ne fasse réviser cet article 88-5 permettant au Parlement d'adopter une motion permettant d'éviter, si nécessaire, ce recours au référendum. Les négociations visant à retirer l'obligation constitutionnelle française d'organiser un référendum pour toute adhésion à l'UE après celle de la Croatie, ont donné lieu à une nouvelle proposition selon laquelle un tel référendum ne serait obligatoire que pour l'adhésion des pays dont la population représente plus de 5 % de la population totale de l'Union ; cette clause s'appliquerait donc principalement à la Turquie et à l'Ukraine. Le Sénat français a cependant bloqué cette modification de la constitution afin de maintenir de bonnes relations avec la Turquie ! Il semblerait donc que le syndrome complaisant «Briand/Franklin-Bouillon» est toujours omniprésent parmi la classe politique française.

Cependant, initialement hésitante, l'opinion européenne s'oriente de plus en plus vers un rejet de la candidature turque.

Selon des personnalités politiques aussi différentes que l'ancien président de la République française Valéry Giscard d'Estaing, l'ancien chancelier d'Allemagne fédérale Helmut Schmidt ou l'ancien Premier ministre socialiste Laurent Fabius et François Bayrou, président du Mouvement démocrate (qui estiment qu’une adhésion turque empêchera le développement du projet politique européen), ou dans une perspective opposée Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France (qui défend des thèses souverainistes), la Turquie n’est européenne «ni par la géographie, ni par l’histoire».

En effet, dans la vision géographique classique basée sur la forme des terres émergées, l'Europe est usuellement séparée de l'Asie à l'est par le massif de l'Oural et le fleuve Oural. Au sud-est, la mer Caspienne, le massif du Caucase, le détroit du Bosphore et le détroit des Dardanelles la séparent de l’Asie-mineure et du Proche-Orient. Les limites géographiques de l'Europe n'incluent donc pas l'intégralité du territoire de la Turquie, que l'on situe en 97% en Asie Mineure.

L'ancien président du Conseil constitutionnel français Robert Badinter, ainsi que les belges Karel Van Miert et Willy Claes, estiment que la Turquie ne se reconnaît pas elle-même, pour la majorité de son peuple, comme une démocratie laïque - comme l'atteste d'ailleurs un sondage récent réalisé par l’Université Bahcesehir d’Istanbul (sur un échantillon de 1.715 personnes au cours des mois d’avril et de mai 2009), qui montre que pour 62 % des personnes interrogées, la religion est la valeur suprême ; la laïcité et la démocratie arrivant respectivement au deuxième et troisième rang avec 16 % et 13 % d’opinions favorables - alors que c'est la norme en Union Européenne, comme en atteste l'acquis communautaire toujours défendu par la Cour européenne des droits de l'homme. Dès lors, ils estiment que la Turquie est culturellement incompatible avec l'UE.

A plusieurs reprises, les États-Unis ont soutenu l'entrée de la Turquie dans l'UE, car ils considèrent cela comme un avantage géostratégique pour le monde occidental. Le président Obama a déclaré, dans un discours prononcé le 6 avril 2009 à Ankara, que la Turquie liait le monde musulman à l'Occident. Plusieurs hommes politiques européens ont cependant déclaré qu'il n'était pas question de permettre l'ingérence des États-Unis dans la politique intérieure de l'Union. Ainsi, dans le Spiegel, Bernd Posselt (CSU) déclara que l'«UE n'est pas le jouet d'Obama». Selon lui, le président américain «essaye de récompenser les Turcs aux dépens des Européens, et en même temps d'affaiblir ou de miner l'intégration européenne». Il a d'ailleurs suggéré qu'Obama accueille «la Turquie comme 51ème État des USA».

Quant à la position de la Turquie face à sa propre candidature d’adhésion, l'ouverture des négociations avec l'UE en décembre 2004 a été amplement célébrée. Depuis, la population turque est devenue sceptique d'une part en raison des délais imposés aux négociations, qui sont considérés comme l'expression d'un manque d'enthousiasme, et d'autre part en raison des référendums autrichiens et français censés se tenir pour l'adhésion.

A l’appui de sa candidature, la Turquie fait valoir son implication dans l’Histoire de l'Europe depuis 400 ans. Celle-ci est attestée, selon elle, par les conquêtes militaires et l’expansion en Europe de l’Empire ottoman : la Thrace orientale fut conquise sur les ruines de l’Empire byzantin ; à la mort de Soliman II, en 1566, les frontières de l’Empire ottoman s’étendaient jusqu’au nord de Budapest, englobant la Grèce, la Bulgarie, la Serbie, la Moldavie, et la Hongrie. Néanmoins, il est difficile de faire reposer une implication dans l'histoire de l’Europe à l'aune seulement de conquêtes militaires, comme ont pu le faire les Maures en envahissant la péninsule ibérique, puis la France jusqu’à la bataille de Poitiers (732) [5] . 

La Turquie insiste aussi sur le fait que la plupart de ses sultans furent d'origine européenne et que, jusqu'en 1922, les sultans ottomans s'intitulaient officiellement «empereur des Romains» en référence à leurs prédécesseurs «Basileus» de l’Empire Byzantin. Les sultans ottomans préféraient se marier avec des esclaves d'origine européenne, et en particulier avec des Françaises, des Italiennes, des Grecques, des Arméniennes ou encore des Serbes et des Roumaines. François Ier de France s'allia avec les Turcs contre les Habsbourg. Des officiers de l'armée ottomane furent envoyés en formation en France chez Louis XVI puis en Allemagne, où ils reçurent une formation militaire et politique. Le 9 janvier 1853 (c'est-à-dire peu avant la guerre de Crimée), le tsar Nicolas Ier déclara à l'ambassadeur britannique, Hamilton Seymour, à propos de l'Empire ottoman : «Il faut nous entendre : tenez ! Nous avons sur les bras un homme malade, gravement malade ; ce serait un grand malheur s'il devait nous échapper avant que les dispositions nécessaires fussent prises».

Les dirigeants turcs font valoir le constat que pendant près de quatre siècles, l'Empire ottoman occupa l'Europe balkanique et une partie de l'Europe centrale, ce qui fait qu'aujourd'hui plus de 40 % de la population turque aurait des origines ethniques européennes. Ces mêmes dirigeants considèrent la Turquie comme un État européen – sans toutefois nier le pantouranisme - dont la culture et les valeurs seraient proches de celles de l'Europe occidentale. L'État turc prétend qu’il s'est inspiré de la France et de la Grande-Bretagne, depuis le XIXème siècle (premières réformes des années 1830, Tanzimat de 1839 et 1856, première Constitution du monde musulman en 1876), mais plus particulièrement en 1908, qui vit la révolution «Jeunes-Turcs», puis avec les réformes kémalistes.

Ce qui ne disent pas, ou qu’ils nient avec obstination les dirigeants turcs, sont les génocides, massacres, assassinats, déportations, bataillons de travail (bataillons de la mort), spoliation de biens, etc. commis par les Turcs contre des populations non-turques chrétiennes (Arméniens, Géorgiens, Grecs pontiques [6], Assyro-chaldéo-syriaques et Yézidies) ou musulmanes (Kurdes, Arabes…), qui ont exterminé plus d’un quart de la population de l’ex-Empire ottoman. D’autre part, une grande partie de ces populations, qui n’a pas pu fuir à temps aurait dû - pour survivre - se cacher derrière une identité musulmane dissimulant sa propre identité ethnique et/ou religieuse. Il y aurait donc encore en Turquie des nombreux crypto-chrétiens d’origine grecque et arménienne dont le chiffre exact est impossible à connaître. Certains d’entre eux ont commencé à se révéler et à revendiquer pleinement leur origine.

Au-delà des implications morales et psychologiques, aussi bien pour les États que pour les descendants des populations impliquées, la reconnaissance officielle de ces génocides implique des enjeux financiers et territoriaux importants pour la Turquie. En effet, reconnaître le génocide arménien (et les autres) ouvrirait la voie à des demandes de dommages et intérêts y compris de compensations territoriales d’une portée immense auxquelles la Turquie naturellement ne veut pas céder. D’autre part, des coupables des génocides font partie des fondateurs de la République de Turquie et le gouvernement turc ne peut pas  accepter que parmi «les grands héros qui ont sauvé la patrie» certains ont été des cruels assassins (y compris Mustafa Kemal). Depuis 1993, un chapitre des manuels scolaires d'histoire est consacré aux arguments réfutant les allégations de génocide. Le gouvernement turc actuel maintient donc une position ferme de refus de la reconnaissance du génocide et condamne vivement toute reconnaissance du génocide par des gouvernements ou parlements étrangers [7]. Il a même décalé en février 2015 la date de commémoration de la bataille de Gallipoli au 24 avril 1915 (alors qu'elle est traditionnellement commémorée le 25) dans le but de réduire la portée de la commémoration du centenaire du génocide arménien.

Le nouveau code pénal turc, censé rapprocher la Turquie des standards européens en termes de droits de l’homme, a été dénoncé par plusieurs organisations internationales dont Reporters sans frontières et Amnesty International, notamment à cause de son article 305 qui punit de trois ans à dix ans de prison et d'une amende «tous actes contraires à l’intérêt fondamental de la nation» ; la peine peut être étendue à quinze ans de prison si cette opinion est exprimée dans la presse. Des procès récents faits à des personnes s'exprimant au sujet du génocide des Arméniens montrent que le Code pénal turc (article 301) permet de poursuivre des défenseurs des droits humains, des journalistes et d’autres membres de la société civile exprimant pacifiquement une opinion dissidente. Cette question est fréquemment abordée lorsqu’on examine la conformité de la politique de l'État turc avec les valeurs morales de l'Union Européenne et, en particulier, son attachement au respect des droits de l'homme.

Au moment des débats sur la reconnaissance et le statut du génocide arménien on a curieusement peu évoqué le procès qui avait effectivement condamné à Constantinople en 1919 les dirigeants «Jeunes-Turcs». Ainsi cette appellation est supposée aujourd'hui encore "sympathique", et même "politiquement correcte". De la sorte, dans le vocabulaire courant elle est passée en français, quoique moins à la mode, pour désigner un gentil réformateur de bon aloi. On se reportera, ou on revisitera au besoin, les «talentueux» écrits de Benoist-Méchin à la gloire de Kemal. Ils ont intoxiqué, et désinformé le public français pendant des années. Et cela permet de comprendre l'évolution de la turcophilie française, dont un illustre exemple fut le funeste Henry Franklin-Bouillon et ses accords de 1921 avec Mustafa Kemal.

On doit comprendre également qu'il n'existe guère de différence entre l'appareil et l'idéologie du régime «Jeune-Turcs» et le système kémaliste. Le deuxième a pris la relève du premier sur la base exactement des mêmes cadres. Mustafa Kemal lui-même avait adhère au mouvement des «Jeunes Turcs» et leur apporta le soutien de ses troupes en 1909. L’idéologie, voire la déontologie même du mouvement «Jeune-Turcs» s’oppose fondamentalement aux concepts constitutionnels libéraux sur le droit des minorités. Les politiciens occidentaux ne se sont pas rendu compte qu'un "Jeune-Turc", c'est très proche d'un "nazi", terme [légèrement] plus péjoratif. Dans un esprit d’insouciance, auquel s’ajoute le laxisme et le défaitisme, ils reconnaitront le régime kémaliste et le soutiendront économiquement et militairement.

Ce point décisif conduira au génocide arménien et aux autres génocides, et plus généralement à la destruction de la plus ancienne des chrétientés, celle d'Asie mineure. Les chrétiens représentaient 30 % des habitants de l'Anatolie au début du XXème siècle ; ils ne comptent plus  que pour 1 % aujourd'hui. En 1923, environ 350.000 Grecs vivaient à Constantinople ; ils n’en restent pas plus que 3.000 actuellement [8].

Cela avec la complicité des occidentaux…   

 

 

Dr. Angel ANGELIDIS

Ex-Conseiller au Parlement Européen

Bruxelles, juillet 2015



[1] Il convient de rappeler que  le 9 juillet 1961 fut signé à Athènes l’accord d'association de la Grèce avec la CEE. L’Allemagne ne pouvait pas accepter que la Grèce, allié de la France et de l’Angleterre dans les deux conflits mondiaux, obtienne des avantages économiques et politiques  résultant de cet accord vis-à-vis de la Turquie (son rival historique en Méditerranée) et elle a donc manœuvré pour que son fidèle allié, la Turquie, obtienne les mêmes avantages.

[2] La grande prudence du général De Gaulle en la matière est en net contraste avec des positions turcophiles de politiciens français contemporains, tel que  l’ex-PM  Michel Rocard fervent partisan de l’adhésion de la Turquie.

[3] «Résolution du Parlement européen n° C 190, du 18 juin 1987, sur une solution politique de la question arménienne», le Journal officiel des Communautés européennes (JOCE), n° C 190, du‎ 20 juin 1987, p. 119-121.

[4] Cf. l’ouvrage Angel ANGELIDIS : «LOS DOS ASEDIOS DE VIENA POR LOS TURCOS OTOMANOS (1529 y 1683), 1) El primer asedio de Viena (1529); 2) El segundo asedio de Viena o batalla de Kahlenberg (1683). APENDICE: El suplicio del palo ("empalamiento”).

[5] La bataille de Poitiers ou bataille de Tours oppose, en 732 ou 733, une coalition composée principalement de combattants des Royaumes francs et des duchés d'Aquitaine et de Vasconie au gouvernorat omeyyade. Les Francs, les Vascons et les Aquitains, menés respectivement par le maire du palais Charles Martel et le duc d'Aquitaine et de Vasconie Eudes, y obtiennent une victoire décisive face aux Omeyyades, menés par le gouverneur d'Al-Andalus Abd al-Rahmân, qui meurt lors du combat.

[6] L’Association internationale de recherche sur les génocides a reconnu le 16 mai 2007 le génocide des grecs pontiques, au même titre que le génocide arménien et que le génocide assyrien.

[7] Les pays ou chambres nationales ayant reconnu le génocide arménien sont au nombre de vingt-quatre en décembre 2014 : l'Uruguay, la chambre des représentants de Chypre , la Chambre des représentants des États-Unis, la Douma russe, le parlement grec, le sénat de Belgique, le parlement de Suède, le parlement libanais, le Vatican, le parlement français, le Conseil national suisse (contre l’avis du Conseil fédéral), l'Argentine, l'Italie, les Pays-Bas, la Slovaquie, le Canada (y compris le Québec), la Pologne, la Lituanie, le Venezuela et le Chili.

Certaines institutions internationales et régionales ont également reconnu le génocide : c'est le cas du Tribunal permanent des peuples, d'une sous-commission de l'ONU pour la prévention des droits de l'homme et la protection des minorités, du Parlement Européen, du Conseil de l'Europe et du Mercosur. En Allemagne, le Bundestag a émis une résolution condamnant les massacres sans utiliser le mot «génocide». D'autres pays ont refusé de considérer les massacres arméniens comme un génocide : c'est le cas du Royaume-Uni (toutefois, le Pays de Galles, l'Écosse et l'Irlande du Nord ont reconnu le génocide arménien) et de l'État d'Israël, mais la plus haute autorité religieuse d’Israël, en la personne du grand rabbin, a reconnu le génocide arménien. Le 12 avril 2015, le pape François a célébré une messe à l'occasion du centenaire du génocide arménien au Vatican et de ce fait, il fut fustigé par le gouvernement turc !

[8] Le 14 mars 1964, dans le but de faire pression sur la Grèce concernant la question de Chypre, le gouvernement turc décide (et ce, contrairement au traité de Lausanne et à l’accord Venizélos-Kemal de 1930) d’expulser douze mille habitants d’Istanbul de citoyenneté grecque. Ces derniers sont sommés de quitter la ville en douze heures, autorisés à emporter seulement vingt dollars et vingt kilos d’affaires personnelles ! Ils seront suivis par plus de trente mille Grecs, citoyens turcs, soit 45.000 personnes au total. Par contre, la minorité turque en Thrace occidentale, qui compte actuellement 120.000 personnes, n’a pas été inquiétée par les Grecs. Mais un consulat général turque à Komotini est le foyer d'une propagande subtilisée visant à la sécession de cette tégion de la Grèce.

 


 AVERTISSEMENT

Projet de texte terminé en juillet 2015, basé sur du contenu et des images recueillis du web et de diverses autres sources écrites considérés du domaine public. Tout cela a été terminé, adapté et placé de bonne foi, après contrôle de la fiabilité et de l’impartialité de l'information citée et dans le respect du droit d'auteur, sans aucune intention de violer la propriété intellectuelle d’aucune des sources consultées. Toutes les images et photos ici exposées relèvent de la propriété de leurs créateurs respectifs et sont uniquement affichés sur ce blogue à des fins éducatives. La reproduction et la traduction d'articles (ou de parties d'eux) de ce blogue à des fins non commerciales sont autorisées, à condition que la source soit expressément mentionnée,  que l'auteur en soit préalablement informé et qu'il ait reçu un exemplaire de la publication.

 


 

 

SOURCES

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Adolf Hitler avait une admiration personnelle pour Mustafa Kemal Atatürk.
The Mercedes-Benz model 770 “Super Mercedes”, offered by Adolf Hitler to Mustafa Kemal. It marked another première for Mercedes, being their first car to be powered by an eight-cylinder turbocharged engine. The ignition system was using two sparkplugs for each cylinder and, starting with 1938, a five-speed transmission was made available for the model. The “Super Mercedes” was also famous because it was the favorite car of Nazi leaders during World War II, Hitler and Herman Goring, who used “Der Großer Mercedes” (German for “the big Mercedes”) for both personal and military purposes.
Mustafa Kemal Atatürk avec Adolf Hitler et Benito Mussolini.
La Turquie «laïque» : Mustafa Kemal priant parmi des imams…
The Führer admired Atatürk’s subordination of religion to the state—and his ruthless treatment of minorities. Source: http://www.wsj.com/articles/book-review-ataturk-in-the-nazi-imagination-by-stefan-ihrig-and-islam-and-nazi-germanys-war-by-david-motadel-1421441724 Notice: Ahmed Huber (1927 – 2008) was a Swiss German journalist, and a convert to Islam, who was active in both Islamist and Far Right politics. He gained international notoriety in 2001 when he was accused by the United States government of funding Al Qaeda's terrorist activities through the Al Taqwa Bank, of which he was one of five managers. An outspoken admirer of Ayatollah Khomeini, he declared the Iranian leader to be the "living continuation of Adolf Hitler" as part of his attempts to link the European far right to radical Islamism. Ahmed Huber and Adolf Hitler shared a common friendship with Mohammed Effendi Amin el-Husseini, grand Mufti of Jérusalem, who collaborated with the Nazis in the formation of the "13th Waffen Mountain Division of the SS Handschar", the first non-Germanic Waffen-SS division mainly composed of Bosnian Muslims (ethnic Bosniaks), during World War II.
L'écrivain turcophile Claude Farrère & Kemal-Izmit 1922
Kemal & le député turcophile Henry Franklin-Bouillon.
Kemal, İsmet-Pacha, Franklin-Bouillon & colonel Sarroux
Tentes Marabout du Camp Dufieux, Mersine 1919.
Le général Charpy & des officiers alliés, Moudanya 1922

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Commentaires

02.02 | 10:40

Texte très bien pensé et structuré. Félicitations.

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07.02 | 23:01
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